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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2111167

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2111167

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2111167
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 octobre 2021 et le 13 septembre 2024,

M. A C, représenté par Me Desfarges, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 décembre 2020 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales du département de Loire-Atlantique lui demande le remboursement de la prime exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2018 et 2019 pour un montant de 304,90 euros ;

2°) de le décharger du paiement de la somme de 304,90 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle ne comporte pas le prénom ni la signature de son auteur en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle n'a pas été précédée de la garantie du contradictoire préalable en méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnait les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration en ce qu'elle a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique ;

- elle méconnait l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles qui limite la procédure de récupération par prélèvement sur d'autres prestations à échoir à l'allocation de revenu de solidarité active avec laquelle la " prime de Noël " ne se confond pas ; aucun texte ne prévoit que la caisse d'allocations familiales peut compenser toutes les prestations de façon confondue ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que l'administration ne l'a pas informé de ses obligations déclaratives et que dans ces circonstances, il bénéficie du droit à l'erreur institué par l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'absence de déclaration de ses revenus n'est pas fautive.

Par des mémoires en défense enregistrés le 20 février 2024 et le 9 juillet 2024, la directrice de la caisse d'allocations familiales de Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 ;

- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Roncière a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a bénéficié du versement du revenu de solidarité active.

À l'issue d'un contrôle réalisé au mois de septembre 2020, l'agent assermenté a conclu que M. C n'avait pas déclaré l'intégralité de ses ressources, d'où est résultée la perception par l'intéressé d'un indu de 16 882,52 euros, dont 304,90 euros de prime exceptionnelle de fin d'année pour les années 2018 et 2019. M. C demande au tribunal d'annuler la décision du 4 décembre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales de Loire-Atlantique lui a demandé le remboursement de cette dernière somme, ainsi que la décharge de ce même montant.

2. Par ailleurs, la directrice de la caisse d'allocations familiales de Loire-Atlantique, qui a regardé les omissions déclaratives de M. C comme des fausses déclarations au sens des dispositions des articles L. 114-17 et L. 821-5 du code de la sécurité sociale, a, par une décision du 5 février 2021, informé M. C qu'elle déposait plainte auprès du procureur de la République. Cette décision du 5 février 2021 n'a fait l'objet d'aucune réclamation de M. C.

3. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".

5. En l'espèce, la décision du 4 décembre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales du département de Loire-Atlantique demande à M. C de rembourser la prime exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2018 et 2019, pour un montant total de 304,90 euros, comporte la mention du prénom, du nom et de la qualité de Mme B D, directrice de la caisse ainsi que sa signature. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

6. En deuxième lieu, la décision du 4 décembre 2020 de la directrice la caisse d'allocations familiales du département de Loire-Atlantique comporte, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et, par suite, satisfait aux exigences de motivation des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision litigieuse manque en fait et doit être écarté.

7. En troisième lieu, si M. C soutient que la décision du 4 décembre 2020 de la directrice de la caisse d'allocations familiales du département de Loire-Atlantique aurait été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique, il résulte de l'instruction que l'indu en litige a été déterminé sur le fondement de constatations effectuées par un agent de contrôle sur place, le 8 septembre 2020, en présence de l'allocataire, dans les locaux de la caisse et non sur le fondement d'un traitement algorithmique, à la suite desquelles l'indu a été mis à la charge de M. C qui, au demeurant, ne soutient pas qu'il aurait sollicité de l'administration les règles définissant le traitement algorithmique allégué et ses principales caractéristiques. Dans ces conditions, M. C ne peut utilement soutenir que la décision en litige a été prise sur le fondement d'un simple traitement algorithmique, et qu'il aurait ainsi été privé d'une garantie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 121-2 de ce code dispose que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / () 4° Aux décisions prises par les organismes de sécurité sociale (), sauf lorsqu'ils prennent des mesures à caractère de sanction. () ". L'article L. 122-1 du même code dispose que : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix ".

9. D'une part, bien qu'elles soient prises en considération de la personne, la décision en litige ne constitue pas une sanction, comme le prévoient les dispositions de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 de ce code est inopérant. D'autre part, ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement, M. C a été mis à même de présenter des observations tant écrites qu'orales préalablement à l'adoption de la décision du 4 décembre 2020, dès lors qu'il a été entendu, dans les locaux de la CAF, le 23 juillet 2020 par l'agent de contrôle, dans le cadre de l'enquête sur sa situation diligentée par la CAF. Par suite, la CAF de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration en prenant les décisions en litige.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 du décret n° 2019-1323 du

10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue. " Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. "

11. Il résulte de ces dispositions que M. C n'est pas fondé à soutenir qu'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année ne peut être récupéré par l'organisme chargé du service du RSA dans les mêmes conditions qu'un paiement indu de RSA. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L.262-46 du code de l'action sociale et des familles doit être écarté.

12. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction pécuniaire ou consistant à la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invité à le faire par l'administration dans le délai que celui-ci a indiqué. La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 123-2 du même code : " Est de mauvaise foi, au sens du présent titre, toute personne ayant délibérément méconnu une règle applicable à sa situation. En cas de contestation, la preuve de la mauvaise foi et de la fraude incombe à l'administration ".

13. D'une part, la décision par laquelle un trop-perçu de prestations est notifiée à l'allocataire, sans mettre à sa charge une amende destinée à réprimer les manquements aux obligations déclaratives, ne constitue pas une sanction pécuniaire. Dès lors que la prestation versée initialement n'était pas due, la récupération de l'indu ne constitue pas davantage la privation de tout ou partie d'une prestation due. Par suite, M. C ne peut utilement invoquer un droit à l'erreur, prévu à l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration, pour contester l'indu en litige.

14. D'autre part, si le requérant fait valoir que la CAF de Loire-Atlantique aurait dû l'informer de ses obligations de déclarations au regard de la complexité des dispositifs d'aides sociales, il lui appartenait cependant de faire lui-même connaître à l'administration ses changements de situation et non à l'administration de le mettre en garde sur les conséquences que pouvaient avoir l'absence de déclarations de ses revenus, en particulier fonciers, sur ses droits à bénéficier du RSA. Par suite, le requérant n'établit pas qu'il était de bonne foi et que l'omission de déclaration de ses revenus n'aurait pas été délibérément commise.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C à fin d'annulation de la décision du 4 décembre 2020, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'il a présentées à fin de décharge de l'obligation de payer la somme de 304,90 euros, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes et à

Me Desfarges.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La rapporteure,

M.-A. RONCIÈRE

Le président,

P. BESSE

La greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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