jeudi 23 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2108089 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | PARME AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 16 juillet 2021 et les 19 janvier et 13 avril 2022, le centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) de Nantes Pays de la Loire, représenté par la SELARL Symchowicz-Weissberg et associés, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :
1°) de condamner la société SPIE Batignolles Energie à lui verser une provision de 340 927,68 euros assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation ;
2°) de mettre à la charge de la société SPIE Batignolles Energie la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la créance dont il se prévaut n'est pas sérieusement contestable dans son principe comme dans son montant ; en effet, en exécution du jugement, devenu définitif, rendu le 18 septembre 2017 par le tribunal de commerce d'Evry, la société SPIE Batignolles a repris, en tant que cessionnaire de l'entreprise, les engagements de la société Sesar Ouest résultant du marché public portant sur l'exécution du lot n° 13 " chauffage, ventilation, plombage, sanitaire " de l'opération de reconstruction du restaurant universitaire Le Rubis à Nantes. Cette obligation a été confirmée par une ordonnance du 8 avril 2019 du juge commissaire et par lettre du 20 février 2018 de l'administrateur judiciaire ; aucun avenant n'était nécessaire pour que la cession prenne effet ; ni la décision de résiliation du marché public en cause, ni le décompte de liquidation sur la base duquel repose la créance en litige n'ont été contestés par la société SPIE Batignolles Energie ; le courrier du 9 octobre 2017 n'a pu permettre la résiliation de plein droit du marché dans la mesure où il a été adressé, en l'absence de toute consultation de l'administrateur judiciaire, à la société Sesar Ouest qui n'existait plus ; ce courrier n'est intervenu qu'à la suite de manœuvres dolosives de la part de la société SPIE Batignolles Energie, caractérisées par des informations mensongères, dont l'intention était de se dégager de ses obligations contractuelles ; la résiliation obtenue par fraude a pu être régulièrement retirée par la décision de résiliation du marché prononcée le 22 février aux frais et risques du titulaire.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 août 2021 et les 15 mars et 15 avril 2022, la société SPIE Batignolles Energie, représentée par Me Janvier, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du CROUS de Nantes de la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la créance invoquée est sérieusement contestable ; en effet, les contrats cédés en application de l'article L. 642-7 du code de commerce par jugement du 18 septembre 2017 du tribunal de commerce d'Evry ne concernaient que les seuls contrats fournisseurs, de telle sorte que le marché liant la société SESAR Ouest et le CROUS de Nantes était exclu du plan de cession et n'a nullement été transféré à la société SPIE Batignolles ; il découle implicitement mais nécessairement des dispositions de l'article L. 642-7 du code de commerce le principe selon lequel les contrats ordinaires ne peuvent faire l'objet d'une cession de plein droit ; le transfert effectif des droits et obligations mentionnés dans le plan de cession est conditionné à la régularisation des actes de cession correspondants, dont seul l'accomplissement emporte un effet translatif ; la cession du marché doit faire l'objet d'une contractualisation par avenant pour acter l'éventuel transfert du marché au repreneur, ce qui n'a pas été le cas en l'espèce ; le marché ne lui ayant jamais été transféré, le résiliation du marché aux frais et risques, ainsi que le décompte de liquidation, n'ont pu produire aucun effet à son égard et doivent être considérés comme nuls et non avenus ou, tout au moins, non opposables ; à supposer que le marché aurait fait l'objet d'une cession judiciaire, la résiliation prononcée par le CROUS le 9 octobre 2017 a, en tout état de cause, mis fin aux rapports contractuels nés du marché transféré, de sorte que le CROUS ne pouvait pas à nouveau résilier sur un autre fondement un contrat qui ne liait plus les parties ; une mesure de résiliation étant un acte d'exécution contractuel, et non un acte administratif unilatéral, la reprise des relations contractuelles à l'initiative de la collectivité ne saurait intervenir unilatéralement et requiert que l'administration saisisse le juge du contrat ; aucune manœuvre dolosive n'a été commise.
Le président du tribunal a désigné M. Cantié, vice-président, pour statuer sur les demandes en référé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de commerce ;
- le code de la commande publique ;
- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;
- le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. () ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.
2. Par la présente requête, le CROUS de Nantes Pays de la Loire demande au juge des référés de condamner la société SPIE Batignolles Energie à lui verser une provision de 340 927,68 euros correspondant au solde du décompte de liquidation arrêté le 18 novembre 2019 et retraçant les surcoûts liés à l'exécution à ses frais et risques du marché public de travaux, d'un montant de 409 544,17 euros toutes taxes comprises (TTC), portant sur le lot n° 13 " chauffage, ventilation, plombage, sanitaire " de l'opération de reconstruction du restaurant universitaire Le Rubis à Nantes, exécuté à hauteur de 112 849,34 euros TTC par la société Sesar Ouest et de 25 740 euros TTC par son sous-traitant, la société CVM.
3. D'une part, il résulte de l'instruction que le marché public en cause, attribué par le CROUS de Nantes Pays de la Loire à la société Sesar Ouest le 13 juillet 2016, a été repris par la société SPIE Batignolles Energie, cessionnaire de cette entreprise au terme de la procédure collective résultant des jugements en date des 4 juillet et 18 septembre 2017 du tribunal de commerce d'Evry, dont n'ont pas été expressément exclus les engagements qui impliquent la poursuite de ce contrat.
4. D'autre part, il résulte de l'instruction que le CROUS de Nantes Pays de la Loire a estimé, dans un courrier du 9 octobre 2017, que la résiliation de plein droit du marché sans indemnisation du titulaire du lot n° 13 était intervenue en vertu de la loi. Toutefois, cette prise de position du maître d'ouvrage n'a pas le caractère d'une décision et est insusceptible, par elle-même, de mettre fin au contrat. Au demeurant, elle a été formulée sur la base de l'information erronée figurant dans un courriel du 21 septembre 2017 de la société SPIE Batignolles Energie, aux termes duquel celle-ci n'entendait pas reprendre le chantier dans la mesure où le marché était exclu du plan de reprise de la société Sesar Ouest. Aucune règle ni aucun principe ne s'opposait alors à ce que le CROUS de Nantes Pays de la Loire mette en demeure le nouveau titulaire du marché public de reprendre le chantier sous peine de la résiliation de ce contrat à ses frais et risques, ce que le CROUS établit avoir fait par un courrier du 2 février 2018. La société SPIE Batignolles Energie n'est pas fondée à soutenir à cet égard qu'elle était déliée de tout engagement contractuel, ni à opposer l'absence de conclusion d'un avenant de transfert, qui ne s'impose pas lorsque, comme en l'espèce, l'entreprise titulaire d'un marché qui a été placée en liquidation judiciaire est acquise par un repreneur.
5. Dans ces conditions et dès lors que la société SPIE Batignolles Energie n'a contesté utilement ni la régularité ou le bien-fondé de décision de résiliation du marché à ses frais et risques dont elle a été informée par courrier du 22 février 2018, ni le contenu du décompte de liquidation précité, établi à l'issue de l'exécution du marché public de substitution conclu avec l'entreprise Hervé Thermique pour l'achèvement des prestations du lot n°13 de l'opération de travaux, la créance dont se prévaut le CROUS de Nantes Pays de la Loire doit être regardée comme non sérieusement contestable.
6. Il résulte de ce qui précède que la société SPIE Batignolles Energie doit être condamnée à verser au CROUS de Nantes Pays de la Loire une provision de 340 927,68 euros.
7. Le CROUS de Nantes Pays de la Loire peut prétendre à ce que la provision précitée soit assortie, comme il le demande, des intérêts au taux légal à compter de la date à laquelle la société défenderesse admet avoir réceptionné le courrier portant notification du décompte de liquidation du 18 novembre 2019, ayant ainsi été mise à même de s'acquitter de ce montant, c'est-à-dire le 27 novembre 2019, ainsi que de la capitalisation de ces intérêts à chaque échéance annuelle.
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la société SPIE Batignolles Energie la somme de 2 000 euros à verser à ce titre au CROUS de Nantes Pays de la Loire. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge du CROUS de Nantes Pays de la Loire, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
O R D O N N E :
Article 1er : La société SPIE Batignolles Energie est condamnée à verser au CROUS de Nantes Pays de la Loire une provision de 340 927,68 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 27 novembre 2019. Les intérêts échus à la date du 27 novembre 2019 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : La société SPIE Batignolles Energie versera au CROUS de Nantes Pays de la Loire la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la société SPIE Batignolles Energie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au centre régional des œuvres universitaires et scolaires de Nantes Pays de la Loire et à la société SPIE Batignolles Energie.
Fait à Nantes, le 23 mars 2023.
Le juge des référés,
C. CANTIE
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026