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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2112773

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2112773

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2112773
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPrésident 12 : Mme GOURMELON - R. 222-13
Avocat requérantSELARL STÉPHANIE ORSINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 novembre 2021, Mme A B, représentée par Me Orsini, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 septembre 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Sarthe a rejeté sa demande tendant à la remise gracieuse de l'indu de 4 063,68 euros de revenu de solidarité active (RSA) qui lui a été notifié ; vérifier que c'est bien ce qu'elle demande ;

2°) de lui accorder la remise de cette somme ;

3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Sarthe de lui rembourser les sommes déjà retenues depuis le mois de septembre 2021 ;

4°) de mettre à la charge du département de la Sarthe le versement à son avocate d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que c'est à tort que le département de la Sarthe a pris en compte, dans ses ressources, des sommes qui lui ont été prêtées dans le cadre d'une tontine, dès lors qu'il s'agit d'avances versées pour lui permettre de faire face à des dépenses exceptionnelles, et qu'elle a remboursées par la suite en versant à son tour des sommes dans cette tontine.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mai 2023, le département de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requérante n'est pas recevable à invoquer le défaut de bien-fondé de l'indu faute d'avoir formé un recours préalable contre celui-ci ; en tout état de cause, le moyen soulevé par la requérante n'est pas fondé.

Des pièces présentées par Mme B ont été enregistrées le 1er octobre 2024.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gourmelon, vice-présidente, en application de l'article R. 222 - 13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique a été, sur sa proposition, dispensée de prononcer ses conclusions sur cette affaire, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de Mme Gourmelon, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B était bénéficiaire du revenu de solidarité active (RSA). A la suite d'un contrôle de ses ressources réalisé en mars 2021 il est apparu que l'intéressée n'avait pas déclaré auprès de la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Sarthe plusieurs sommes créditées sur ses comptes bancaires. Par un courrier du 5 août 2021, la CAF a notifié à Mme B un indu de 4 063,38 euros de RSA sur une période allant de juin 2020 à mai 2021. Le 13 août 2021, Mme B a formé auprès du président du conseil départemental de la Sarthe une demande de remise gracieuse de la dette ainsi mise à sa charge. Cette demande a été rejetée le 24 septembre 2021. La requérante demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : () 4° Les prestations et aides sociales qui ne sont pas incluses dans le calcul des ressources à raison de leur finalité sociale particulière ". L'article R. 262-6 du même code prévoit que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer () ". Aux termes de l'article R. 262-11 du même code : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte : () 14° Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation ". Enfin, l'article R. 262-14 de ce code prévoit que : " Sur décision individuelle du président du conseil départemental au vu de la situation exceptionnelle du demandeur au regard de son insertion sociale et professionnelle, il n'est pas tenu compte des libéralités consenties aux membres du foyer ".

3. Une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu présentée par un bénéficiaire du revenu de solidarité active (RSA) ne trouve pas sa base légale dans la décision de récupération de cet indu et n'est pas davantage prise pour son application. Par suite, le bénéficiaire qui conteste un refus de remise gracieuse ne peut utilement exciper, à l'appui de sa demande d'annulation de ce refus, de l'illégalité de la décision de récupération. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que l'indu de RSA litigieux mis à la charge de Mme B au titre de la période de juin 2020 à mai 2021, trouve son fondement dans la circonstance que l'intéressée n'a pas déclaré la totalité des ressources de son foyer au cours de cette période, la requérante ayant perçu plusieurs sommes créditées sur son compte bancaire par virement ou versement d'espèces, qu'elle n'a pas déclarées. Si elle soutient que ces sommes proviennent d'un système d'entraide dénommé " tontine " organisé par une association dont elle est membre, elle n'apporte aucun élément de preuve au soutien de telles allégations, qui apparaissent par ailleurs démenties par le caractère récurrent des sommes créditées sur son compte bancaire, qui ne sauraient être assimilées ni à des " aides et secours financiers dont le montant et la périodicité n'ont pas de caractère régulier ", ni à des " aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation " mentionnés au 14° de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles, lequel vise, en application du 4° de l'article L. 262-3 du même code, des prestations et aides sociales à finalité sociale particulière, mais pourraient seulement relever, le cas échéant, des dispositions de l'article R. 262-14 de ce code. Elle ne démontre pas davantage que ces sommes présenteraient le caractère d'avances qu'elle rembourserait par ailleurs à d'autres membres de la tontine. Dès lors, et en tout état de cause, la requérante n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que la caisse d'allocations familiales de la Sarthe a réintégré ces sommes dans les ressources prises en compte pour la détermination de ses droits à RSA.

4. D'autre part, l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active (). La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration (). ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

6. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises.

7. Eu égard au caractère réitéré des omissions déclaratives de Mme B, et au caractère peu probant de ses justifications concernant l'origine des sommes non déclarées, la condition de bonne foi évoquée au point précédent ne peut être regardée comme remplie. Dès lors, et alors même que la requérante se trouverait dans une situation de précarité compromettant ses possibilités de remboursement de sa dette, il n'y a pas lieu d'annuler la décision du 24 septembre 2021 par laquelle sa demande de remise de dette a été rejetée.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B, doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au département de la Sarthe et à Me Orsini.

Copie du présent jugement sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Sarthe.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 31 octobre 2024.

La magistrate désignée,

V. GOURMELON

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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