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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2108544

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2108544

mercredi 17 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2108544
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantNAITALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 juillet 2021 et le 14 avril 2023, l'association Ateliers pour les jeunes et les adultes de la cité (AJAC), représentée par Me Pierre Naitali, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 5 janvier 2021 par laquelle la commune de Trélazé a refusé le versement du solde de la subvention d'un montant de 27 600 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'association AJAC soutient que le versement de la somme demandée à titre de provision ne constitue pas une cause de non-lieu à statuer et que la décision attaquée :

- est entachée d'un vice d'incompétence ;

- n'est pas motivée ;

- n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;

- est entachée d'un détournement de pouvoir ;

- méconnait les stipulations de l'article 11 de la convention européenne des droits de humains et des libertés fondamentales et constitue une atteinte grave à la liberté d'association ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2022, la commune de Trélazé, représentée par Me Pierre Brossard, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

À titre subsidiaire :

2°) au non-lieu à statuer ;

En tout état de cause :

3°) à la condamnation de l'AJAC à lui verser une somme de 2 000 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- elle a procédé au virement de l'intégralité de la somme demandée en exécution de l'ordonnance du juge des référés n° 2108504 du 30 décembre 2021 ;

- aucun des moyens soulevés par l'association AJAC n'est fondé.

Par une ordonnance du 5 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au

5 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits humains et des libertés fondamentales ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 décembre 2023 :

- le rapport de M. Jégard,

- les conclusions de M. Simon, rapporteur public,

- et les observations de Me Brosset, substituant Me Brossard, représentant la commune de Trélazé.

Considérant ce qui suit :

1. Selon ses statuts, l'association Ateliers pour les jeunes et les adultes de la cité (AJAC), association régie par la loi du 1er juillet 1901, a notamment pour objet de " favoriser le vivre ensemble entre les habitants et lutter contre toute forme de communautarisme intolérant et intrusif ". Elle a signé le 4 février 2020 avec la commune de Trélazé une convention de partenariat stipulant le versement par la commune d'une subvention d'un montant de 55 470 euros au titre de l'année 2020, en quatre versements. Les deux premiers versements ont été réalisés le 28 février et le 1er juillet 2020, pour des montants respectifs de 14 070 euros et 13 800 euros. Le 21 septembre 2020, le maire de Trélazé a envoyé à l'association un courrier lui demandant de fournir des pièces justificatives nécessaires au troisième versement. S'inquiétant de ne pas obtenir ce troisième versement, l'AJAC a adressé le 4 novembre 2020 un courriel à la commune pour lui demander ce qu'il en était et l'a relancée le 9 novembre suivant. Le 10 novembre 2020, l'adjoint au maire chargé des finances lui a répondu que le versement était suspendu en raison du non-respect des obligations contractuelles statutaires par l'association et que le versement interviendrait lors de la régularisation. Le motif de cette suspension était l'absence de régularité de la procédure de la révocation de la présidente de l'association lors de son assemblée générale extraordinaire le 12 septembre précédent. Le 28 décembre 2020, le nouveau président de l'association a entendu régulariser cette révocation en convoquant les membres du conseil d'administration à une réunion de régularisation devant se tenir le 13 janvier 2021. Toutefois, par une décision du 5 janvier 2021, le maire de Trélazé, a refusé de verser le solde de la subvention au titre de l'année 2020 et a informé l'AJAC de la résiliation de la convention de partenariat. Le 26 janvier 2021, l'association a formé un recours gracieux contre cette décision, auquel le maire a répondu le 11 février 2021 qu'il attendait l'issue de la procédure judiciaire, le tribunal judiciaire d'Angers ayant été saisi de la régularité de l'assemblée générale extraordinaire du 12 septembre 2020. Par sa requête, l'AJAC conteste la légalité de la décision du 5 janvier 2021.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. / () ". Selon l'article R. 541-4 de ce code : " Si le créancier n'a pas introduit de demande au fond dans les conditions de droit commun, la personne condamnée au paiement d'une provision peut saisir le juge du fond d'une requête tendant à la fixation définitive du montant de sa dette, dans un délai de deux mois à partir de la notification de la décision de provision rendue en première instance ou en appel ".

3. Si elles sont exécutoires et, en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice, obligatoires, les décisions du juge des référés n'ont pas, au principal, l'autorité de la chose jugée. Les dispositions précitées de l'article R 541-4 du code de justice administrative ouvrent à la personne condamnée au paiement d'une provision, dans les conditions qu'elles fixent, la faculté de saisir le juge du fond, auquel il incombe de statuer tant sur le principe que, le cas échéant, sur le montant de sa dette. Lorsque le juge du fond est ainsi saisi pour fixer définitivement la dette, l'ordonnance du juge du référé provision ne peut, alors même que, faute d'appel dans les délais, elle est devenue définitive, être regardée comme passée en force de chose jugée pour l'application d'une loi qui, ayant pour objet la validation d'actes administratifs, réserve l'hypothèse des décisions passées en force de chose jugée.

4. Par une ordonnance n° 2108504 du 30 décembre 2021, la juge des référés du tribunal, saisie sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, a condamné la commune de Trélazé à verser à l'AJAC une somme provisionnelle de 27 600 euros, soit le montant total du solde de la subvention au titre de l'année 2020.

5. La commune de Trélazé fait valoir que, en raison du versement de cette somme, la requête a désormais perdu son objet. Il résulte toutefois des dispositions citées aux points 2 et 3 que la requête n'a pas perdu son objet. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer ne peut qu'être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article L. 242-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation à l'article L. 242-1, l'administration peut, sans condition de délai : / 1° Abroger une décision créatrice de droits dont le maintien est subordonné à une condition qui n'est plus remplie ; / 2° Retirer une décision attribuant une subvention lorsque les conditions mises à son octroi n'ont pas été respectées " et l'article 5 de la convention de partenariat stipule : " L'association s'engage à respecter toutes les règles légales qui régissent la vie des associations. / () "

7. La commune fait valoir que les conditions d'octroi de la subvention n'étaient plus remplies dès lors que l'association n'a pas respecté ses propres statuts en entachant d'irrégularités la procédure de révocation de son ancienne présidente, Madame A B. À l'appui de ce motif, elle se prévaut de l'ordonnance du président du tribunal judiciaire d'Angers du 18 février 2021 - postérieure à la décision attaquée - qui a reconnu l'irrégularité de cette procédure de révocation. Ce faisant, la commune de Trélazé s'est immiscée dans la gestion et la vie de l'association, personne privée distincte. L'absence de versement du solde de la subvention a eu des conséquences importantes pour l'association, notamment le licenciement de trois salariés. Il en résulte que la décision de résiliation de la convention de partenariat est disproportionnée au but poursuivi et constitue une atteinte à la liberté d'association, garantie notamment par les stipulations de l'article 11 de la convention européenne des droits de humains et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'association AJAC est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'AJAC, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Trélazé demande au titre des frais de justice. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de cette dernière une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par l'association requérante et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 5 janvier 2021 du maire de la commune de Trélazé prise à l'égard de l'association AJAC est annulée.

Article 2 : La commune de Trélazé versera à l'AJAC une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association Ateliers pour les jeunes et les adultes de la cité et à la commune de Trélazé.

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats St Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2024.

Le rapporteur,

X. JÉGARDLa présidente,

S. RIMEU

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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