vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2108473 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | RODRIGUES DEVESAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 juillet 2021 et 2 février 2022, M. B A, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2021 par lequel le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve pour ce conseil de renoncer à la part contributive versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L.212-1 du code des relations entre le public et l'administration ; l'auteur de l'acte n'est pas identifiable ;
- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ; le préfet s'est cru en situation de compétence liée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 novembre 2021, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Livenais, président-rapporteur,
- et les observations de Me Labarre, substituant Me Rodrigues Devesas, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien né le 13 septembre 1987, déclare être entré en France le 6 janvier 2011, muni d'un visa délivré par les autorités consulaires italiennes. Après s'être maintenu irrégulièrement plusieurs années sur le territoire français, il a sollicité le 13 juin 2017 auprès du préfet du Val-de-Marne son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Par un arrêté notifié le 21 janvier 2019, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. S'étant toutefois maintenu sur le territoire français, M. A a sollicité le 12 février 2021 auprès du préfet de la Vendée la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Sa demande a été rejetée par un arrêté du 16 juillet 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. M A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".
3. Le requérant soutient que la décision litigieuse qui lui a été notifiée et qui ne comporte ni la signature, ni la mention du nom, du prénom et de la qualité du signataire de l'acte, ne permet pas d'identifier ce dernier. Toutefois, il ressort des pièces produites en défense par le préfet que l'arrêté a été signé par Mme Anne Tagand, secrétaire générale de la préfecture de la Vendée laquelle avait, au surplus, compétence pour signer l'arrêté attaquée en vertu d'un arrêté de délégation de signature pris à son bénéfice par le préfet de la Vendée le 15 janvier 2021 et régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, M. A ne peut utilement soutenir que les dispositions de l'article L.212-1 du code des relations entre le public et l'administration ont été méconnues.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".
5. M. A, célibataire et sans enfant, soutient être présent sur le territoire français depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée et fait valoir qu'il a établi durablement sa vie en France. L'intéressé se prévaut notamment de son activité professionnelle en produisant de nombreux bulletins de salaire établis entre 2014 et 2018 ainsi qu'un contrat de travail à durée indéterminée signé avec l'entreprise " NK Com " afin d'exercer en qualité de technicien fibre optique. Toutefois, le requérant ne peut être regardé comme justifiant d'un séjour habituel et continu en France qu'à compter de l'année 2017, date à laquelle il a sollicité un titre de séjour auprès du préfet du Val-de-Marne, dans la mesure où, en particulier, aucun des documents qu'il produit n'est de nature à justifier d'un séjour continu en France pendant la période où, selon ses déclarations, il aurait été hébergé par son père, soit de 2011 à 2014. Par ailleurs, s'il soutient également que ses parents et certains de ses frères et sœurs résident en France, il ne soutient ni même n'allègue entretenir des relations particulièrement intenses avec ces derniers et ne démontre pas, en outre, être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans et où résident deux de ses sœurs. Enfin, il est constant qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en 2019 à laquelle il n'a pas déféré. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Vendée aurait, en lui refusant le séjour, porté une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées doit ainsi être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". M. A se prévaut des mêmes éléments, notamment professionnels, que ceux évoqués précédemment au point 5. Ces éléments ne suffisent toutefois pas à eux seuls à caractériser l'existence de considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni au titre du pouvoir de régularisation exceptionnelle dont dispose le préfet même en l'absence de texte et dont, s'agissant des ressortissants tunisiens, il fait usage lorsque ceux-ci demandent un titre de séjour au titre de cette régularisation exceptionnelle en qualité de salarié. Ainsi, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant au requérant la régularisation exceptionnelle de son droit au séjour.
7. En quatrième et dernier lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des ressortissants étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues pour la délivrance d'un des titres de séjour cités à l'article L. 432-13 auxquels il envisage de refuser ce titre, et non de celui de tous les étrangers qui demandent la délivrance d'un de ces titres de séjour.
8. Il résulte de ce qui vient d'être dit que M. A ne remplit pas les conditions requises, et notamment celle d'un séjour continu de dix ans sur le territoire français, pour obtenir de plein droit le titre de séjour qu'il demande. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté comme inopérant.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme Anne Tagand, secrétaire générale de la préfecture de la Vendée. Ainsi qu'il a été dit, un arrêté du 15 janvier 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vendée, le préfet de la Vendée lui a accordé délégation à l'effet de signer notamment, tous arrêtés et décisions pris en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à quelques exceptions limitativement énumérées dont ne relèvent pas les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire et celles fixant les pays d'éloignement. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.
10. En second lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui résulte des points précédents, le moyen tiré, par voie de conséquence, de l'illégalité de cette décision, que M. A invoque à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.
Sur la légalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire :
11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / (). ".
12. A supposer que le requérant entende se prévaloir, en invoquant les dispositions abrogées de la loi du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs, de celles des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration qui y sont substituées depuis le 1er janvier 2016, la décision portant refus de délai de départ volontaire vise les articles L.612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et indique que M. A s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement qui lui avait été notifiée en janvier 2019. Ainsi, cette décision est suffisamment motivée tant en droit qu'en fait. En outre, il ne ressort pas ni de cette motivation circonstanciée ni d'aucune pièce du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux de la situation du requérant.
13. En second lieu, comme rappelé au point précédent, il est constant que M. A s'est soustrait à l'exécution d'une précédente obligation de quitter le territoire français notifiée en janvier 2019. Par suite, le risque de fuite doit, en application des dispositions législatives précitées, être tenu comme établi. Dans ces circonstances, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet de la Vendée a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, sa demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M B A, au préfet de la Vendée et à Me Rodrigues Devesas.
Délibéré après l'audience du 3 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Livenais, président,
Mme Rosemberg, première conseillère,
M. Huin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.
Le président-rapporteur,
Y. LIVENAISL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
V. ROSEMBERGLe greffier,
Y. LECLERC
La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
vb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
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Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026