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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2105701

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2105701

mercredi 6 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2105701
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantRAYSSAC AVOCATS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 mai 2021 et le 12 décembre 2022 sous le n° 2105700, la société Askco, représentée par Me Smolinska, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le titre exécutoire n° 7472970 d'un montant de 40 000 euros émis par le centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes le 11 mars 2021 ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 40 000 euros ;

3°) de mettre à la charge du CHU de Nantes la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société Askco soutient que :

- le titre exécutoire ne mentionne pas les bases de liquidation et que son bordereau n'est pas signé ;

- le titre exécutoire est dépourvu de base légale ; le principe d'unicité du décompte général et définitif fait obstacle au recouvrement des pénalités par titre de recettes en l'absence d'un tel décompte ; à supposer que le décompte général ait été définitif, le CHU ne pouvait émettre un titre pour les seules pénalités, sans tenir compte de ses propres dettes envers elle, d'un montant de 7 562,40 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 octobre 2022 et le 2 mai 2023, le CHU de Nantes, représenté par Me Rayssac, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la société Askco la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les parties doivent être regardées comme ayant entendu déroger au principe d'unicité du décompte ;

- le décompte de résiliation était devenu définitif lors de l'émission du titre exécutoire ;

- aucun des moyens soulevés par la société Askco n'est fondé.

II - Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 mai 2021, le 2 décembre 2022 et le 25 mai 2023 sous le n° 2105701, la société Askco, représentée par Me Smolinska, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le décompte de résiliation que lui a notifié le CHU de Nantes les

21 octobre 2020 et 4 février 2021 ;

2°) de fixer le solde du marché a un montant de 15 575,86 euros à son bénéfice ;

3°) de mettre à la charge du CHU de Nantes la somme de 4 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société Askco soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'elle a contesté le décompte de résiliation dans le délai et selon les formes prévues par le CCAG FCS de 2009 ; le délai a été interrompu par la saisine du médiateur des entreprises ;

- les prestations réalisées sur un bon de commande doivent être payées ;

- les autres prestations sont soumises à une régularisation mais sont réputées avoir été admises par le pouvoir adjudicateur dans un délai de quinze jours à compter de leur livraison ;

- elle justifie des sommes dont elle demande le paiement ;

- en l'absence preuve de retards dans ses interventions, aucune pénalité n'est applicable.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 octobre 2022 et le 2 mai 2023, le CHU de Nantes, représenté par Me Rayssac, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la société Askco la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête de la société Askco est irrecevable dès lors que :

° cette dernière n'a pas produit de mémoire en réclamation au sens de l'article 37.2 du CCAG-FCS ;

° la médiation n'a pas d'effet suspensif ;

- les sommes dont la société Askco demande le paiement ne sont pas justifiées dans leur principe ;

- aucun des autres moyens soulevés par la société Askco n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code des marchés publics ;

- l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 ;

- l'ordonnance n° 2018-1074 du 26 novembre 2018 ;

- l'arrêté du 19 janvier 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 octobre 2024 :

- le rapport de M. Jégard,

- les conclusions de M. Simon, rapporteur public,

- et les observations de Me Smolinska, représentant la société Askco.

Considérant ce qui suit :

1. Par acte d'engagement notifié le 7 décembre 2018, le centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes a, en sa qualité d'établissement support du Groupement hospitalier de territoire de Loire-Atlantique (GHT 44), confié à la société Askco l'exécution d'un accord-cadre à bons de commande portant sur la maintenance d'onduleurs, pour une durée d'un an reconductible tacitement trois fois. Par un courrier du 9 avril 2020, le CHU de Nantes a décidé de résilier le contrat pour faute, à compter du 26 avril 2020. Le CHU de Nantes a notifié à la société Askco le 21 octobre 2020 un décompte de résiliation portant sur un montant total de 32 437,60 euros hors-taxes (HT), en ce compris l'application de pénalités de retard pour un montant de 40 000 euros. Par sa requête n° 2105101, la société Askco conteste ce décompte de résiliation et demande au tribunal de le fixer au montant de 15 575,86 euros, en sa faveur.

2. Le 23 mars 2021 a été notifié à la société Askco un titre exécutoire, émis par le CHU de Nantes le 11 mars précédent, d'un montant de 40 000 euros. Par sa requête n° 2105700, la société Askco demande au tribunal d'annuler ce titre et de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 40 000 euros.

Sur la jonction des requêtes :

3. Les requêtes visées ci-dessus présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la recevabilité de la requête n° 2105701 :

4. D'une part, aux termes de l'article 37 du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services du 19 janvier 2009, applicable au présent litige : " 37. 1. Le pouvoir adjudicateur et le titulaire s'efforceront de régler à l'amiable tout différend éventuel relatif à l'interprétation des stipulations du marché ou à l'exécution des prestations objet du marché. / 37. 2. Tout différend entre le titulaire et le pouvoir adjudicateur doit faire l'objet, de la part du titulaire, d'un mémoire de réclamation exposant les motifs et indiquant, le cas échéant, le montant des sommes réclamées. Ce mémoire doit être communiqué au pouvoir adjudicateur dans le délai de deux mois, courant à compter du jour où le différend est apparu, sous peine de forclusion. / 37.3 Le pouvoir adjudicateur dispose d'un délai de deux mois, courant à compter de la réception du mémoire de réclamation, pour notifier sa décision. L'absence de décision dans ce délai vaut rejet de la réclamation°".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 2197-4 du code de la commande publique, issu de l'ordonnance du 26 novembre 2018 portant partie législative du code de la commande publique: " La saisine du médiateur des entreprises suspend le cours des différentes prescriptions dans les conditions prévues par l'article L. 213-6 du code de justice administrative () ". Aux termes de l'article 20 de cette ordonnance du 26 novembre 2018: " I.-Les dispositions de la présente ordonnance s'appliquent aux marchés publics ainsi qu'aux contrats relevant de l'ordonnance

n° 2015-899 du 23 juillet 2015 relative aux marchés publics pour lesquels une consultation est engagée ou un avis d'appel à la concurrence est envoyé à la publication à compter du

1er avril 2019. / () ". Enfin l'article L.'213-6 du code de justice administrative dispose : " Les délais de recours contentieux sont interrompus et les prescriptions sont suspendues à compter du jour où, après la survenance d'un différend, les parties conviennent de recourir à la médiation ou, à défaut d'écrit, à compter du jour de la première réunion de médiation. / () "

6. Il résulte de l'instruction que la société Askco a entendu contester le décompte de résiliation par un courrier qu'elle a adressé le 30 novembre 2020 au CHU de Nantes. Il résulte des termes du courrier du CHU de Nantes du 15 décembre 2020 que ce dernier a eu connaissance de cette contestation. En l'absence de réponse à cette contestation, une décision implicite de rejet est donc née le 15 février 2021, faisant courir le délai de saisine du Tribunal jusqu'au 16 avril 2021. La société Askco soutient que, conformément aux dispositions de l'article L. 2197-4 du code de la commande publique, cité au point précédent, la saisine du médiateur des entreprises le

9 mars 2021 a eu pour effet de proroger ce délai à compter du 19 avril 2021, date à laquelle ce médiateur a notifié la fin de sa mission en raison du refus du CHU de Nantes de se soumettre à une médiation. Toutefois, en application des dispositions de l'article 20 de l'ordonnance du

26 novembre 2018, également cité au point précédent, les dispositions dont se prévaut la requérante ne sont pas applicables au marché litigieux. Les dispositions applicables sont donc celles de l'article L. 213-6 du code de justice administrative, desquelles il résulte que l'interruption du délai de recours contentieux n'est applicable qu'à la condition que la médiation soit effective. Or, il ne résulte pas de l'instruction que le CHU de Nantes aurait donné son accord pour une médiation. En effet, contrairement à ce que soutient la requérante, le courrier du 15 décembre 2020 par lequel le CHU de Nantes lui a adressé les coordonnées du médiateur des entreprises et du comité consultatif interrégional de règlement amiable des différends relatifs aux marchés publics ne saurait être regardé comme constituant un accord de médiation. Et le CHU de Nantes a ensuite, le 16 avril 2021, expressément refusé la médiation proposée par la requérante. Partant, le délai de recours contentieux n'a pas été interrompu et, par conséquent, la requête, enregistrée le

21 mai 2021, est, ainsi que le soutient le CHU de Nantes en défense, tardive et donc irrecevable.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête n° 2105701 doit être rejetée, en toutes ses conclusions, sans qu'il soit besoin d'examiner la seconde fin de non-recevoir opposée par le CHU de Nantes.

Sur les conclusions à fin d'annulation du titre exécutoire :

8. Les parties à un marché public de travaux peuvent convenir que l'ensemble des opérations auxquelles donne lieu l'exécution de ce marché est compris dans un compte dont aucun élément ne peut être isolé et dont seul le solde, arrêté lors de l'établissement du décompte définitif, détermine leurs droits et obligations définitifs.

9. Il résulte des pièces constitutives du marché que la société Askco et le CHU de Nantes ont entendu appliquer le principe contractuel selon lequel seul le solde du décompte détermine l'ensemble de leurs droits et obligations sans vouloir y déroger en ce qui concerne les pénalités visées par le titre litigieux et exigées en application de l'article 17 du cahier des clauses administratives particulières.

10. Il résulte de l'instruction que le décompte était devenu définitif avant l'édiction du titre de perception en litige. Il s'ensuit que la société Askco est fondée à soutenir que le CHU de Nantes ne pouvait exiger d'elle le versement des seules pénalités de retard dues en exécution du marché, elle pouvait seulement exiger, le solde du marché tel qu'il ressort du décompte général et définitif du marché.

11. Il en résulte que le titre exécutoire doit être annulé, sans qu'il soit besoin de faire état des autres moyens développés par la requérante.

Sur les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer :

12. Dès lors que le solde du marché reste dû par la requérante, ses conclusions tendant à la décharge de l'obligation de payer doivent être rejetées.

Sur les frais liés d'instance :

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des parties, les sommes qu'elles demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre exécutoire n° 7472970 émis le 11 mars 2021 par le CHU de Nantes de Nantes à l'endroit de la société Askco est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Askco et au CHU de Nantes.

Copie en sera adressée au directeur régional des finances publiques des Pays de la Loire et de La Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024.

Le rapporteur,

X. JÉGARDLa présidente,

S. RIMEU

La greffière,

A. GOUDOU

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2105700 et 2105701

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