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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2106118

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2106118

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2106118
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat : Mme BAUFUME - R. 222-13
Avocat requérantLE MIGNANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 juin 2021, M. B A C, représenté par Me Le Mignant, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 juillet 2020 par laquelle la commission de médiation de la Loire-Atlantique a refusé que sa demande de logement soit reconnue urgente et prioritaire, ensemble la décision du 3 novembre 2020 de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation et au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer sa situation et de lui accorder un logement social en priorité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de la décision attaquée du 7 juillet 2020 ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ; elles ne comportent aucune motivation en fait ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ; son loyer est disproportionné au regard des ressources actuelles du foyer ; leur appartement, composé de deux chambres, est trop petit au regard des besoins différents de ses trois enfants, respectivement âgés de 11, 16 et 23 ans ; il subit l'insécurité régnant dans le quartier dans lequel il réside ; sa voiture a été incendiée et les parties communes sont devenues le lieu privilégié des trafics de drogue ; l'ascenseur est régulièrement dégradé, ce qui empêche notamment sa fracture au pied de guérir.

Par un mémoire enregistré le 17 novembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête de M. A C est irrecevable dès lors que la décision implicite de rejet de sa demande, née le 31 mars 2020, n'a pas été attaquée dans le délai imparti de deux mois ; les décisions attaquées, du 7 juillet et du 3 novembre 2020, présentent un caractère purement confirmatif et ne font, par conséquent, pas grief au requérant ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé ; le requérant, dont le taux d'effort était d'environ 26,38 %, occupe un logement adapté à ses ressources et à la composition familiale déclarée à la date du recours amiable formé par M. A C.

M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 25 mars 2021.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Baufumé, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a, sur sa proposition, dispensé la rapporteure publique de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Baufumé a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A C a saisi la commission de médiation de la Loire-Atlantique afin que soit reconnu le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, en application des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. La commission de médiation a, par décision du 7 juillet 2020, rejeté cette demande au motif tiré de ce que ses conditions actuelles de logement ne le placent pas dans une situation de priorité et d'urgence au sens du dispositif du droit au logement opposable. Par décision du 3 novembre 2020, la commission de médiation de la Loire-Atlantique a rejeté le recours gracieux formé par M. A C à l'encontre de la décision susmentionnée du 7 juillet 2020. M. A C demande l'annulation de la décision du 7 juillet 2020, ensemble celle de la décision du 3 novembre 2020 de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, par une décision du 12 mars 2020, le président de la commission de médiation de Loire-Atlantique a donné délégation à Mme D E, cheffe du pôle " Politiques sociales du logement ", à l'effet de signer les décisions de la commission de médiation. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il suit de là que M. A C ne peut utilement contester la motivation de la décision du 3 novembre 2020 par laquelle la commission de médiation a rejeté son recours gracieux formé à l'encontre de la décision attaquée du 7 juillet 2020. Par ailleurs, cette dernière décision cite les dispositions applicables du code de la construction et de l'habitation et fait état de la situation de M. A C. La commission de médiation mentionne notamment que son refus de reconnaître l'intéressé comme prioritaire et devant être logé d'urgence est fondé sur le motif tiré de ce que ce dernier, qui vit avec son épouse et ses deux enfants dans un logement T3 dans le parc locatif privé de la ville de Nantes, présente des conditions de logement qui ne le placent pas dans une situation de priorité et d'urgence au sens du dispositif du droit au logement opposable. Il suit de là que cette décision comprend l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

4. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Aux termes des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du même code dans sa rédaction applicable au litige : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région./ Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes :-ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ;-être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portée à sa connaissance ; -être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ;-avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ;-être hébergées dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois ou logées temporairement dans un logement de transition ou un logement-foyer depuis plus de dix-huit mois, sans préjudice, le cas échéant, des dispositions du IV de l'article L. 441-2-3 ;-être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ".

5. Ces dispositions indiquent clairement que pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que ces conditions sont remplies, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de la demande.

6. M. A C soutient que son revenu fiscal de référence, qui s'élevait à 5 009 euros en 2019 et ses ressources mensuelles, atteignant 1 681 euros en mars 2021, ne lui permettent pas de subvenir aux besoins de sa famille, son loyer, d'un montant de 723 euros présentant un caractère disproportionné au regard de ces ressources. Toutefois, le préfet soutient, sans être contesté, que M. A C bénéficiait, en novembre 2019, de ressources mensuelles d'un montant total de 1 596,65 euros et que si le requérant supportait un loyer de 720 euros et des charges mensuelles de 130 euros, il bénéficiait d'une allocation logement de 436 euros. Il s'en suit que ces éléments, qui font apparaître un taux d'effort de 26,38%, ne sont pas de nature à caractériser une situation de précarité au regard du montant de son loyer et de la composition de son foyer, réunissant quatre personnes, son épouse et ses deux enfants mineurs, à la date à laquelle il a formé sa demande de logement social. Par ailleurs, M. A C déclare, aux termes de sa requête, des ressources mensuelles d'un montant supérieur, atteignant 1 681 euros, dont il justifie en produisant sa fiche de " demandeur " en date du 22 mars 2020. Enfin, si le requérant soutient, d'une part, souffrir de l'insécurité entourant son logement et des pannes répétées de l'ascenseur de ce dernier et, d'autre part, que son fils de 23 ans résiderait régulièrement avec lui, il n'apporte aucune pièce au soutien de ces allégations. Par suite, en considérant que le requérant bénéficie déjà d'un logement adapté à ses capacités et besoins et n'est pas en situation d'urgence, la commission de médiation du département de la Loire-Atlantique n'a pas fait de sa situation une appréciation manifestement erronée et les conclusions aux fins d'annulation des décisions des 7 juillet et 3 novembre 2020 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non recevoir soulevée par le préfet de la Loire-Atlantique, que la requête de M. A C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C, au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement et à Me Le Mignant.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La magistrate désignée,

A. BAUFUMÉ

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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