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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2111835

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2111835

vendredi 10 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2111835
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDENIS - MESCHIN - LE TAILLANTER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 octobre 2021, le 7 avril 2022 et le 27 novembre 2024, la Mutuelle d'assurance des commerçants et industriels de France et des cadres et salariés de l'industrie et du commerce (MACIF), Mme E B, M. I C, Mme G C, M. H C, M. D C et M. F C, représentés par Me Meschin, demandent au tribunal :

1°) de condamner la commune de Beaucouzé à verser à la MACIF la somme de 81 269 euros et à MM. et Mmes C la somme de 39 281 euros en réparation des dommages résultant de l'incendie du 12 juillet 2019, assortis des intérêts au taux légal à compter du 9 juin 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Beaucouzé les dépens et une somme de 2 000euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'incendie du 12 juillet 2019 qui a détruit une dépendance dont ils sont nus-propriétaires et usufruitiers, résultant d'une intervention de désherbage thermique réalisée par un agent de la commune, est de nature à engager la responsabilité de la commune de Beaucouzé ;

- les préjudices dont ils demandent réparation s'élèvent à la somme de 120 550 euros ;

- il n'y a pas lieu d'appliquer au montant total du coût de reconstruction du bâtiment un coefficient de vétusté.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 16 mars 2022 et le 14 novembre 2024, la commune de Beaucouzé et la société mutuelle d'assurance des collectivités locales (SMACL), représentées par Me Blin, concluent au rejet de la requête, et à titre subsidiaire, à limiter la condamnation à la somme de 78 284 euros, et à ce que les dépens soient partagés pour moitié entre les parties.

Elles font valoir que :

- elles reconnaissent l'engagement de la responsabilité de la commune de Beaucouzé ;

- en revanche, l'estimation du préjudice tenant au coût de reconstruction du bâtiment, dont les requérants demandent l'indemnisation est surévaluée dès lors qu'il y a lieu de faire application d'un coefficient de vétusté ;

- la réalité du préjudice tenant à la perte de mobilier n'est pas établi.

Vu :

- l'ordonnance du 6 octobre 2020 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif a ordonné une expertise et a désigné M. A en qualité d'expert ;

- le rapport de l'expert enregistré le 11 février 2021 ;

- l'ordonnance du 22 mars 2021 par laquelle la première vice-présidente du tribunal a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expert à la somme de 5 544 euros et les a mis à la charge de la commune de Beaucouzé ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thomas, première conseillère,

- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public,

- les observations de Me Blin, avocate de la commune de Beaucouzé et de son assureur.

Considérant ce qui suit :

1. Madame E B est usufruitière de la propriété située au 1, rue de Haute Roche, dans le bourg de la commune de Beaucouzé, et dont MM. I C, D C, F C, et H C, et Mme G C sont nus-propriétaires. Une dépendance donnant sur la rue, rattachée à cette habitation par le jardin, de construction ancienne mais rénovée, a été détruite par un incendie le 12 juillet 2019. Les requérants et l'assureur de ce bien demandent au tribunal la condamnation de la commune de Beaucouzé à les indemniser des préjudices subis du fait de cette destruction.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

S'agissant de la responsabilité de la commune de Beaucouzé :

2. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage présente un caractère accidentel.

3. Il résulte de l'instruction que l'incendie et par suite la destruction de la dépendance en cause résultent d'une opération de désherbage réalisée à proximité par les services de la commune, ce que celle-ci ne conteste d'ailleurs pas. Par suite, le lien de causalité entre le dommage, accidentel, subi par les requérants, et cette opération de travaux public, est établi.

S'agissant des préjudices :

4. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expert désigné par ordonnance du tribunal administratif de Nantes, que le montant du préjudice s'élève à la somme totale de 120 550 euros, correspondant aux travaux de démolition et à l'évacuation des déblais, à l'indemnisation du mobilier détruit ainsi que les travaux de reconstruction.

5. S'agissant des frais liés à la démolition, à l'évacuation des déblais et à la reconstruction du bâtiment détruit par incendie, il résulte de l'instruction que ceux-ci s'élèvent à la somme totale de 99 363 euros. L'expert désigné par le tribunal retenant dans son rapport du 8 février 2021 l'application d'un coefficient de 25 à 35% sur les travaux de reconstruction et de clôture, la commune fait valoir en défense qu'il y aurait lieu d'appliquer au montant total du préjudice un tel coefficient de vétusté. Toutefois, nonobstant l'ancienneté du bâtiment, en l'espèce, sans incidence il ne résulte pas de l'instruction que cette réfection correspondrait à des travaux autres que ceux strictement nécessaires, ni que les procédés employés pour la reconstruction ne seraient pas les moins onéreux possibles, ni que le montant des réparations atteindrait la valeur vénale de cette propriété ou procurerait aux requérants un avantage manifestement injustifié, compte tenu du dommage subi. Il suit de là qu'il n'y a pas lieu d'opérer d'abattement sur le coût total des opérations liées à la reconstruction de cette dépendance.

6. En revanche, s'agissant du préjudice mobilier, s'il résulte de l'instruction que la MACIF a estimé ce chef de préjudice de façon non contradictoire, en reprenant les déclarations de ses assurés, à la somme de 21 187 euros, l'expert désigné se bornant à reprendre sur ce point l'estimation proposée par les requérants, la réalité d'un tel préjudice et par suite son montant, ne sont pas établis.

7. Il s'ensuit que le préjudice total dont les requérants sont fondés à être indemnisés s'élève à la somme de 99 363 euros. Il en résulte que la commune de Beaucouzé doit être condamnée à verser à la MACIF la somme de 60 082 euros que celle-ci a déjà versée à Mme B, au titre de la reconstruction du bâtiment, en dehors du chef de préjudice tenant aux dommages mobiliers, et la somme globale de 39 281 euros devant être versée à MM. I C, D C, F C, et H C et à Mme G C. Il y a lieu d'assortir cette somme de 39 281 euros des intérêts au taux légal, à compter du 9 juin 2021, date de réception de la demande indemnitaire des intéressés, ainsi qu'ils le demandent.

Sur les frais d'expertise :

8. Il y a lieu, en application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge définitive de la commune de Beaucouzé, partie perdante dans la présente instance, la somme de 5 544 euros au titre des frais et honoraires de l'expertise tels que taxés et liquidés par l'ordonnance du président du tribunal de céans du 22 mars 2021.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Beaucouzé la somme globale de 1 500 euros à verser aux requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La commune de Beaucouzé est condamnée à verser à la MACIF la somme de 60 082 euros et à MM. I C, D C, F C, et H C et à Mme G C la somme de 39 281 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 9 juin 2021.

Article 2 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 5 544 euros, sont mis à la charge de la commune de Beaucouzé.

Article 3 : La commune de Beaucouzé versera la somme globale de 1 500 euros aux requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. H C, désigné représentant unique des requérants, à la commune de Beaucouzé et à la SMACL.

Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2025.

La rapporteure,

S. THOMAS

La présidente,

H. DOUET

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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