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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2108372

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2108372

jeudi 14 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2108372
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat : Mme MARTEL - R. 222-13
Avocat requérantSCP ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 juin 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'annuler les décisions de retraits de points prises par le ministre de l'intérieur au titre des infractions des 10 mars 2016, 6 septembre 2016, 18 mars 2019 et 15 octobre 2020 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points qu'il conteste et de reconstituer le capital de points attachés à son permis de conduire, dans un délai de 8 jours à compter de la signification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'administration n'apporte pas la preuve de la délivrance, pour l'ensemble des infractions qui lui sont reprochées, de l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- l'illégalité des décisions de retrait de points à la suite de ces infractions prive de base légale la décision invalidant son permis de conduire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Martel, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Martel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée " 48 SI " du 8 juin 2021, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité du permis de conduire de M. B à la suite des infractions au code de la routes commises les 10 mars 2016, 6 septembre 2016, 18 mars 2019 et 15 octobre 2020 et lui a enjoint de restituer son titre de conduite. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision " 48 SI " et les décisions de retrait de points correspondant à ces infractions.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points :

2. La délivrance au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points de l'information prévue aux articles L. 223-3 et

R. 223- 3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Son accomplissement conditionne dès lors la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Cette information doit porter, d'une part, sur l'existence d'un traitement automatisé des points et la possibilité d'exercer le droit d'accès et, d'autre part, sur le fait que le paiement de l'amende établit la réalité de l'infraction dont la qualification est précisée et entraîne un retrait de points correspondant à cette infraction. Ni l'article L. 223-3, ni l'article R. 223-3 du code de la route n'exigent que le conducteur soit informé du nombre exact de points susceptibles de lui être retirés, dès lors que la qualification de l'infraction qui lui est reprochée est dûment portée à sa connaissance.

S'agissant des infractions commises les 18 mars 2019 et 15 octobre 2020 :

3. Aux termes de l'article R. 49-1 du code de procédure pénale prévoit que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19 du même code, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée précise qu'elle entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

4. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

5. Il ressort des pièces du dossier que les infractions constatées les 18 mars 2019 et 15 octobre 2020 ont fait l'objet de procès-verbaux dressés à l'aide d'appareils électroniques, sur lesquels M. B a apposé sa signature. Au surplus, il ressort de l'examen des copies de ces procès-verbaux électroniques produites en défense que l'ensemble des informations requises y figurent. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme apportant la preuve de la délivrance, à l'intéressé, de l'information prévue aux articles L. 223 3 et R. 223-3 du code de la route préalablement au prononcé du retrait de points procédant de ces infractions.

S'agissant de l'infraction commise le 6 septembre 2016

6. Lorsque la réalité d'une infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation. Cette dernière condition est également remplie lorsque la condamnation intervient selon la procédure simplifiée régie par les articles 524 et suivants du code de procédure pénale, qui permettent au juge de statuer sans débat préalable sur une contravention de police, mais qui réservent la possibilité, pour le prévenu, de former opposition à l'ordonnance pénale ainsi prononcée et d'obtenir que l'affaire soit portée à l'audience du tribunal de police ou de la juridiction de proximité dans les formes de la procédure ordinaire.

7. Il ressort des pièces du dossier que la réalité de l'infraction commise le 6 septembre 2016 est établie par une condamnation pénale devenue définitive, prononcée par le tribunal de grande instance de Nantes, le 8 décembre 2016. Par suite, le moyen tiré du manquement à l'obligation d'information préalable prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne saurait, en tout état de cause, être utilement invoqué à l'encontre du retrait de points correspondant à ces infractions.

S'agissant de l'infraction commise le 10 mars 2016

8. La délivrance, préalablement à l'établissement de la réalité de l'infraction, de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue également une condition de la légalité des décisions de retrait de points lorsque la procédure de composition pénale a été mise en œuvre. L'information remise ou adressée au conducteur doit porter, en vertu du deuxième alinéa de ce même article L. 223-3, d'une part, sur le fait que l'exécution de la composition pénale établit la réalité de l'infraction, dont la qualification est précisée, et entraîne un retrait de points correspondant à cette infraction, d'autre part, sur l'existence d'un traitement automatisé des points et la possibilité d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9 du code.

9. Il ressort des pièces du dossier que l'infraction commise le 10 mars 2016 a donné lieu à une composition pénale exécutée le 29 septembre 2016. Le procès-verbal constatant cette infraction, établi par un officier de police judiciaire à la suite de l'interpellation du requérant et revêtu de la signature de celui-ci, mentionne que l'infraction constatée est de nature à entraîner un retrait de points de son permis de conduire mais ne fait mention ni des conséquences attachées à l'acceptation d'une composition pénale, ni de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'exercer un droit d'accès. Il ne résulte pas de l'instruction que M. B aurait précédemment commis une infraction de même nature que celle relevée le 10 mars 2016, c'est à dire, selon les termes du relevé d'information intégral, d'une "conduite sous l'empire d'un état alcoolique avec un taux supérieur à 0,4 mg par litre d'air". En conséquence, l'absence de délivrance de l'information requise à la suite du relevé de l'infraction du 10 mars 2016 l'a privé d'une garantie. Il suit de là que la procédure suivant laquelle a été prononcé le retrait de points lié à cette infraction est entachée d'une irrégularité affectant la légalité de ce retrait.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 9 février 2017 procédant au retrait de six points du capital du permis de conduire consécutivement à l'infraction du 10 mars 2016.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision " 48 SI " du 8 juin 2021

11. L'annulation de la décision de retrait de 6 points à la suite de l'infraction du 10 mars 2016 entraîne, par voie de conséquence, l'annulation de la décision du 8 juin 2021 invalidant le permis de M. B.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de rétablir le bénéfice des points retirés à la suite de l'infraction du 10 mars 2016 en en tirant toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le droit à conduire de l'intéressé. Il y a lieu, par suite, de lui enjoindre de procéder à ce rétablissement dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

13. Bien qu'il soit, dans la présente instance, la partie perdante au sens de l'article

L. 761- 1 du code de justice administrative, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme à verser à M. B au titre des frais susceptibles d'être remboursés sur le fondement des dispositions de cet article.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de retrait de quatre points attachés au permis de conduire de M. B à la suite de l'infraction du 10 mars 2016 et la décision 48 SI du 8 juin 2021 du ministre de l'intérieur constatant la perte de validité du permis de conduire de l'intéressé sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de rétablir, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, le capital de points du permis de conduire de M. B, en tenant compte de l'annulation de la décision de retrait de points prononcée à l'article 1er du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2024.

La magistrate désignée,

C. MARTELLa greffière,

S. BARBERA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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