mercredi 14 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2106544 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | ERNST & YOUNG NANTES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 juin 2021 et 4 mai 2023, la société Paprec CRV, représentée par Me Girard, demande au tribunal :
1°) de condamner la communauté d'agglomération de la Presqu'Ile de Guérande Atlantique à lui verser une somme de 105 295,15 euros HT au titre de la réparation du préjudice qu'elle a subi du fait de la modification unilatérale du marché de tri et de conditionnement des emballages ménagers conclu avec elle le 23 mars 2018 ;
2°) de prononcer la résiliation du marché ;
3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération de la Presqu'Ile de Guérande Atlantique une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la communauté d'agglomération a procédé à une modification unilatérale du contrat en l'étendant au tri des journaux et magazines (JM) suite à l'extension des consignes de tri ;
- elle a droit à être indemnisée à hauteur de 105 295,15 euros HT du surcoût induit par la modification unilatérale du marché ;
- la modification unilatérale du marché n'a pas été prévue par les clauses du marché ;
- la modification unilatérale du marché est substantielle, dès lors qu'elle modifie l'objet du marché et qu'elle la conduit à prendre en charge des JM qui ne relevaient pas du périmètre initial du marché car ils étaient collectés en points d'apport volontaire.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 octobre 2021 et 11 mai 2023, la communauté d'agglomération de la Presqu'Ile de Guérande Atlantique (CAP Atlantique), représentée par le cabinet EY société d'avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Paprec au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté, dès lors qu'elle n'a pas formé de mémoire en réclamation dans les conditions prévues à l'article 37 du CCAG applicable au marché litigieux ;
- les conclusions indemnitaires doivent être rejetées comme irrecevables ou leur portée limitée à ce qui était demandé dans le mémoire en réclamation ;
- les conclusions tendant à la résiliation du marché sont irrecevables, dès lors qu'elle n'ont pas fait l'objet d'une réclamation préalable dans les conditions prévues à l'article 37.2 du cahier des clauses administratives générales ;
- les moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Simon,
- les conclusions de M. Dias, rapporteur public,
- et les observations de Me Du Rusquec, avocate de la société Paprec CRV et de
Me Le Ny, avocat de CAP Atlantique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 23 mars 2018, la communauté d'agglomération de la Presqu'île de Guérande Atlantique (CAP Atlantique) a conclu un marché avec la société Paprec CRV ayant pour objet le tri et le conditionnement des emballages ménagers pour une durée maximale de sept ans, décomposée en une durée ferme de trois ans et deux reconductions tacites de deux ans. Par délibération du 30 novembre 2020, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération a procédé à la révision de son schéma directeur de collecte des déchets pour y intégrer l'extension des consignes de tri à compter du 1er décembre 2020. Dans ce contexte, la communauté d'agglomération a proposé à la société Paprec CRV la signature d'un avenant pour prendre en compte cette modification des conditions de collecte des déchets ménagers. Par courrier du
4 décembre 2020, la société Paprec CRV a fait connaître à la communauté d'agglomération son refus de signer l'avenant proposé selon les conditions financières proposées et sollicité une réévaluation du montant de la rémunération du prix de tri en extension. Par courrier du
17 décembre 2020, la communauté d'agglomération a refusé de procéder à cette réévaluation au motif que le prix du marché en cas d'extension des consignes de tri était prévu au marché initial. Le 31 décembre 2020, cette société a émis une facture appliquant un prix supérieur à celui proposé par la communauté d'agglomération et prévu, selon cette dernière, par les stipulations du marché initial. Le 4 février 2021, la communauté d'agglomération a rejeté cette facture. Par un courrier du 18 février 2021, la société Paprec CRV a adressé à Cap Atlantique un mémoire en réclamation sollicitant le versement d'une somme de 147 290,75 euros HT à parfaire au titre du surcoût induit par l'extension des consignes de tri. Par courrier du 12 avril 2021, la communauté d'agglomération a rejeté sa demande. Par sa requête, la société Paprec CRV demande au tribunal de condamner CAP Atlantique à lui verser une somme de 105 295,15 euros HT et de prononcer la résiliation du contrat conclu le 23 mars 2018.
Sur les conclusions indemnitaires de la société Paprec CRV :
2. Le juge du contrat, saisi par une partie d'un litige relatif à une mesure d'exécution d'un contrat, peut seulement, en principe, rechercher si cette mesure est intervenue dans des conditions de nature à ouvrir droit à indemnité.
3. Pour rejeter la demande de paiement de la société Paprec CRV, CAP Atlantique s'est fondée sur la circonstance que le prix P18 de 111 euros HT par tonne prévu au bordereau des prix unitaires était applicable à la mise en place des extensions de consignes de tri.
4. Il résulte des termes de l'article A.3.2. du cahier des clauses techniques particulières applicable au marché litigieux que, s'agissant des journaux et magazines (JM), " aucune prestation de tri n'est intégrée dans [le] marché. ". Aux termes de la " section E_Intégration des extensions de consignes de tri " du même document : " La loi de transition énergétique a fixé des objectifs ambitieux en matière de recyclage matière, en imposant notamment une généralisation de l'extension des consignes de tri des emballages ménagers à l'ensemble des emballages plastiques à l'horizon 2022. / La mise en œuvre de l'extension des consignes de tri se fait suite à un appel à projets de CITEO. LE TITULAIRE se doit d'apporter toute l'aide nécessaire à LA COLLECTIVITE pour la rédaction et la réponse à ces appels à projets. / Les dispositions de ces mesures d'extension seront mises en œuvre dans le cadre d'un éventuel avenant au présent marché. ". Par ailleurs, le bordereau des prix unitaires prévoit un tarif P18 de 111 euros/tonne, lequel " rémunère l'ouverture de sacs et le tri du multi-matériaux collecté en sacs sur les 15 communes de CAP Atlantique selon les dispositions du CCTP " et est destiné à remplacer le prix P2 à la mise en place des extensions de consignes de tri.
5. Il résulte de ces stipulations que si le marché initial ne prévoyait pas le tri des journaux et magazines, lesquels étaient collectés dans des sacs bleus ou dans des points d'apport volontaire, celui-ci envisageait toutefois dès sa signature une modification des consignes de tri avec une collecte et un tri multi-matériaux correspondant. La seule mention " pour information " inscrite dans le bordereau des prix unitaires, document contractuel, ne suffit pas à regarder ce prix comme dépourvu de valeur contractuelle. Dès lors, la communauté d'agglomération était fondée à rejeter la réclamation préalable de la société Paprec CRV pour le motif mentionné ci-dessus.
6. Au surplus, s'il est constant que l'extension des consignes et la mise en place d'un tri multi-matériaux induit pour la société Paprec CRV un surcroît d'activité par rapport aux données contractuelles initiales par le traitement indistinct des emballages légers d'une part, et des journaux et magazines d'autre part, lesquels étaient auparavant collectés à part et ne faisaient pas l'objet d'opérations de tri, il ne résulte pas de l'instruction que cela affecterait défavorablement l'équilibre économique du contrat pour celle-ci alors qu'elle a elle-même indiqué dans son mémoire technique que sa politique était " de mettre tout en œuvre pour capter le plus de produits possible " et qu'elle faisait " le choix d'extraire un plus large spectre de produits valorisables, notamment dans les fractions les plus fines, qui engendre un surcoût de prestation largement compensé par les gains générés par la revente des matières et par les soutiens des éco-organismes aux collectivités ".
7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir qui y sont opposées, il y a lieu de rejeter les conclusions indemnitaires de la société Paprec CRV.
Sur les conclusions tendant au prononcé de la résiliation du contrat :
8. D'une part, les parties à un contrat administratif peuvent saisir le juge d'un recours de plein contentieux contestant la validité du contrat qui les lie. Il appartient alors au juge, lorsqu'il constate l'existence d'irrégularités, d'en apprécier l'importance et les conséquences, après avoir vérifié que les irrégularités dont se prévalent les parties sont de celles qu'elles peuvent, eu égard à l'exigence de loyauté des relations contractuelles, invoquer devant lui. Il lui revient, après avoir pris en considération la nature de l'illégalité commise et en tenant compte de l'objectif de stabilité des relations contractuelles, soit de décider que la poursuite de l'exécution du contrat est possible, éventuellement sous réserve de mesures de régularisation prises par la personne publique ou convenues entre les parties, soit de prononcer, le cas échéant avec un effet différé, après avoir vérifié que sa décision ne portera pas une atteinte excessive à l'intérêt général, la résiliation du contrat ou, en raison seulement d'une irrégularité invoquée par une partie ou relevée d'office par lui, tenant au caractère illicite du contenu du contrat ou à un vice d'une particulière gravité relatif notamment aux conditions dans lesquelles les parties ont donné leur consentement, son annulation.
9. D'autre part, lorsque les parties soumettent au juge un litige relatif à l'exécution du contrat qui les lie, il incombe en principe à celui-ci, eu égard à l'exigence de loyauté des relations contractuelles, de faire application du contrat. Toutefois, dans le cas seulement où il constate une irrégularité invoquée par une partie ou relevée d'office par lui, tenant au caractère illicite du contenu du contrat ou à un vice d'une particulière gravité relatif notamment aux conditions dans lesquelles les parties ont donné leur consentement, il doit écarter le contrat et ne peut régler le litige sur le terrain contractuel. Ainsi, lorsque le juge est saisi d'un litige relatif à l'exécution d'un contrat, les parties à ce contrat ne peuvent invoquer un manquement aux règles de passation, ni le juge le relever d'office, aux fins d'écarter le contrat pour le règlement du litige. Par exception, il en va autrement lorsque, eu égard d'une part à la gravité de l'illégalité et d'autre part aux circonstances dans lesquelles elle a été commise, le litige ne peut être réglé sur le fondement de ce contrat.
10. En l'espèce, il résulte de ce qui précède que le marché initial prévoyait l'extension des consignes de tri et la mise en place d'un tri multi-matériaux. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée, en tout état de cause, à soutenir que cette modification du contrat ne pouvait intervenir sans nouvelle mesure de publicité et de mise en concurrence.
11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par Cap Atlantique à ces conclusions, que la société Paprec CRV n'est pas fondée à demander la résiliation du contrat litigieux.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 code de justice administrative :
12. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de Cap Atlantique, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que demande la société Paprec CRV au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Paprec CRV une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Cap Atlantique et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Paprec CRV est rejetée.
Article 2 : La société Paprec CRV versera à Cap Atlantique une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Paprec CRV et à la communauté d'agglomération de la Presqu'île de Guérande Atlantique (CAP Atlantique).
Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Loirat, présidente,
M. Gauthier, premier conseiller,
M. Simon, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2023.
Le rapporteur,
P-E. SIMON
La présidente,
C. LOIRAT
La greffière,
P. LABOUREL
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026