jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2106329 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | IPSO FACTO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 juin 2021 et le 4 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Parent, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 avril 2021 par laquelle la commission de recours de la Mutualité sociale agricole (MSA) Mayenne-Orne-Sarthe a rejeté son recours formé contre la décision du 8 février 2021 par laquelle la MSA Mayenne-Orne-Sarthe a rejeté sa demande de décharge d'un trop-perçu de 5 967 euros au titre de l'allocation logement familiale pour la période du 1er avril 2019 au 21 décembre 2020, ensemble ladite décision du 8 février 2021 ;
2°) d'enjoindre à la MSA Mayenne-Orne-Sarthe, à titre principal, de lui verser le bénéfice de l'allocation logement à caractère familial à compter du 1er avril 2019, assortie des intérêts au taux légal, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et prendre une nouvelle décision quant au bénéfice de l'allocation de logement familiale à compter du 1er avril 2019 sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, de condamner la MSA Mayenne-Orne-Sarthe à lui verser la somme de 5 967 euros au titre de son préjudice moral ;
4°) de mettre à la charge de la MSA Mayenne-Orne-Sarthe le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision du 8 avril 2021 ;
- la décision du 8 avril 2021 ne comporte pas le nombre et l'identité des membres ayant siégé à la commission de recours amiable, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ainsi que de la circulaire DSS n° 2002-56 du 30 janvier 2002 relative à l'application aux organismes de sécurité sociale de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec l'administration ;
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de de droit, de fait et d'appréciation, dès lors que son rachat de prêt signé le 10 février 2019, qui avait donc le même objet que le prêt précédent, ne constituait pas un " prêt permettant d'accéder à la propriété de l'habitation " puisqu'il était déjà propriétaire depuis 2008 ;
- en tout état de cause, à titre subsidiaire, le contrat de rachat de prêt du 5 avril 2019 a été conclu avant le 1er janvier 2020 dans une zone III et rentre donc dans le champ d'application de l'article L. 831-2 du code de la construction et de l'habitation ;
- en tout état de cause, si ce rachat de prêt devait être qualifié de nouveau prêt permettant d'accéder à la propriété, la responsabilité de la caisse serait engagée pour faute, compte tenu de la gestion fautive de son dossier par celle-ci ; elle n'a pas procédé à l'examen des pièces qui lui ont été transmises, ce qui est à l'origine de l'indu dont il n'a ainsi été informé que le 8 février 2021 ; cette faute lui a causé un préjudice financier et moral important, dès lors que la suppression de cette allocation le place dans une situation de précarité et qu'il ne peut faire face au trop-perçu litigieux.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 septembre 2021, la MSA Mayenne-Orne-Sarthe conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les moyens soulevés à l'encontre de sa décision du 8 février 2021 sont inopérants, dès lors qu'en raison du recours préalable obligatoire exercé devant la commission de recours, la décision de cette dernière commission du 8 avril 2021 s'est substituée à la décision initiale du 8 février 2021 ;
- les moyens de légalité externe sont inopérants en raison de l'office de plein contentieux du juge administratif ;
- aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hannoyer, premier conseiller,
- et les conclusions de Mme Le Lay, rapporteure publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a déposé, le 4 décembre 2009, une demande d'aide au logement pour son logement sur le territoire de la commune de Fontaine-Couverte (53350), qu'il a acquis avec son épouse le 30 juillet 2008, indiquant l'avoir acquis à l'aide de trois prêts contractés pour son acquisition, et a transmis ainsi le 4 décembre 2009 à la Mutualité sociale agricole (MSA) Mayenne-Orne-Sarthe les trois certificats de prêts afférents, portant sur des montants de 117 477 euros remboursables sur 15 ans à compter du 20 septembre 2008, de 14 250 euros remboursables sur 15 ans à compter du 20 septembre 2008 et de 14 250 remboursables sur 17 ans jusqu'au 20 août 2023. Les intéressés ont perçu le bénéfice de l'allocation de logement familiale à ce titre à compter du 1er février 2010. La MSA Mayenne-Orne-Sarthe, par décision du 8 février 2021, a notifié aux intéressés un trop-perçu à ce titre à hauteur de 5 697 euros sur la période du 1er avril 2019 au 31 décembre 2020. Par courrier du 18 février 2021, M. et Mme A ont contesté cette décision du 8 février 2021 auprès de la commission de recours amiable de la caisse, laquelle a rejeté leur recours par décision du 8 avril 2021. Le 1er juin 2021, M. A présentait une demande indemnitaire préalable auprès de la MSA Mayenne-Orne-Sarthe en réparation de ses préjudices, à hauteur de 5 697 euros. Parallèlement, par la présente requête, il demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, notamment d'annuler ces deux dernières décisions du 8 février et 8 avril 2021 et, à titre subsidiaire, de condamner la MSA Mayenne-Orne-Sarthe à l'indemniser du préjudice qu'il estime avoir subi du fait de la gestion de son dossier.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " () Les aides personnelles au logement comprennent : () / 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale (). " Aux termes de l'article L. 825-2 de ce même code : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement () par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire ". L'article R. 825-1 du même code subordonne l'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. Enfin, aux termes de l'article R. 825-2 de ce même code : " Le directeur de l'organisme payeur statue sur les recours administratifs mentionnés à l'article R. 825-1, après l'avis de la commission de recours amiable ".
3. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours préalable est seule susceptible d'être déférée au juge en ce qu'elle se substitue à la décision initiale.
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la décision attaquée du 8 avril 2021 s'est substituée à la décision initiale de la MSA Mayenne-Orne-Sarthe du 8 février 2021 et est seule susceptible en conséquence d'être déférée au juge. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 8 février 2021 sont irrecevables et doivent être rejetées. De même, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision du 8 février 2021 doit être écarté comme inopérant.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 8 avril 2021 :
5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision, qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'allocation logement à caractère familial, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération de l'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
6. Aux termes de l'article L. 542-2 du code de la sécurité sociale, en vigueur jusqu'au 1er septembre 2019, repris à l'article L. 841-4 du code de la construction et de l'habitation : " I.- L'allocation de logement n'est due, au titre de leur résidence principale, qu'aux personnes : 1° payant un minimum de loyer, compte tenu de leurs ressources et de la valeur en capital de leur patrimoine, lorsque cette valeur est supérieure à 30 000 € () ; sont assimilées aux loyers les mensualités versées pour accéder à la propriété de l'habitation () ; l'allocation n'est pas due pour les prêts permettant d'accéder à la propriété de l'habitation qui sont signés à compter du 1er janvier 2018 ou, par exception, à compter du 1er janvier 2020 lorsque le logement fait l'objet d'une décision favorable de financement, prise avant le 31 décembre 2018, du représentant de l'Etat en Guyane, en Martinique, en Guadeloupe et à La Réunion (). ".
7. En principe, aucune allocation de logement n'est accordée aux personnes qui ont souscrit, après le 31 décembre 2017, un prêt, quel qu'il soit, permettant d'accéder à la propriété de leur l'habitation.
8. Il résulte de l'instruction, comme il a été dit au point 1 du présent jugement, que lorsqu'il a sollicité l'aide au logement en 2009 pour son logement acquis en 2008 situé sur le territoire de la commune de Fontaine-Couverte (53350), M. A se prévalait de trois contrats de prêts conclus en 2008, portant sur des montants de 117 477 euros remboursables sur 15 ans à compter du 20 septembre 2008, de 14 250 euros remboursables sur 15 ans à compter du 20 septembre 2008 et de 14 250 remboursables sur 17 ans jusqu'au 20 août 2023. Il en résulte par ailleurs que l'indu litigieux résulte de la circonstance qu'il a fait procéder, le 10 février 2019, au rachat de ses contrats de prêts encore en cours par un autre organisme bancaire.
9. Toutefois, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire que les dispositions précitées viseraient ou auraient pour effet de remettre en cause la situation des propriétaires d'un logement, pour lesquelles une allocation de logement a été octroyée avant le 1er janvier 2018 au titre d'un prêt immobilier souscrit avant cette date, au seul motif que cet allocataire a décidé de faire procéder, postérieurement à cette date, au rachat dudit prêt encore en cours, dès lors qu'un tel rachat ne vise pas à financer un nouveau projet d'accession à la propriété postérieurement au 1er janvier 2018. En l'espèce, dès lors que M. A s'est borné à faire procéder, le 10 février 2019, au rachat de ses contrats de prêts en cours, portant sur le même bien immobilier dont il était ainsi propriétaire depuis 2008, la MSA Mayenne-Orne-Sarthe a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 542-2 du code de la sécurité sociale repris à l'article L. 841-4 du code de la construction et de l'habitation.
10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les conclusions subsidiaires du requérant tendant à l'engagement de la responsabilité de la caisse MSA Mayenne-Orne-Sarthe, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 8 avril 2021 par laquelle la commission de recours amiable de la MSA Mayenne-Orne-Sarthe a rejeté le recours présenté par M. et Mme A contre la décision du 8 février 2021 leur notifiant un trop-perçu au titre de l'allocation de logement familiale à hauteur de 5 697 euros sur la période du 1er avril 2019 au 31 décembre 2020.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que M. A soit rétabli dans ses droits à l'allocation de logement familiale à compter du 1er avril 2019, y compris par l'allocation d'intérêts de retard sur les sommes dues à ce titre. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la MSA Mayenne-Orne-Sarthe de réexaminer la situation de M. A au titre de l'allocation de logement familiale, conformément aux motifs du présent jugement et dans un délai de deux mois à compter de la notification de celui-ci. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Il y a lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la MSA Mayenne-Orne-Sarthe, qui est la partie perdante dans la présente instance, une somme de 1'500 euros au titre des frais exposés par M. A.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours amiable de la Mutualité sociale agricole Mayenne-Orne-Sarthe du 8 avril 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la Mutualité sociale agricole Mayenne-Orne-Sarthe de réexaminer la situation de M. A au titre de l'allocation de logement familiale à compter du 1er avril 2019, y compris par l'allocation d'intérêts de retard sur les sommes dues à ce titre, conformément aux motifs du présent jugement et dans un délai de deux mois à compter de la notification de celui-ci.
Article 3 : La Mutualité sociale agricole Mayenne-Orne-Sarthe versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la Mutualité sociale agricole Mayenne-Orne-Sarthe et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Hannoyer, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le rapporteur,
R. HANNOYER
La présidente,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
Le greffier,
P. VOSSELER
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N° 216329
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026