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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2113754

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2113754

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2113754
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat : M. CATROUX - R. 222-13
Avocat requérantIOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 décembre 2021, Mme A B, représentée par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 octobre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a suspendu son permis de conduire pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui restituer son permis de conduire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable à son édiction, en méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il a été pris en méconnaissance de l'article R. 221-13 du code de la route, faute pour le préfet de lui avoir précisé la nature des examens médicaux auxquels elle doit se soumettre ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 234-2 du code de la route et de l'arrêté du 8 juillet 2003, dès lors qu'elle ne comporte aucune information sur l'éthylomètre qui a servi à la contrôler ni sur sa fiabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 février 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Catroux, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Catroux a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 29 octobre 2021, dont Mme B demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a suspendu son permis de conduire pour une durée de six mois sur le fondement de l'article L. 224-7 du code de la route.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". L'arrêté attaqué précise la nature de l'infraction relevée, la date, l'heure et le lieu de l'infraction. En outre, l'arrêté attaqué vise, notamment, les articles L. 224-7 à L. 224-9 et R. 224-4 du code de la route, dont il est fait application. Ainsi, il est suffisamment motivé en droit et en fait au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 224-1 du code de la route : " I.-Les officiers et agents de police judiciaire retiennent à titre conservatoire le permis de conduire du conducteur :1° Lorsque les épreuves de dépistage de l'imprégnation alcoolique et le comportement du conducteur permettent de présumer que celui-ci conduisait sous l'empire de l'état alcoolique défini à l'article L. 234-1 ou lorsque les mesures faites au moyen de l'appareil homologué mentionné à l'article L. 234-4 ont établi cet état ; () ". En outre, aux termes de l'article L. 224-7 de ce code : " Saisi d'un procès-verbal constatant une infraction punie par le présent code de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, le représentant de l'Etat dans le département où cette infraction a été commise peut, s'il n'estime pas devoir procéder au classement, prononcer à titre provisoire soit un avertissement, soit la suspension du permis de conduire ou l'interdiction de sa délivrance lorsque le conducteur n'en est pas titulaire. Il peut également prononcer à titre provisoire soit un avertissement, soit la suspension du permis de conduire à l'encontre de l'accompagnateur d'un élève conducteur lorsqu'il y a infraction aux dispositions des articles L. 234-1 et L. 234-8 et aux dispositions des articles L. 235-1 et L. 235-3. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; () ".

4. Le préfet ne peut légalement se dispenser de la formalité l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, en raison d'une situation d'urgence, que s'il apparaît, eu égard au comportement du conducteur, que le fait de différer la suspension de son permis pendant le temps nécessaire à l'accomplissement de la procédure contradictoire créerait des risques graves pour lui-même ou pour les tiers. Or, il ressort des pièces du dossier que Mme B a été contrôlé le 21 octobre 2021 à 16h25 par la brigade de gendarmerie de Pontchâteau, à la suite d'un accident matériel de la circulation routière. Le dépistage de l'imprégnation alcoolique par air expiré à l'aide d'un éthylotest de catégorie B, dont elle a alors fait l'objet, s'est révélé positif. La requérante a fait l'objet des vérifications par une prise de sang effectuée le même jour à 18h00 qui a révélé une concentration d'alcool dans le sang s'établissant à 1,89 g/l, selon le rapport d'analyse du laboratoire de police scientifique reçu le 28 octobre 2021 par la brigade de gendarmerie. Il ressort, de plus, des pièces du dossier que l'intéressée avait déjà fait l'objet, le 2 mars 2020, d'une suspension administrative de son permis de conduire pour une durée de deux mois en raison d'une infraction de conduite sous l'empire d'un état alcoolique commise le 28 février 2020. Dans ces conditions, l'urgence dispensait l'administration de mettre en œuvre la procédure contradictoire afin de ne pas différer la suspension du permis de conduire de Mme B, compte tenu des risques graves que cela aurait présenté. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration doit, dès lors, être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 221-13 du code de la route : " Le préfet soumet au contrôle médical de l'aptitude à la conduite : 1° Tout conducteur ou accompagnateur d'un élève conducteur auquel est imputable l'une des infractions prévues par les articles L. 234-1, L. 234-8, L. 235-1 et L. 235-3 ; 2° Tout conducteur qui a fait l'objet d'une mesure portant restriction du droit de conduire ; 3° Tout conducteur qui fait l'objet d'une mesure portant suspension du droit de conduire d'une durée supérieure à un mois pour l'une des infractions prévues au présent code, autres que celles mentionnées au 1° ci-dessus. ". Si, pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'autorité préfectorale de préciser au conducteur le délai dans lequel cette visite doit être effectuée et la nature des examens auxquels il est tenu de se soumettre, leur méconnaissance a seulement pour conséquence de faire obstacle à ce que l'autorité préfectorale refuse la restitution du permis de conduire à l'expiration de la période de sa suspension. En revanche, la circonstance que le préfet ne précise pas la nature de l'examen médical requis est sans incidence sur la légalité de la mesure de suspension du permis de conduire prononcée en application des articles L. 224-7 à L. 224-9 du code de la route. Par suite, Mme B ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article R. 221- 13 du code de la route. Ce moyen doit, par suite, être écarté, comme étant inopérant.

6. En dernier lieu, le moyen tiré de ce qu'il n'est pas établi que le contrôle d'alcoolémie auquel a été soumis Mme B a été assuré par un appareil homologué, fiable et qui a fait l'objet d'une vérification périodique ne peut qu'être écarté, dès lors que le constat de l'infraction n'a pas été, en l'espèce, réalisé au moyen d'un éthylomètre, mais par le biais d'analyse de prélèvements sanguins. Au surplus, un tel moyen, qui tend à remettre en cause l'élément matériel de l'infraction qui est reprochée à l'intéressé, relève de l'examen du seul juge pénal.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie en sera adressée pour information au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.

Le magistrat désigné,

X. CATROUX

La greffière,

V. MALINGRELa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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