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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2108946

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2108946

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2108946
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS THALAMAS MAYLIE LACLAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 août et 15 novembre 2021, la société Thomas et Co, représentée par la SELARL TetL Avocats, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) statuant sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner l'Etat à lui verser à titre de provision la somme de 22 314,80 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que

- la requête est recevable ;

- la créance dont elle se prévaut n'est pas sérieusement contestable dans son principe comme dans son montant ; en effet, elle satisfait aux conditions fixées par les dispositions du 1° du a du I de l'article 3-15 du décret n° 2020- 371 du 30 mars 2020 lui permettant de bénéficier, au titre du mois de décembre 2020, de l'aide prévue par l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 instituant un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences de l'épidémie de covid-19 ; elle a fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public et, en tout état de cause, son activité principale de débit de boissons a fait l'objet d'une telle interdiction ; si l'administration n'est pas fondée à lui opposer les termes de sa propre doctrine, elle peut se prévaloir de commentaires publiés par l'administration fiscale concernant l'impôt sur la fortune immobilière et l'impôt sur le revenu, relatifs à la notion d'activité principale.

La requête a été communiquée à la directrice départementale des finances publiques de la Sarthe, qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Le président du tribunal a désigné M. Cantié, vice-président, pour statuer sur les demandes en référé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- l'ordonnance n°2020-317 du 25 mars 2020 ;

- le décret n°2020-371 du 30 mars 2020 ;

- le décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. () ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.

2. La société Thomas et Co, qui exploite sous l'enseigne " V and B " un établissement de vente de boissons alcoolisées à consommer sur place et à emporter situé à La Flèche, a sollicité, pour le mois de décembre 2020, le bénéfice des aides prévues par l'ordonnance du 25 mars 2020 instituant un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences de l'épidémie de covid-19. Cette demande a été rejetée par une décision du 5 février 2021. Dans le dernier état de ses écritures, la société Thomas et Co demande au juge des référés de condamner l'Etat à lui verser une provision d'un montant de 22 314,80 euros au titre de l'aide à laquelle elle estime avoir droit pour le mois de décembre 2020.

3. Par l'ordonnance du 25 mars 2020 visée ci-dessus, a été institué un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation. Pris sur le fondement des articles 3 et 3-1 de cette ordonnance, le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 a fixé le champ d'application de ce dispositif, déclaré compatible avec le marché intérieur par décision de la Commission européenne n° SA. 56823, les conditions d'éligibilité et d'attribution des aides, leur montant ainsi que les conditions de fonctionnement et de gestion du fonds. Modifié à plusieurs reprises, notamment par le décret n° 2021-192 du 22 février 2021, ce décret a prévu les éléments déclaratifs sur la base desquels les aides sont susceptibles d'être versées au titre du fonds de solidarité.

4. La société Thomas et Co soutient qu'elle est au nombre des entreprises mentionnées à l'article 1er du décret du 30 mars 2020 modifié et qu'elle est en droit de bénéficier de l'aide financière prenant la forme d'une subvention destinée à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours du mois de décembre 2020 dès lors qu'elle remplit la condition prévue par les dispositions du 1° du a du I de l'article 3-15 de ce décret.

5. A la différence des dispositions, concernant le mois de janvier 2021, du 1° du A de l'article 3-19 du décret du 30 mars 2020, les dispositions invoquées ne conditionnent pas l'attribution des aides financières du fonds de solidarité à la circonstance que seule l'activité principale du demandeur a fait l'objet durant le mois de décembre 2020 d'une interdiction d'accueil du public prescrite du fait de la crise sanitaire. A cet égard, l'administration n'est pas fondée à opposer au demandeur les termes de sa propre doctrine. Or, il n'est pas contesté en l'espèce que l'établissement exploité par la société Thomas et Co a fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public durant le mois de décembre 2020.

6. Il suit de là que la créance invoquée par la société requérante n'est pas sérieusement contestable dans son principe.

7. En application des dispositions du b de l'article 3-15 du décret du 30 mars 2020, la société demanderesse peut prétendre, pour le mois de décembre 2020, au versement d'une subvention d'un montant égal à 20 % du chiffre d'affaires de référence, s'élevant à la somme non contestée de 22 314,80 euros.

8. Il résulte de ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à la société Thomas et Co, qui n'a pas sollicité le versement d'intérêts, une provision d'un montant de 22 314,80 euros.

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat, à ce titre, la somme de 2 000 euros à verser à la société Thomas et Co.

O R D O N N E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser une provision de 22 314,80 euros à la société Thomas et Co.

Article 2 : L'Etat versera à la société Thomas et Co la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Thomas et Co est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Thomas et Co et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée, pour information, à la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique.

Fait à Nantes, le 23 mars 2023.

Le juge des référés,

C. CANTIE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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