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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2109776

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2109776

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2109776
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantTEISSONNIERE TOPALOFF LAFFORGUE ANDREU ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2021 au greffe du tribunal administratif de Rennes et transmise au tribunal administratif de Nantes par une ordonnance du 23 août 2021, M. B A, représenté par la SELARL Teissonnière-Topaloff-Lafforgue-Andreu Associés, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 30 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 18 décembre 2020 et de la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu'il a subis en conséquence de son exposition aux rayonnements ionisants ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a été exposé à des rayonnements ionisants, dans une zone concernée par les essais nucléaires, à une période de contamination effective et dans des conditions qui caractérisent une carence fautive de l'Etat ;

- il subit un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence en raison des problèmes de santé qu'il connaît.

Par un mémoire enregistré le 20 mai 2021, le Comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires conclut à sa mise hors de cause du présent litige. Il fait valoir que le litige relève de la compétence du ministre des armées.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 septembre 2024, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la créance dont le requérant se prévaut est prescrite en application de la loi du 31 décembre 1968 ;

- l'Etat n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ;

- la réalité des préjudices allégués n'est pas démontrée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- la loi n° 2010-2 du 5 janvier 2010 ;

- le décret n° 2010-653 du 11 juin 2010 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delohen,

- et les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été affecté en qualité de manœuvrier embarqué sur le transport de chalands de débarquement (TCD) Ouragan, lequel participait au soutien logistique du centre d'expérimentations du Pacifique, du 30 avril au 23 septembre 1974. Le 18 décembre 2020, l'intéressé a présenté une demande indemnitaire au ministre des armées tendant à la réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de son exposition à des rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français en Polynésie française au cours de sa période d'affectation. Cette demande a été rejetée par une décision du 8 juin 2021. M. A demande la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation de ses préjudices.

Sur l'exception de prescription quadriennale :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'État, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ". Aux termes de l'article 2 de la même loi : " La prescription est interrompue par : / Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement. / Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance () ".

3. Il résulte des dispositions citées au point 2 que le point de départ de la prescription quadriennale est la date à laquelle la victime est en mesure de connaître de façon suffisamment précise l'origine et la gravité du dommage qu'elle a subi ou est susceptible de subir. Dans le cas du préjudice moral d'anxiété dont peuvent se prévaloir les agents publics qui ne sont pas bénéficiaires de l'un des dispositifs législatifs d'indemnisation mis en place, cette connaissance naît de la conscience prise par l'intéressé qu'il court le risque élevé de développer une pathologie grave, et par là-même d'une espérance de vie diminuée. Le droit à réparation du préjudice en question doit donc être regardé comme acquis, pour la détermination du point de départ du délai de prescription, à la date de cette connaissance.

4. Les publications au Journal officiel de la République française du 6 janvier 2010 de la loi du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français, puis, le 13 juin 2010, du décret du 11 juin 2010 pris en application de cette loi, dont l'article 2 en a délimité les champs d'applications géographique et temporel, ont nécessairement été de nature à porter à la connaissance de M. A le risque qu'il courait de développer une pathologie grave et par là-même de voir son espérance de vie diminuer à la suite de son exposition potentielle aux rayonnements ionisants. Le requérant doit ainsi être regardé comme ayant eu connaissance de l'étendue du risque à l'origine des préjudices dont il demande réparation au plus tard à compter de cette date, étant au demeurant observé qu'il avait, dès le mois d'octobre 2004, sollicité le bénéfice d'une pension militaire d'invalidité à raison de son affectation en Polynésie française au cours de l'année 1974. En application des dispositions rappelées ci-dessus de la loi du 31 décembre 1968, le délai de la prescription quadriennale de sa créance a donc commencé à courir le 1er janvier 2011. Par suite, sa créance était prescrite au 18 décembre 2020, date de sa réclamation préalable adressée à l'administration.

5. Il résulte de ce qui précède que le ministre est fondé à opposer l'exception de prescription quadriennale à la créance dont se prévaut M. A. Il en résulte que les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

M. Barès, premier conseiller,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

Le rapporteur,

D. DELOHENLe président,

C. CANTIÉ

La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

C. DUMONTEIL

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