mardi 25 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2107559 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Président 3 : M. CANTIE - R. 222-13 |
| Avocat requérant | LOIRÉ - HENOCHSBERG |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 30 juin 2021 sous le n° 2107559, M. B A, représenté par l'AARPI Loiré-Henochsberg, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 avril 2021 par lequel le ministre de l'économie, des finances et de la relance a annulé sa pension de réversion à compter du 4 janvier 2001 et prescrit le recouvrement du trop-perçu ;
2°) de lui accorder la décharge totale ou, à défaut, partielle de la somme réclamée au titre du trop-perçu de pension ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté litigieux n'a pas été signé par une autorité habilitée ;
- dès lors qu'il est établi que l'administration a eu connaissance du remariage et a poursuivi le versement de la pension de réversion, la prescription prévue par l'article L. 93 du code des pensions civiles et militaires de retraite est seule invocable, la prescription prévue par l'article 2224 du code civil étant applicable à compter de la date à laquelle l'administration a eu connaissance de sa situation matrimoniale ; l'action de l'administration est prescrite en application de ces dispositions ;
- subsidiairement, il y a lieu de déduire du montant réclamé la somme dont il s'est acquitté au titre de l'impôt sur le revenu ;
- alors que sa bonne foi est établie, l'administration a commis une faute qui justifie la décharge totale ou, à tout le moins, partielle de la somme réclamée.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 octobre 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que la demande est infondée.
II. Par une requête enregistrée le 27 septembre 2021 sous le n° 2110762, M. B A, représenté par l'AARPI Loiré-Henochsberg, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre de perception du 7 juin 2021 émis à son encontre pour obtenir le recouvrement de la somme de 184 785 euros au titre d'un trop-perçu de pension et la décision du 26 août 2021 portant rejet de sa réclamation formée contre cet état exécutoire ;
2°) de lui accorder la décharge de la somme réclamée au titre du trop-perçu de pension ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'illégalité de l'arrêté sur lequel est fondé le titre de perception contesté le prive de base légale ;
- cet état ne fait pas mention de l'identité de son auteur.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 février 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que la demande est infondée.
Par un mémoire enregistré le 21 février 2022, le directeur départemental des finances publiques de la Vienne s'en rapporte aux conclusions présentées par le ministre.
Le président du tribunal a désigné M. E en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code civil ;
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- la loi n° 2008-561 du 17 juin 2008 ;
- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E,
- les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.
- et les observations de Me Soucat, substituant Me Henochsberg, représentant M. A.
Deux notes en délibéré, enregistrées le 4 février 2025, ont été produites pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, professeur des universités admis à la retraite à compter du 1er septembre 1999, s'est vu concéder une pension civile d'ayant-cause à compter du 1er décembre 1994, par un arrêté du 13 novembre 1995, à la suite du décès de sa première épouse, Mme I, survenu le 11 novembre 1994. Estimant, compte tenu du remariage de l'intéressé le 25 avril 1995, qu'il avait perçu à tort cette pension de réversion, le ministre chargé des pensions, par un arrêté du 2 avril 2021, a annulé la pension à compter du 4 janvier 2001 et prescrit le recouvrement du trop-perçu corrélatif. Un titre de perception a été émis le 7 juin 2021 en vue d'obtenir le recouvrement auprès de M. A de la somme de 184 785 euros au titre d'un trop-perçu de pension d'ayant-cause correspondant à la période du 4 janvier 2001 au 31 décembre 2020. Par une décision du 26 août 2021, la réclamation formée par l'intéressé contre cet état exécutoire a été rejetée.
2. Par les requêtes visées ci-dessus, qu'il y a lieu de joindre pour y statuer par un seul jugement, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 avril 2021, le titre de perception du 7 juin 2021 et la décision du 26 août 2021 rejetant sa réclamation, ainsi que de lui accorder la décharge de la somme réclamée.
Sur la prescription de l'action en restitution des sommes indûment perçues :
3. D'une part, il résulte de l'article L. 46 du code des pensions civiles et militaires de retraite que le conjoint survivant ou le conjoint divorcé, qui contracte un nouveau mariage ou vit en état de concubinage notoire, perd son droit à pension. Aux termes de l'article L. 93 du même code : " Sauf le cas de fraude, omission, déclaration inexacte ou de mauvaise foi de la part du bénéficiaire, la restitution des sommes payées indûment au titre des pensions, de leurs accessoires ou d'avances provisoires sur pensions, attribués en application des dispositions du présent code, ne peut être exigée que pour celles de ces sommes correspondant aux arrérages afférents à l'année au cours de laquelle le trop-perçu a été constaté et aux trois années antérieures ".
4. Il résulte de l'instruction que M. A a omis de déclarer auprès du service des pensions son remariage intervenu le 25 avril 1995. Cette omission, alors même qu'elle ne révèle aucune intention frauduleuse ou mauvaise foi, fait obstacle à l'application de la prescription prévue par l'article L. 93 du code des pensions civiles et militaires de retraite.
5. D'autre part, si, l'article 2277 du code civil, dans sa rédaction applicable avant l'entrée en vigueur de la loi du 17 juin 2008, instituait une prescription par cinq ans des actions relatives aux créances périodiques, sans qu'il y ait lieu de distinguer selon qu'il s'agissait d'une action en paiement ou en restitution de ce paiement, cette prescription ne courait pas lorsque la créance, même périodique, dépendait d'éléments qui n'étaient pas connus du créancier et devaient résulter de déclarations que le débiteur était tenu de faire. Par ailleurs, en vertu de l'article 2224 du code civil, dans sa rédaction issue de la loi du 17 juin 2008 visée ci-dessus, les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer. La prescription quinquennale ainsi prévue ne porte que sur le délai pour exercer l'action, non sur la détermination de la créance elle-même. Ainsi, dès lors que l'action est introduite dans le délai de cinq ans à compter du jour où le titulaire du droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer, la seule limite à l'exercice de ce droit résulte de l'article 2232 du code civil, dans sa rédaction issue de la loi du 17 juin 2008, aux termes duquel " le report du point de départ, la suspension ou l'interruption de la prescription ne peut avoir pour effet de porter le délai de la prescription extinctive au-delà de vingt ans à compter du jour de la naissance du droit ". Cependant, en application des dispositions du II de son article 26, les dispositions de la loi du 17 juin 2008 qui réduisent la durée d'une prescription s'appliquent à compter du jour de l'entrée en vigueur de la loi, sans que la durée totale puisse excéder la durée prévue par la loi antérieure. Il en résulte que lorsque l'exercice d'une action n'était enserré, avant l'intervention de la loi du 17 juin 2008, que par la prescription trentenaire, cette prescription continue à s'appliquer.
6. Il résulte de l'instruction que le service des pensions a été informé du changement de situation de M. A dans le cadre du traitement de sa demande de changement d'adresse du 4 janvier 2021. En application des dispositions citées au point précédent, l'action de l'Etat en répétition des sommes indûment versées à M. A du 4 janvier 2001 au 31 décembre 2020, engagée dans le délai de cinq ans à compter de la date à laquelle le service avait été informé du changement de situation familiale de l'intéressé, n'était prescrite ni sur le fondement de l'ancien article 2277 du code civil, ni sur celui du nouvel article 2224 de ce code.
Sur la créance contestée :
7. En premier lieu, la faute qui serait imputable selon M. A à l'Etat est sans incidence sur la possibilité ouverte à ce dernier d'obtenir la restitution des sommes indûment perçues.
8. En second lieu, M. A ne justifie pas détenir à l'encontre de l'Etat une créance certaine susceptible d'être prise en compte dans le cadre de la compensation légale.
Sur les autres moyens invoqués par M. A :
9. En premier lieu, l'arrêté du 2 avril 2021 a été signé par Mme C D, attachée d'administration de l'Etat. En vertu de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, le directeur général des finances publiques bénéficie d'une délégation pour signer, au nom du ministre chargé des pensions, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. En vertu de l'article 3 du même décret, ce directeur est habilité à déléguer lui-même cette signature. Par une décision du 1er octobre 2020, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 8 octobre suivant, M. G H, directeur général des finances publiques, nommée dans ces fonctions par décret du président de la République du 24 avril 2019, régulièrement publié, a donné à Mme C D, agent au sein du bureau des retraites au sein du service des retraites de l'Etat, une délégation l'autorisant à signer un arrêté tel que celui en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté du 2 avril 2021 doit être écarté.
10. En second lieu, il résulte de l'instruction que, contrairement à ce que soutient M. A, le titre de perception en litige fait mention de l'identité de l'agent qui l'a authentifié au nom de l'ordonnateur, à savoir Mme F J, contrôleuse des finances publiques, habilitée par une décision du 12 avril 2021 publiée le 18 avril suivant.
11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à contester les actes en litige, ni à demander la décharge de la créance en cause. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais liés aux litiges ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes, visées ci-dessus, de M. A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.
Le magistrat désigné,
C. ELa greffière,
C. DUMONTEIL
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
C. DUMONTEIL-2110762
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026