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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2108253

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2108253

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2108253
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation12eme chambre
Avocat requérantCABINET SALLE - PELTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 16 juillet 2021, 6 octobre 2021, 18 octobre 2021 et 27 juin 2022, Mme A C, agissant au nom et pour le compte de son époux M. B C, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 11 mai 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Sarthe a fixé à 7,50 euros par jour la participation de son époux M. B C au titre de l'allocation personnalisée d'autonomie (APA) pour un bénéficiaire hébergé dans un établissement, soit une somme de 228,75 euros pour la période du mois de juin 2021, ainsi que la décision du 21 juin 2021 par laquelle le président du conseil départemental a rejeté son recours hiérarchique préalable obligatoire formé contre la décision du 11 mai 2021 ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de la Sarthe de fixer à 5,55 euros par jour le montant de la participation facturée à M. C, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- dans la mesure où le département de la Sarthe verse directement l'APA à l'établissement où se trouve hébergé son époux sous forme d'une dotation globale, seul le tarif correspondant au groupe iso-ressources (GIR) 5-6, correspondant à 5,55 euros par jour, peut lui être facturé, conformément au contenu d'un courrier du 6 mai 2021 du département et aux stipulations du contrat de l'établissement ; le département n'est ainsi pas fondé à demander une participation supérieure à 5,55 euros par jour ;

- l'arrêté n°20/7120 du 20 décembre 2020 ne mentionne pas de participation financière des résidents relevant des GIR 1 à 4 en fonction de leurs ressources ;

- le directeur de l'établissement a attesté dans un courrier du 13 juillet 2021 que la facturation était identique pour tous les résidents de sorte que le traitement réservé à son époux est discriminatoire, alors que le département ne justifie pas de ce qu'il réclamerait aux établissements d'hébergement les justificatifs fiscaux des revenus des résidents ;

- l'APA ne peut pas faire l'objet d'une récupération.

Par des mémoires en défense enregistrés les 26 août 2021 et 29 octobre 2021, le département de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, sur le fondement de l'article L. 134-4 1° du code de l'action sociale et des familles, faute pour la requérante de produire un pouvoir de son époux qu'elle entend représenter ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique a été, sur sa proposition, dispensée de prononcer ses conclusions sur cette affaire, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de Mme Milin a été entendu au cours de l'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C est accueilli par l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) " Bonnière Saint-Aldric " situé au Mans dans le département de Sarthe depuis le 21 avril 2021. Par une décision du 11 mai 2021, le président du conseil départemental de la Sarthe a fixé à 7,50 euros par jour sa participation au versement de son allocation personnalisée d'autonomie (APA), soit une somme de 228,75 euros pour la période du mois de juin 2021. Il a également, par une décision du 21 juin 2021 rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 11 mai 2021. Par la présente requête, Mme A C, épouse de M. B C, demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

2. Aux termes de l'article L. 314-2 du code de l'action sociale et des familles : " I. Les établissements et services mentionnés au I et au II de l'article L. 313-12 sont financés par /() 2° Un forfait global relatif à la dépendance, prenant en compte le niveau de dépendance moyen des résidents dans des conditions précisées par décret en Conseil d'Etat, fixé par un arrêté du président du conseil départemental et versé aux établissements par ce dernier au titre de l'allocation personnalisée d'autonomie mentionnée à l'article L. 232-8 ; / 3° Des tarifs journaliers afférents à un ensemble de prestations relatives à l'hébergement, fixés par le président du conseil départemental, dans des conditions précisées par décret et opposables aux bénéficiaires de l'aide sociale accueillis dans des établissements habilités totalement ou partiellement à l'aide sociale à l'hébergement des personnes âgées. ()". Aux termes de l'article L. 232-4 de ce code : " L'allocation personnalisée d'autonomie est égale au montant de la fraction du plan d'aide que le bénéficiaire utilise, diminué d'une participation à la charge de celui-ci. / Cette participation est calculée et actualisée au 1er janvier de chaque année, en fonction de ses ressources déterminées dans les conditions fixées aux articles L. 132-1 et L. 132-2 et du montant du plan d'aide, selon un barème national revalorisé chaque année au 1er janvier en application de l'article L. 232-3-1. / (). ". L'article L. 232-8 de ce code dispose que : " I. Lorsque le bénéficiaire de l'allocation personnalisée d'autonomie est hébergé dans un établissement mentionné à l'article L. 313-12, sa participation est calculée en fonction de ses ressources, déterminées dans les conditions fixées aux articles L. 132-1 et L. 132-2, selon un barème national revalorisé au 1er janvier de chaque année comme les pensions aux termes de la loi de financement de la sécurité sociale. / () II. Le forfait global mentionné au 2° de l'article L. 314-2 n'inclut pas la participation des résidents prévue au I du présent article. ".

3. D'une part, il résulte de ces dispositions, et plus particulièrement du II de l'article L. 232-8 du code de l'action sociale et des familles précité, que le versement par le département de la Sarthe à l'EHPAD d'un forfait global relatif à la dépendance au titre de l'APA ne fait pas obstacle à la participation du bénéficiaire de cette allocation qui est hébergé dans un établissement au financement de cette allocation, le montant de cette participation étant calculé dans les conditions fixées à l'article R. 232-19 du code de l'action sociale et des familles, qui fixe une formule de calcul différente selon les ressources de l'allocataire.

4. D'autre part, il est constant qu'au vu des ressources de M. C, le département de la Sarthe était fondé à lui demander directement, par-delà la part déjà facturée sous forme de " ticket modérateur " par l'EHPAD, une participation dont le montant de 7,50 euros n'est pas discuté par la requérante. Ce montant n'est pas, contrairement à ce que soutient la requérante, redondant avec le montant de 5,55 euros facturé par ailleurs par l'établissement d'hébergement. Par conséquent, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision de fixer la participation de M. C restant à sa charge au titre de l'APA à un montant de 7,50 euros par jour au titre de l'année 2021 serait dépourvue de fondement ou discriminatoire. L'absence, sur les factures éditées par l'EHPAD, de mention de cette participation de 7,50 euros par jour ainsi que le défaut de précision dans le contrat d'établissement ou dans l'arrêté n°20/7120 du 22 décembre 2020 du président du conseil départemental de la Sarthe de ce que le " tarif dépendance GIR 5-6 " facturé par l'établissement ne correspond pas nécessairement à la participation totale du bénéficiaire de l'APA sont sans incidence sur le bien-fondé de la fixation de la participation de M. C restant à sa charge au titre de l'APA à un montant de 7,50 euros par jour au titre de l'année 2021. Enfin, la requérante n'établit aucunement, comme elle le suggère, que seule la participation de son époux serait, dans tout le département de la Sarthe, calculé en prenant en compte ses ressources. Il suit de là que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la fixation de la participation de M. C restant à sa charge au titre de l'APA serait infondée dans son principe, ni qu'elle serait entachée d'une discrimination.

5. L'article L. 232-19 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " Les sommes servies au titre de l'allocation personnalisée d'autonomie ne font pas l'objet d'un recouvrement sur la succession du bénéficiaire, sur le légataire, sur le donataire ou sur le bénéficiaire d'un contrat d'assurance-vie. ".

6. Si la requérante soutient que le département de la Sarthe ne pouvait pas mettre à la charge de M. C une participation au titre de l'APA pour le mois de juin 2021 au motif que le titre de recette correspondant comprend dans son objet la mention " récup ", alors que cette allocation ne pourrait faire l'objet d'aucune récupération, la décision attaquée ne constitue pas, en tout état de cause, une décision de récupération d'un indu d'APA mais se borne à établir le montant de la participation de M. C au titre de l'APA et de fixer le montant de cette participation pour le mois de juin 2021, soit le mois suivant à la date d'édiction de la décision, cette participation étant destinée à faire l'objet d'un titre de recette.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de Mme C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au département de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La rapporteure,

C. MILIN

La présidente,

V. GOURMELON

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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