Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 décembre 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) EGE, représentée par Me Proux, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d’impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos aux 31 mars 2016, 2017 et 2018 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) qui lui ont été assignés au titre de la période du 1er avril 2015 au 31 mars 2018, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de prononcer la décharge des amendes prévues à l’article 1759 du code général des impôts mises à sa charge au titre des années 2016 à 2018 ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 4 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
le rejet de la comptabilité n’est pas fondé dès lors que les anomalies constatées par le service relèvent seulement d’une mauvaise utilisation de la caisse enregistreuse ;
la méthode de reconstitution de son chiffre d’affaires est excessivement sommaire et radicalement viciée dès lors qu’elle est fondée sur une extrapolation d’une dissimulation d’espèces non établie ;
en tout état de cause, le service aurait dû déduire le montant des notes de commandes non soldées du montant de ses recettes ;
l’amende prévue à l’article 1759 du code général des impôts n’est pas fondée, dès lors qu’aucune distribution n’a été réalisée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2022, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société EGE ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de M. Barès,
et les conclusions de M. Huin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
La société à responsabilité limitée (SARL) EGE, exerçant une activité de restauration rapide à Nantes (Loire-Atlantique), a fait l’objet d’une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er avril 2015 au 31 mars 2018. A la suite de ce contrôle, l’administration fiscale l’a, par une proposition de rectification du 16 mai 2019, assujettie à des cotisations supplémentaires d’impôt sur les sociétés au titre de l’exercice clos aux 31 mars 2016, 2017 et 2018 et lui a assigné des rappels de TVA au titre de la période du 1er avril 2015 au 31 mars 2018, selon la procédure de rectification contradictoire. Par la présente requête, la société EGE demande au tribunal de prononcer la décharge de impositions ainsi mises à sa charge au titre de ces exercices et périodes, ainsi que des amendes et pénalités correspondantes.
En premier lieu, aux termes de l’article L. 192 du livre des procédures fiscales : « Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. Elle incombe également au contribuable à défaut de comptabilité ou de pièces en tenant lieu (…) ».
Pour écarter la comptabilité de la société EGE, le service vérificateur a notamment relevé que les recettes en espèces qu’elle avait enregistrées en comptabilité étaient fortement minorées par rapport aux encaissements mentionnées sur les « tickets Z », qu’il existait également une discordance entre le chiffre d’affaires des plats commandés et les encaissements, que la société avait mis en place un double système de caisses enregistreuses non automatiquement reliées au logiciel comptable, impliquant une saisie manuelle des recettes, et qu’elle n’avait pas produit d’élément papier ou informatique pour justifier les recettes réalisées sur la période de juillet 2015 à février 2017, la clef USB contenant ces données ayant été endommagée et les « tickets Z » correspondant ayant été perdus à la suite d’une inondation de la cave du restaurant. En se bornant à soutenir que les caisses enregistreuses qu’elle utilise répondent aux conditions d’inaltérabilité, de sécurisation de conservation et d’archivages des données et que les discordances relevées par le service sont essentiellement dues à leur mauvaise utilisation, et alors que la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d’affaires a émis un avis favorable lors de sa séance du 12 novembre 2020 au rejet de sa comptabilité, la SARL EGE ne conteste pas sérieusement les constatations de l’administration fiscale et le bien-fondé du rejet de sa comptabilité.
En deuxième lieu, pour évaluer le résultat imposable de la SARL EGE au titre des exercices clos aux 31 mars 2016, 2017 et 2018, le service, recourant à une méthode par extrapolation des recettes, a, d’une part, ajouté au chiffre d’affaires comptabilisé au titre des périodes d’avril à juin 2015 et de mars 2017 à mars 2018 la différence relevée entre le montant des encaissements en espèces mentionnés sur les « tickets Z » journaliers et celui des recettes en espèces comptabilisées sur ces deux périodes et d’autre part, déterminé un pourcentage moyen de l’écart constaté pour l’appliquer aux recettes en espèces enregistrées en comptabilité pour la période comprise entre juillet 2015 et février 2017, au titre de laquelle aucun élément papier ni informatique n’a été produit par la société. La société EGE soutient que la méthode utilisée par le service est excessivement sommaire et radicalement viciée au motif qu’il n’est pas établi que l’écart sur lequel s’est fondé le vérificateur correspondrait nécessairement à une dissimulation de recettes. A cet égard, elle soutient que les écarts relevés résultent de doublons de notes de commandes, survenant, selon elle, à l’occasion de commandes groupées pour le paiement desquelles des notes individuelles sont établies au bénéfice de chaque client, sans possibilité de supprimer de la caisse la note de commande initiale, ce qui ne révèle aucune recette dissimulée. Toutefois, alors que la charge de la preuve lui incombe, dès lors que la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d’affaires a émis un avis favorable à la reconstitution de chiffre d’affaires contestée lors de sa séance du 12 novembre 2020, elle n’apporte aucun élément permettant de l’établir. Il suit de là que la société EGE, outre qu’elle ne propose aucune méthode alternative, n’établit pas que la méthode suivie par le service, fondée sur les données de l’entreprise, serait excessivement sommaire ou radicalement viciée et que le montant de son résultat imposable en serait exagéré. En tout état de cause, dès lors que le service s’est exclusivement fondé sur les discordances constatées entre les encaissements en espèces mentionnés sur les « tickets Z » et ceux enregistrés en comptabilité, la société requérante ne saurait utilement se prévaloir de l’existence de doublons de notes de commandes, lesquelles seraient sans incidence sur les encaissements, pour amender la méthode de reconstitution de son chiffre d’affaires.
En dernier lieu, aux termes de l’article 1759 du code général des impôts : « Les sociétés et les autres personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés qui versent ou distribuent, directement ou par l'intermédiaire de tiers, des revenus à des personnes dont, contrairement aux dispositions des articles 117 et 240, elles ne révèlent pas l'identité, sont soumises à une amende égale à 100 % des sommes versées ou distribuées. (…) ». Et aux termes de l’article 117 du même code : « Au cas où la masse des revenus distribués excède le montant total des distributions tel qu'il résulte des déclarations de la personne morale visées à l'article 116, celle-ci est invitée à fournir à l'administration, dans un délai de trente jours, toutes indications complémentaires sur les bénéficiaires de l'excédent de distribution. En cas de refus ou à défaut de réponse dans ce délai, les sommes correspondantes donnent lieu à l'application de la pénalité prévue à l'article 1759. ».
Il résulte de l’instruction que le service a invité la société EGE, par un courrier du 7 octobre 2019, par lequel il l’informait de la mise en œuvre des dispositions précitées de l’article 117 du code général des impôts, à désigner le bénéficiaire des revenus distribués qui avaient été relevés au cours de la vérification de comptabilité dont elle avait fait l’objet. Il est constant que la SARL EGE s’est abstenue de procéder à une telle désignation. En se bornant à soutenir que le service ne justifie pas de l’existence de distributions, alors qu’il résulte de l’instruction que par une méthode de reconstitution du chiffre d’affaires non sérieusement contestée, comme il a été dit au point 4, le service a établi que l’intéressée avait omis d’inscrire en comptabilité des recettes évaluées à 118 681 euros, 83 177 euros et 48 591 euros, respectivement au titre des exercices clos aux 31 mars 2016, 2017 et 2018, elle ne conteste pas sérieusement la régularité de la procédure suivie. Dans ces conditions, c’est à bon droit que l’administration fiscale a mis à sa charge l’amende prévue à l’article 1759 du code général des impôts.
Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SARL EGE doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société EGE est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée EGE et au directeur régional des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 5 février 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
M. Barès, premier conseiller,
Mme Frelaut, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 26 février 2026.
Le rapporteur,
M. BarèsLa présidente,
M.-P. Allio-Rousseau
La greffière,
M. A...
La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,