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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114114

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114114

jeudi 12 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114114
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET AODEN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la demande de la SAS Siale, qui contestait l'assiette de sa taxe foncière sur les propriétés bâties pour 2020. La société soutenait que certains équipements (panneaux d'isolation, ventilation, pont bascule, etc.) devaient être exonérés en tant qu'outillages industriels au sens du 11° de l'article 1382 du code général des impôts. Le tribunal a jugé que ces éléments, faisant corps avec le bâtiment et n'étant pas spécifiquement adaptés à une activité industrielle au sens de la jurisprudence, étaient imposables en application des articles 1380, 1381 et 1495 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 décembre 2021 et le 10 février 2026, la SAS Siale, représentée par Me Mercel, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction à hauteur d’un montant de 23 501 euros de la cotisation primitive de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l’année 2020, à raison d’un bâtiment situé à la Séguinière (Maine-et-Loire) ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 750 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- c’est à tort que les panneaux d’isolation isothermes, la ventilation, le pont bascule, l’habillage en inox des panneaux d’éviscération et de plumaison et le local de sprinklage ont été inclus dans ses bases d’imposition à la taxe foncière sur les propriétés bâties, alors qu’ils auraient dû en être exonérés par application des dispositions du 11° de l’article 1382 du code général des impôts et de la jurisprudence du Conseil d’Etat « GKN Driveline » du 11 décembre 2020 ;
- en tout état de cause, la quasi-totalité de ces actifs sont, à l’exception du local de sprinklage, dissociables du bâtiment.


Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 juin 2022 et le 18 février 2026 (non communiqué), le directeur régional des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la SAS Siale ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Frelaut,
- et les conclusions de M. Huin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

La SAS Siale exerce une activité de transformation et de conservation de viande de volaille. Elle a été assujettie au titre de l’année 2020 à la taxe foncière sur les propriétés bâties à raison d’un établissement industriel situé à la Séguinière (Maine-et-Loire), à hauteur d’un montant de 145 331 euros. Par une réclamation du 14 avril 2021, elle a sollicité la réduction de cette cotisation, à hauteur d’un montant de 23 501 euros. L’administration fiscale a rejeté sa réclamation par une décision du 14 octobre 2021. Par sa requête, la SAS Siale demande au tribunal de prononcer la réduction à hauteur d’un montant de 23 501 euros de la cotisation primitive de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l’année 2020, à raison d’un bâtiment situé à la Séguinière.

Aux termes de l’article 1380 du code général des impôts : « La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code. ». Aux termes de l’article 1381 de ce code : « Sont également soumis à la taxe foncière sur les propriétés bâties : / 1° Les installations destinées à abriter des personnes ou des biens ou à stocker des produits ainsi que les ouvrages en maçonnerie présentant le caractère de véritables constructions tels que, notamment, les cheminées d'usine, les réfrigérants atmosphériques, les formes de radoub, les ouvrages servant de support aux moyens matériels d'exploitation ; 2° Les ouvrages d’art et les voies de communication (...). ». Selon l’article 1382 du même code : « Sont exonérés de la taxe foncière sur les propriétés bâties : (...) / 11° Les outillages et autres installations et moyens matériels d'exploitation des établissements industriels à l'exclusion de ceux visés aux 1° et 2° de l'article 1381 ; (...) ». Aux termes du premier alinéa de l’article 1495 de ce code : « Chaque propriété ou fraction de propriété est appréciée d'après sa consistance, son affectation, sa situation et son état, à la date de l'évaluation ». Aux termes du II de l’article 324 B de l’annexe III au même code : « Pour l'appréciation de la consistance il est tenu compte de tous les travaux équipements ou éléments d'équipement existant au jour de l'évaluation ».

Pour apprécier, en application de l’article 1495 du code général des impôts et de l’article 324 B de son annexe III, la consistance des propriétés qui entrent, en vertu de ses articles 1380 et 1381, dans le champ de la taxe foncière sur les propriétés bâties, il est tenu compte non seulement de tous les éléments d’assiette mentionnés par ces deux derniers articles mais également des biens faisant corps avec eux. Sont toutefois exonérés de cette taxe, en application du 11° de l’article 1382 du même code, ceux de ces biens qui font partie des outillages, autres installations et moyens matériels d’exploitation d’un établissement industriel, c’est-à-dire ceux de ces biens qui relèvent d’un établissement qualifié d’industriel au sens de l’article 1499, qui sont spécifiquement adaptés aux activités susceptibles d’être exercées dans un tel établissement et qui ne sont pas au nombre des éléments mentionnés aux 1° et 2° de l’article 1381.

Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l’impôt, au vu de l’instruction et compte tenu, le cas échéant, de l’abstention d’une des parties à produire les éléments qu’elle est seule en mesure d’apporter et qui ne sauraient être réclamés qu’à elle-même, d’apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l’assujettissement à l’impôt ou, le cas échéant, s’il remplit les conditions légales d’une exonération.

Il résulte de la facture de la société Lèbre datée du 10 juillet 2009, produite par la SAS Siale, et du marché de travaux conclu entre les deux sociétés qu’une somme totale de 18 500 euros hors taxe a été engagée par cette dernière pour l’isolation frigorifique et l’installation de panneaux isothermes dans le hall de plumaison. Cette immobilisation, compte tenu de ses caractéristiques, constitue un bien spécifiquement adapté à l’activité industrielle de l’établissement de la SAS Siale situé à la Séguinière.

La SAS Siale n’établit toutefois pas que les autres immobilisations qu’elle détaille dans son mémoire en réplique et celles qu’elle mentionne dans le tableau produit sous l’intitulé « Détail exclusions prix de revient » auraient dû être exonérées de taxe foncière sur les propriétés bâties en application du 11° de l’article 1382 du code général des impôts, ni d’ailleurs qu’elles seraient dissociables du bâtiment, celles-ci n’ayant pas soit été justifiées par la production de factures que la société requérante aurait été seule en mesure d’apporter, soit fait l’objet de factures suffisamment précises, en l’absence par ailleurs de tout élément permettant d’apprécier leur nature. Dans ces conditions, la SAS Siale n’est pas fondée à soutenir que ces immobilisations ont été incluses à tort dans ses bases d’imposition à la taxe foncière sur les propriétés bâties.

Il résulte de ce qui précède que la SAS Siale est seulement fondée à soutenir que l’immobilisation visée au point 5 doit être regardée comme un bien exonéré de taxe foncière sur les propriétés bâties en application des dispositions du 11° de l’article 1382 du code général des impôts. Par suite, elle est fondée à demander la réduction de sa cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l’année 2020 à raison de son établissement situé à la Seguinère, correspondant à l’exclusion de sa base d’imposition du montant de cette immobilisation, soit 18 500 euros.

Sur les frais liés au litige :

Il n’y a pas lieu de mettre à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie principalement perdante dans la présente instance, la somme que demande la SAS Siale en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :


Article 1er : La base d’imposition à la taxe foncière sur les propriétés bâties de la SAS Siale à raison de son établissement industriel situé à la Seguinière est réduite de 18 500 euros au titre de l’année 2020.

Article 2 : Il est accordé à la SAS Siale la réduction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l’année 2020 correspondant à la réduction de sa base d’imposition mentionnée à l’article 1er du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Siale et au directeur régional des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique.


Délibéré après l'audience du 19 février 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,
M. Barès, premier conseiller,
Mme Frelaut, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2026.


La rapporteure,

L. Frelaut
La présidente,

M.-P. Allio-Rousseau
La greffière,

M. A...



La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière.

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