mardi 17 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2113406 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | L'HOSTIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 29 novembre 2012, 21 décembre 2021 et le 18 janvier 2022, M. H G, M. I G agissant en son nom et au nom de ses enfants mineurs A G, E G et C G, et M. F G, agissant en son nom et au nom de son fils mineur B G, représentés par Me L'Hostis, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire d'Angers à verser, à titre de provision à valoir sur l'indemnisation définitive de leurs préjudices :
- la somme de 10 167 euros à MM. Maxime, Anthony et Fabien G en qualité d'ayants-droits de M. D G,
- la somme de 11 639, 70 euros à M. F G,
- la somme de 4 238 euros à M. H G,
- la somme de 4 000 euros à M. I G,
- la somme de 2 000 euros à M. A G,
- la somme de 2 000 euros à M. E G,
- la somme de 2 000 euros à Mme C G,
- la somme de 2 000 euros à M. B G ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire d'Angers la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) à titre subsidiaire de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam) à lui verser une provision à valoir sur l'indemnisation définitive de leurs préjudices ;
4°) de mettre à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur demande est fondée sur les dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative ;
- M. D G a été victime de manquements dans les différents services l'ayant pris en charge au centre hospitalier universitaire d'Angers, les manquements étant constitutifs de fautes de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier universitaire en application des dispositions de l'article L. 1142-1 I du code de la santé publique :
o la décision du radiologue de l'UHCD de ne pas réaliser une IRM ou un scanner du rachis était fautive ;
o la décision de transfert en service de médecine interne n'était pas adaptée dans le contexte d'une urgence ;
o la prise en charge de l'infection dans le service de médecine interne n'a pas été adaptée, en l'absence de prescription par voie intraveineuse d'une association d'antibiotiques à large spectre ;
o M. G aurait dû être transféré en réanimation à la suite de plusieurs épisodes de désaturation pendant la nuit en médecine interne ;
o le petit déjeuner n'aurait pas dû être servi en raison du risque d'éventuelles fausses routes ;
- le lien de causalité entre les fautes médicales et le décès de M. G est établi ;
- l'obligation du centre hospitalier universitaire de leur verser les sommes qu'il a accepté de leur verser dans son mémoire en défense au fond n'apparait pas sérieusement contestable puisque le centre hospitalier universitaire reconnait sa responsabilité et accepte le versement d'une somme totale de 38 044, 70 euros :
o 10 167 euros à la succession de M. G ;
o 11 639, 70 euros à M. F G ;
o 4 238 euros à M. H G ;
o 4 000 euros à M. I G ;
o 2 000 euros à M. A G ;
o 2 000 euros à M. E G ;
o 2 000 euros à Mme C G ;
o 2 000 euros à M. B G ;
- le pourcentage de perte de chance ne saurait s'appliquer ni sur les frais de déplacement ni sur les frais d'assistance par un médecin conseil ;
- à titre subsidiaire, leur demande de provision est dirigée contre l'Oniam sur le fondement des dispositions des articles R. 541-1 du code de justice administrative et L. 1142-1 II du code de la santé publique.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 décembre 2021 et le 16 décembre 2021, le centre hospitalier universitaire, représenté par Me Meunier, conclut à ce qu'une perte de chance, qui ne saurait excéder 80 %, s'applique sur les postes de préjudices retenus et rejeter le surplus des conclusions des consorts G.
Il soutient que :
- il ne conteste pas sa responsabilité ;
- le taux de perte de chance d'éviter le décès de M. G ne saurait excéder 80 % ;
- en ce qui concerne les préjudices auxquels devra s'appliquer le pourcentage de 80 :
o il ne s'oppose pas à l'indemnisation de 102 euros au titre des dépenses de santé actuelles ;
o le déficit fonctionnel temporaire de 5 jours doit être évalué à hauteur de 65 euros sur une base journalière de 13 euros ;
o les souffrances endurées pourront être évaluées à 10 000 euros étant souligné que M. G n'a été lucide qu'entre le 18 et le 20 mars, ayant été ultérieurement placé dans le coma ;
o l'indemnisation du préjudice esthétique temporaire devra tenir compte de la période réduite de conscience de M. G ;
o il ne s'oppose pas à l'indemnisation des frais d'obsèques à hauteur de 4359, 70 euros ;
o les éléments produits sont insuffisants pour établir les frais de déplacement, à l'exception du billet d'avion pour un montant de 238 euros ;
o il ne s'oppose pas à l'indemnisation de l'assistance par un médecin-conseil ;
o la perte de revenus de M. I G doit être limitée à quatre jours de congé non rémunéré, les dispositions légales octroyant trois jours rémunérés dans l'hypothèse d'un décès ;
o il ne s'oppose pas à l'indemnisation du préjudice d'affection de chacun des enfants de M. G à hauteur de 4000 euros et de chacun des petits enfants à hauteur de 2000 euros ;
o le préjudice d'accompagnement n'est pas établi en l'absence d'un bouleversement significatif des modes de vie des proches de M. G ;
- au-delà de ces montants, son obligation est sérieusement contestable ;
- le pourcentage de perte de chance doit aussi être appliqué aux demandes de la caisse primaire d'assurance maladie, dont il ne conteste pas le montant des débours ;
- la demande de la caisse primaire d'assurance maladie relative à l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale doit être rejetée puisqu'elle est également demandée dans le cadre de l'instance au fond ;
- la demande de la caisse primaire d'assurance maladie fondée sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doit être rejetée, la caisse n'ayant pas agi sous ministère d'avocat et ne justifiant pas de frais supportés.
Par des mémoires, enregistrés le 14 décembre 2021 et le 8 juin 2022, la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire d'Angers à lui verser la somme de 8723, 75 euros au titre de ses débours avec intérêts au taux légal à compter de la décision à intervenir ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire d'Angers la somme de 1114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion, avec intérêts au taux légal à compter de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire d'Angers la somme de 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, avec intérêts au taux légal à compter de la décision à intervenir ;
4°) de mettre les dépens à la charge du centre hospitalier universitaire d'Angers.
Elle soutient que :
- son action est fondée sur les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;
- la responsabilité du centre hospitalier universitaire d'Angers est engagée sur le fondement des dispositions du I. de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ; l'obligation à la charge du centre hospitalier universitaire d'Angers n'est pas sérieusement contestable au sens des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative ;
- elle s'en remet à la sagesse de la juridiction concernant l'appréciation du taux de perte de chance ;
- elle a versé des prestations pour le compte de M. G pour un montant définitif de 8723, 75 euros ; elle produit l'état justificatif des débours et une attestation d'imputabilité de son médecin conseil.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 décembre 2021 et le 1er juin 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par Me Fitoussi, demande au juge des référés de prononcer sa mise hors de cause en l'absence de demande motivée à son encontre.
Il soutient que :
- aucune demande n'est formulée à son encontre ni par MM. G dans leurs écritures initiales, ni par le centre hospitalier universitaire d'Angers, ni par la caisse primaire d'assurance maladie ;
- la demande formulée à titre subsidiaire à son encontre par MM. G dans leurs écritures en réplique n'est pas motivée ; ils ne démontrent pas l'existence des conditions d'engagement de la solidarité nationale ;
- le dommage subi par M. G ne peut ouvrir droit à une indemnisation par la solidarité nationale et donc au versement d'une provision par l'Oniam ; le dommage subi par M. G est imputable pour 80 % à une faute du centre hospitalier universitaire d'Angers, et pour 20 % à son état antérieur et à l'infection dont il souffrait, excluant l'intervention de la solidarité nationale.
Une ordonnance en date du 25 mai 2022 a fixé, en application de l'article R.613-1 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction au 27 juin 2022.
Vu les pièces de la requête ;
Vu :
- le code civil ;
- le code monétaire et financier ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
-l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme J pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. D G, né en juin 1955, a été victime le 18 mars 2018 d'un malaise à son domicile et a été transporté aux urgences du centre hospitalier universitaire d'Angers (Maine-et-Loire). Il est décédé le 31 mars suivant. MM. Maxime, Anthony et Fabien G, fils de M. D G, ont saisi le juge des référés du tribunal administratif de Nantes pour obtenir la désignation d'un expert, demande à laquelle le juge des référés a fait droit par une ordonnance du 14 octobre 2020. MM. G demandent au juge des référés, en leurs noms propres et au noms de leurs enfants mineurs, A, E et C enfants de M. I G et B fils de M. F G, la condamnation à titre principal du centre hospitalier universitaire d'Angers et à titre subsidiaire de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales à leur verser des provisions sur les préjudices résultant du décès de M. D G.
Sur la demande de provision :
2. L'article R. 541-1 du code de justice administrative dispose que : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable () ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.
En ce qui concerne l'existence d'une obligation non sérieusement contestable :
3. L'article L. 1142-1 du code de la santé publique dispose que : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () / II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ".
4. Il résulte de l'instruction et notamment des termes du rapport d'expertise de l'expert nommé par le juge des référés que M. G, après un malaise survenu à son domicile le soir du 18 mars 2018, a été transféré au centre hospitalier universitaire d'Angers et a été pris en charge par le service d'accueil des urgences un peu avant vingt-trois heures. Dans la matinée du 19 mars 2018, le patient a été transféré au sein de l'unité d'hospitalisation de courte durée (UHCD), avec réalisation de radiographies bien que le médecin des urgences ait demandé la réalisation d'un scanner du rachis lombaire. Une antibiothérapie a été débutée dans l'UHCD le matin du 19 mars 2018 par administration d'amoxicilline par voie orale, des hémocultures positives au streptocoque ayant été réalisées. Après discussion avec un radiologue de l'établissement, il a été renoncé à pratiquer une tomodensitométrie du rachis. Le soir du 19 mars 2018, M. G a été transféré en service de médecine interne pour lombalgies fébriles dans un contexte de pneumopathie du lobe moyen. Dans la nuit du 19 au 20 mars 2018, le patient a présenté une confusion et plusieurs épisodes sévères de désaturation. Après que son petit déjeuner lui a été distribué, il a constaté une dégradation neurologique du patient qui a subi quelques minutes plus tard un arrêt cardio-respiratoire. A la suite d'une réanimation, M. G a été transféré dans le service de réanimation, service dans lequel il est décédé le 31 mars suivant après choix d'une désescalade thérapeutique, l'intéressé ne s'étant pas réveillé depuis sept jours sans sédation et montrant des séquelles cérébrales de l'arrêt cardiaque dont il a été victime le 20 mars 2018.
5. Tout d'abord, il résulte de l'instruction, notamment des constatations opérées par l'expert nommé par le juge des référés, qu'à deux reprises le 19 mars 2018, une première fois à l'issue de la prise en charge de M. G au sein des urgences puis une seconde fois en fin de matinée, les radiologues du centre hospitalier universitaire d'Angers ont refusé de pratiquer sur le patient un scanner du rachis lombaire ou une tomodensitométrie du rachis, malgré notamment la demande en ce sens effectuée par le médecin des urgences, en estimant que le diagnostic ne posait pas de question du fait de l'existence d'une discarthrose ancienne découverte en 2017 et de l'absence de signe de spondylodiscite. L'expert nommé par le juge des référés a cependant relevé qu'en présence, comme c'était le cas, de lombalgies intenses, d'une grande raideur lombaire et de la défaillance d'un organe vital, en l'occurrence une insuffisance rénale aigue, la réalisation d'un scanner du rachis lombaire ou d'un examen par imagerie par résonnance magnétique (IRM) avec extension au thorax était impératif en urgence dès le premier soir de la prise en charge de M. G, la simple réalisation de radiographies standards n'étant pas suffisante eu égard au tableau clinique et ne permettant pas d'écarter l'existence d'une spondylodiscite. Ce retard dans l'établissement du diagnostic a eu des conséquences déterminantes pour l'évolution de l'état de santé de l'intéressé.
6. Il résulte par ailleurs de l'instruction, et notamment des constatations opérées par l'expert nommé par le juge des référés, que M. G a été, à l'issue de l'hospitalisation en service d'UHCD le 19 mars 2018, transféré au sein du service de médecine interne, service inadapté à son état de santé qui caractérisait une urgence compte tenu des symptômes présentés par le patient caractérisés notamment par des douleurs, des malaises avec perte de connaissance, l'objectivation d'une infection dont la cause n'avait pas été découverte et alors que seule une antibiothérapie par voie orale en monothérapie avait été prescrite. Il résulte des constations opérées par l'expert qu'eu égard à la nature et à l'origine inconnue de l'infection dont souffrait M. G une antibiothérapie associant plusieurs molécules à large spectre et par voie intraveineuse aurait dû être prescrite par le centre hospitalier universitaire d'Angers. Il résulte également de l'instruction que l'intéressé, hospitalisé en service de médecine interne depuis le soir du 19 mars 2018, aurait dû en raison de la survenue de plusieurs épisodes de désaturation au cours de la nuit du 19 au 20 mars 2018 être transféré en service de réanimation et que le matin du 20 mars 2018, le petit déjeuner n'aurait pas dû lui être servi du fait du risque de fausses routes.
7. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 et 6 de l'ordonnance que la prise en charge de M. G au sein des services d'UHCD puis de médecine interne du centre hospitalier universitaire d'Angers n'ont pas été conformes aux données alors acquises de la science. Ces fautes créent, comme le soutiennent MM. G, une obligation non sérieusement contestable pour le centre hospitalier universitaire d'Angers de procéder à l'indemnisation des préjudices subis.
8. Par ailleurs compte tenu des fautes ainsi relevées commises par le centre hospitalier universitaire d'Angers et en application des dispositions du II. de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, l'Oniam doit, ainsi qu'il le demande, être mis hors de cause.
En ce qui concerne le montant de la provision :
S'agissant de la perte de chance :
9. Dans le cas où la faute commise a compromis les chances du patient d'obtenir une amélioration de son état ou d'échapper à une aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu.
10. Il résulte de l'instruction et notamment des constatations opérées par l'expert nommé par le juge des référés que la réalisation d'une IRM du rachis lombaire faite, ainsi que l'avaient demandé les médecins des urgences du centre hospitalier universitaire d'Angers, dès le début de l'hospitalisation de M. G, aurait permis de poser le diagnostic de spondylodiscite infectieuse et aurait entrainé la mise immédiate du patient sous poly-antibiothérapie à large spectre par voie intraveineuse à fortes doses et adaptées à la fonction rénale. Le placement précoce sous antibiothérapie adaptée du patient, puis son transfert plus précoce en service de réanimation, auraient évité la survenue du choc septique ayant entrainé son décès. Compte tenu des circonstances de l'espèce et notamment de la gravité de l'infection, l'expert nommé par le juge des référés a évalué à 80 % la perte de chance subie par M. G d'éviter l'évolution fatale de sa pathologie.
11. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 5, 6 et 10 de l'ordonnance, il y a lieu de fixer à 80 % la perte de chance de M. G de survivre à sa pathologie et de mettre dès lors à la charge du centre hospitalier universitaire d'Angers la réparation de cette fraction des préjudices subis du fait du décès de l'intéressé et des dépenses exposées par la caisse primaire d'assurance maladie pour le compte de M. G et imputables à la prise en charge fautive.
S'agissant des préjudices de M. D G, victime directe :
12. En premier lieu, MM. G, fils de M. D G, demandent l'indemnisation des frais de santé demeurés à la charge de leur père. Il résulte de l'instruction, notamment d'une facture émise le 21 juin 2018 par le centre hospitalier universitaire d'Angers, qu'un montant de 102 euros, correspondant des frais de médecine, chambre mortuaire et " spécialités coûteuses ", est demeuré à la charge de la succession de M. G. Compte tenu du pourcentage de perte de chance défini au point 11, et en l'absence de contestation, la créance du centre hospitalier universitaire d'Angers, à hauteur de 81,60 euros présente un caractère certain.
13. En second lieu, il résulte de l'instruction, notamment du mémoire introductif de l'instance au fond produite à l'appui de la requête en référé provision, que MM. G demandent l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire dont a souffert M. D G avant son décès. Il est constant que M. G a été hospitalisé entre le 18 mars 2018 et son décès le 31 mars suivant et a subi un déficit fonctionnel total pendant cette période. Il résulte également de l'instruction, notamment des constatations opérées par l'expert judiciaire, que la spondylodiscite bactériémique dont il était atteint, même diagnostiquée dès le début de son hospitalisation, aurait nécessité une hospitalisation d'environ une semaine eu égard à la gravité de la pathologie. Dans ces conditions, le déficit fonctionnel temporaire total imputable aux fautes commises par le centre hospitalier universitaire d'Angers doit être limité à cinq jours. Un tel préjudice peut être estimé à 1500 euros. Par ailleurs, l'expert a estimé les souffrances endurées par M. D G du fait des manœuvres de réanimation et de son décès à 7 sur une échelle de 7. Ce préjudice peut être estimé à 30 000 euros. Enfin, l'expert a relevé que l'intéressé avait subi un préjudice esthétique temporaire estimé à 4 sur une échelle de 7 compte tenu de son hospitalisation et de son placement sous ventilation et réanimation, un tel préjudice apparaissant néanmoins limité pour le patient du fait de son placement dans le coma à compter du 20 mars 2018. Ce dernier préjudice peut être limité à la somme de 500 euros.
14. Le préjudice total enduré à caractère extrapatrimonial par M. D G peut donc être estimé à la somme totale de 32 000 euros. Compte tenu du pourcentage de perte de chance défini au point 11, seule une somme de 25 600 est susceptible d'être mise à la charge du centre hospitalier universitaire d'Angers. MM. G limitant à 10 167 euros leur demande indemnitaire présentée au titre de la succession de leur père, l'indemnité provisionnelle qui parait revêtir un caractère de certitude suffisant et qui doit être mise à la charge du centre hospitalier universitaire d'Angers au titre du préjudice extrapatrimonial subi par M. D G s'élève à la somme de 10 085, 40 euros.
15. Il résulte de tout ce qui précède que l'indemnité provisionnelle qui parait revêtir un caractère de certitude suffisant et qui doit être mise à la charge du centre hospitalier universitaire d'Angers au profit de la succession de M. D G s'élève au montant de 10 167 euros.
S'agissant des préjudices de M. F G :
16. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment de la facture émise le 11 avril 2018, que M. F G a supporté les frais d'obsèques de son père à hauteur de 4359, 70 euros. Sous réserve qu'ils ne soient pas excessifs, les frais de construction d'un monument funéraire, qui contribuent à donner au défunt une sépulture décente, font partie des préjudices susceptibles de donner lieu à réparation. En l'absence notamment de toute contestation de part de l'établissement public défendeur, ces frais doivent donc être retenus dans l'évaluation du préjudice subi par M. G.
17. En deuxième lieu, en revanche, la seule production de la carte d'immatriculation du véhicule dont la compagne de M. F G est propriétaire et dont l'intéressé est également conducteur ne permet pas d'établir l'existence des frais de transport dont il demande l'indemnisation.
18. En troisième lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par M. F G du fait du décès de son père en l'estimant à la somme de 4 000 euros.
19. Il résulte de ce qui précède que le préjudice dont M. F G demande l'indemnisation peut être estimé à la somme de 8 359,70 euros. Compte tenu du pourcentage de perte de chance défini au point 11, l'indemnité provisionnelle présentant un caractère suffisant de certitude et pouvant être mise à la charge du centre hospitalier universitaire d'Angers s'élève à la somme de 6 687,76 euros.
20. En dernier lieu, il résulte également de l'instruction que M. F G s'est également acquitté des frais et honoraires d'un médecin pour l'assister lors des opérations d'expertise qui se sont tenues à Paris le 4 mars 2021, pour un montant total de 2 800 euros TTC. Cette créance présente également un caractère certain et doit s'ajouter à l'indemnité provisionnelle due par le centre hospitalier universitaire d'Angers.
21. Il résulte de ce qui a été dit aux points 16 à 20 que l'indemnité provisionnelle devant être mise à la charge du centre hospitalier universitaire d'Angers au profit de M. F G à titre personnel s'élève à la somme globale de 9 487,76 euros.
S'agissant des préjudices de M. B G, fils de M. F G :
22. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par M. B G du fait du décès de son grand-père, alors qu'il était âgé de cinq ans, en l'estimant à la somme de 2 000 euros.
23. Compte tenu du pourcentage de perte de chance défini au point 11 de l'ordonnance, l'indemnité provisionnelle présentant un caractère suffisant de certitude et devant être versée par le centre hospitalier universitaire d'Angers à M. F G en qualité de représentant de son fils B s'élève à la somme de 1 600 euros.
S'agissant des préjudices de M. H G :
24. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. H G, qui réside au Canada, a emprunté un avion le 4 avril 2018 pour se rendre aux funérailles de son père et que le coût du billet dont il n'est pas contesté qu'il est demeuré à sa charge s'élève à la somme de 238 euros.
25. En deuxième lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par M. H G du fait du décès de son père en l'estimant à la somme de 4 000 euros.
26. Il résulte de ce qui précède que le préjudice dont M. H G demande l'indemnisation peut être estimé à la somme de 4 238 euros. Compte tenu du pourcentage de perte de chance défini au point 11, l'indemnité provisionnelle présentant un caractère suffisant de certitude et pouvant être mise à la charge du centre hospitalier universitaire d'Angers s'élève à la somme de 3 390,40 euros.
27. Il résulte également de l'instruction que M. H G s'est également acquitté des frais et honoraires d'un médecin pour l'analyse du dossier médical de son père, en vue des opérations d'expertise, pour un montant total de 480 euros TTC. Cette créance présente également un caractère certain et doit s'ajouter à l'indemnité provisionnelle due par le centre hospitalier universitaire d'Angers.
28. Il résulte de ce qui a été dit aux points 24 à 27 que l'indemnité provisionnelle devant être mise à la charge du centre hospitalier universitaire d'Angers au profit de M. H G à titre personnel s'élève à la somme globale de 3 870,40 euros.
S'agissant des préjudices de M. I G :
29. Dans le cadre de l'instance en référé, M. I G ne demande explicitement que l'indemnisation de son préjudice moral. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par M. I G du fait du décès de son père en l'estimant à la somme de 4 000 euros.
30. Compte tenu du pourcentage de perte de chance défini au point 11, l'indemnité provisionnelle présentant un caractère suffisant de certitude que le centre hospitalier universitaire d'Angers doit verser à M. I G s'élève à la somme de 3 200 euros.
S'agissant des préjudices de M. A G, M. E G et Mme C G, enfants de M. I G :
31. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par M. A G, M. E G et Mme C G du fait du décès de leur grand-père, alors qu'ils étaient âgés respectivement de presque neuf ans, sept ans et six mois, en l'estimant à la somme de 2 000 euros chacun.
32. Compte tenu du pourcentage de perte de chance défini au point 11 de l'ordonnance, l'indemnité provisionnelle présentant un caractère suffisant de certitude et devant être versée par le centre hospitalier universitaire d'Angers à M. I G en qualité de représentant de ses enfants A, E et C s'élève à la somme de 4 800 euros.
S'agissant du préjudice de la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine :
33. La caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine justifie avoir exposé pour le compte de M. D G la somme de 8 723, 75 euros au titre des frais d'hospitalisation de l'intéressé entre le 26 et le 31 mars 2018, soit postérieurement à la durée d'une semaine d'hospitalisation retenue par l'expert comme ayant été de toute façon nécessitée par l'infection dont souffrait le patient, même si sa pathologie avait été correctement prise en charge dès le début de son hospitalisation. Il y a donc lieu de condamner le centre hospitalier universitaire d'Angers, après application du taux de perte de chance, à verser à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine une provision de 6 979 euros.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
34. Eu égard au montant des sommes accordées à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine, il y a lieu de condamner le centre hospitalier universitaire d'Angers à lui verser, en application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023, la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Sur les intérêts :
35. Même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts du jour de son prononcé jusqu'à son exécution, au taux légal puis, en application des dispositions de l'article L. 313-3 du code monétaire et financier, au taux majoré s'il n'est pas exécuté dans les deux mois de sa notification. Par suite, les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Villaine tendant à ce que les sommes qui lui sont allouées portent intérêts à compter de la date du jugement sont dépourvues de tout objet et doivent être rejetées.
Sur les dépens :
36. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ". Aux termes de l'article R. 621-13 du même code : " () Dans le cas où les frais d'expertise () sont compris dans les dépens d'une instance principale, la formation de jugement statuant sur cette instance peut décider que la charge définitive de ces frais incombe à une partie autre que celle qui a été désignée par l'ordonnance () ".
37. S'agissant des frais d'expertise, il n'appartient pas au juge des référés statuant en matière de provision de se prononcer sur les dépens, qui relèvent d'une instance au fond. Par suite, les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine relatives aux dépens, doivent être rejetées.
Sur les frais du litige :
38. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire d'Angers la somme de 1 200 euros à verser à MM. G en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, en revanche, de mettre à sa charge la somme demandée au même titre par la caisse locale primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine, qui n'est pas représentée par un avocat dans la présente instance.
O R D O N N E
Article 1er : Le centre hospitalier universitaire d'Angers versera à la succession de M. D G une provision de 10 167 euros.
Article 2 : Le centre hospitalier universitaire d'Angers versera à M. F G une indemnité provisionnelle de 9 487,76 euros à titre personnel, et une indemnité provisionnelle de 1600 euros en sa qualité de représentant légal de M. B G, son fils.
Article 3 : Le centre hospitalier universitaire d'Angers versera à M. H G une indemnité provisionnelle de 3 870,40 euros.
Article 4 : Le centre hospitalier universitaire d'Angers versera à M. I G une indemnité provisionnelle de 3 200 euros à titre personnel et une indemnité provisionnelle de 4 800 euros en qualité de représentant légal de M. A G, M. E G et Mme C G, ses enfants.
Article 5 : Le centre hospitalier universitaire d'Angers versera à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine une provision de 6 979 euros.
Article 6 : Le centre hospitalier universitaire d'Angers versera à MM. G la somme de 1200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Le centre hospitalier universitaire d'Angers versera à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à M. H G, à M. I G, à M. F G, au centre hospitalier universitaire d'Angers, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Une copie sera adressée pour information à l'expert.
Fait à Nantes, le 17 janvier 2023.
La juge des référés,
M. J
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2113406
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026