vendredi 29 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2114197 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SCP SAIDJI & MOREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 décembre 2021 et complétée le 20 décembre 2021, Mme A B, représentée par la SCP Hautemaine Avocats, demande au juge des référés :
1°) de prescrire une expertise médicale judiciaire en vue de déterminer les préjudices qu'elle estime avoir subis à la suite de sa prise en charge médicale à compter du 22 août 2018 par le centre hospitalier du Mans ;
2°) de déclarer la décision à intervenir commune et opposable à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Sarthe.
Elle soutient que :
-elle a été hospitalisée le 22 août 2018 au centre hospitalier du Mans pour la réinsertion de son ligament latéral externe au niveau du pouce droit lésé à la suite d'une entorse du pouce dans le cadre d'un accident du travail, et son pouce droit a été immobilisé par un plâtre ;
-elle a ressenti des douleurs dès la pose de l'immobilisation ;
-à la consultation médicale du 30 octobre 2018, il a été relevé une complication à type neuroalgodystrophie qui n'a pas évolué de manière satisfaisante par la suite, y compris dans le cadre de la réadaptation fonctionnelle au centre de l'Arche ;
-elle garde toujours des séquelles fonctionnelles et psychologiques et n'a pas été en mesure de reprendre son activité professionnelle ;
-l'expertise sollicitée et utile dès lors qu'une erreur médicale a été commise et que la responsabilité de l'établissement hospitalier est engagée.
Par un mémoire, enregistré le 27 décembre 2021, la caisse primaire d'assurances maladie (CPAM) de la Loire-Atlantique, agissant au nom et pour le compte de la CPAM de la Sarthe, ne s'oppose pas à la demande d'expertise judiciaire.
Elle demande que l'expert lui transmette son pré-rapport afin de formuler ses observations.
Par un mémoire, enregistré le 27 décembre 2021, le centre hospitalier du Mans et la société hospitalière d'assurance mutuelle (SHAM), représentées par Me Meunier, demandent au juge des référés :
1°) de décerner acte aux protestations et réserves d'usage sur la mesure sollicitée sans toutefois s'opposer à la mesure d'expertise qui sera complétée selon leurs observations ;
2°) de compléter la mission d'expertise selon leurs observations ;
3°) que le relevé détaillé des débours soit communiqué par l'organisme social avant toute opération expertale.
Par un mémoire, enregistré le 24 mai 2022, l'Office National d'Indemnisation des Accidents Médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Saidji, demande au juge des référés de :
1°) prendre acte qu'il ne s'oppose pas à l'expertise sollicitée sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de sa mise en cause au regard des dispositions des articles L. 1142-1 et suivants du code de la santé publique ;
2°) compléter la mission d'expertise selon ses observations, comprenant notamment la dépôt, par l'expert d'un pré-rapport ;
3°) statuer ce que de droit sur les dépens.
Vu les pièces jointes à la requête.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, née le 9 février 1969, exerçant l'emploi d'auxiliaire de puériculture, a été admise le 22 août 2018 au centre hospitalier du Mans pour la réinsertion de son ligament latéral externe au niveau du pouce droit lésé à la suite d'une entorse du pouce dans le cadre d'un accident du travail. Après l'intervention, son pouce droit a été immobilisé par un plâtre. L'intéressée a cependant ressenti des douleurs dès la pose de l'immobilisation. Par la suite, lors de la consultation médicale du 30 octobre 2018, il a été relevé une complication à type neuroalgodystrophie. Mme B demande à présent au juge des référés la désignation d'un expert médical aux fins de déterminer si sa prise en charge médicale au centre hospitalier du Mans a été conforme aux règles et aux données acquises de la science médicale et d'évaluer les préjudices subis.
Sur la demande d'expertise médicale judiciaire :
2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction (). ".
3. Mme B soutient que, lors de l'intervention chirurgicale du 22 août 2018, pour la réinsertion du ligament latéral externe de son pouce droit, une erreur médicale a été commise et que la responsabilité de l'établissement hospitalier est susceptible d'être engagée. La mesure d'expertise médicale judiciaire demandée par Mme B revêt un caractère utile et entre ainsi dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
4. La mission d'expertise médicale judiciaire ordonnée sera effectuée au contradictoire de Mme B, du centre hospitalier du Mans, de la SHAM, de l'ONIAM et, en tant que de besoin, de la CPAM de la Loire-Atlantique, chaque partie pouvant désigner un médecin conseil pour assister aux opérations d'expertise.
Sur la demande du centre hospitalier du Mans et de la SHAM tendant à la communication du relevé des débours de la CPAM de la Loire-Atlantique :
5. La communication du relevé des débours de la CPAM de la Loire-Atlantique n'apparaît pas utile à la réalisation de l'expertise ordonnée. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du centre hospitalier du Mans et de la SHAM tendant à ce que l'expert désigné se fasse communiquer le relevé des débours de la CPAM de la Loire-Atlantique.
Sur la demande de la CPAM de la Loire-Atlantique et de l'ONIAM tendant à l'établissement par l'expert d'un projet de rapport :
6. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un projet de rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement de pré-conclusions ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il en résulte que les conclusions de la CPAM de la Loire-Atlantique et de l'ONIAM, tendant à ce que le juge des référés demande à l'expert de dresser un pré-rapport et de l'adresser à chacune des parties ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions tendant à ce que l'ordonnance soit déclarée commune et opposable à la caisse primaire d'assurance maladie :
7. Seuls peuvent se voir déclarer commun un jugement rendu par une juridiction administrative, les tiers dont les droits et obligations à l'égard des parties en cause pourraient donner lieu à un litige dont la juridiction saisie eût été compétente pour connaître et auxquels pourrait préjudicier ledit jugement dans des conditions leur ouvrant droit à former tierce-opposition à ce jugement. En l'espèce, la CPAM de la Loire-Atlantique, qui intervient pour le compte de la CPAM de la Sarthe, a été mise en cause par le tribunal dans le cadre de l'instruction de la requête et elle est, par suite, devenue partie à l'instance. Dès lors, les conclusions de la requérante tendant à ce que la présente ordonnance soit déclarée commune et opposable à la CPAM de la Loire-Atlantique sont sans objet et doivent être rejetées.
Sur les dépens :
8. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, il appartiendra au président de la juridiction, et non au juge des référés, de fixer par ordonnance les allocations provisionnelles à valoir sur les honoraires qui seront dus à l'expert, ainsi que les frais et honoraires d'expertise définitifs, et de désigner la partie qui en assumera la charge. Il s'ensuit que les conclusions présentées par l'ONIAM tendant à ce que le juge des référés statue sur les dépens de l'instance ne peuvent être accueillies.
O R D O N N E :
Article 1er : M. C D, chirurgien orthopédiste, spécialiste de la main, exerçant à l'Institut de la Main-Nantes Atlantique, avenue Claude Bernard à Saint Herblain (44800), est désigné en qualité d'expert.
Il aura pour mission :
1° Se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme A B et notamment tous documents relatifs aux examens, soins et interventions pratiqués sur l'intéressée au cours de son admission au centre hospitalier du Mans, à compter du 22 août 2018, et prendre connaissance de son entier dossier médical se rapportant à la blessure du pouce de sa main droite ;
2° Procéder à l'examen de Mme B et rappeler son état de santé antérieur ;
3° Décrire les conditions dans lesquelles Mme B a été hospitalisée et soignée, à compter du 22 août 2018, au centre hospitalier du Mans ;
4° Préciser les examens, les interventions chirurgicales intervenues, les soins prodigués et les complications survenues ;
5° Dire si les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science médicale ;
6° Réunir tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, manquements ou négligences ont été commis dans l'établissement du diagnostic, en précisant si ce diagnostic présentait, en l'espèce, des difficultés particulières, ou dans l'accomplissement des soins, ainsi, éventuellement, que dans le fonctionnement ou l'organisation du service du centre hospitalier du Mans ;
7° Se prononcer sur l'origine de la complication constatée à la suite de la prise en charge du 22 août 2018, en distinguant, le cas échéant les causes qui ne seraient pas imputables à la prise en charge hospitalière au centre hospitalier du Mans et indiquer la part imputable à chacune d'entre elles ;
8° Indiquer si Mme B conserve des séquelles de cette complication ; dans l'affirmative, déterminer si ces séquelles présentent un lien de causalité direct et certain avec la prise en charge médicale au sein de l'établissement hospitalier et dire si ce lien de causalité est exclusif ou si d'autres actes ont pu contribuer aux séquelles constatées et indiquer la part imputable à chacun de ces actes ;
9° Indiquer si l'état de santé de la patiente a pu favoriser ou contribuer à la survenue de la ou des complication(s) et/ou la gravité des conséquences dommageables ;
10° Dire si l'on est en présence de conséquences anormales et, le cas échéant, si celles-ci étaient, au regard de l'état de la personne comme de l'évolution de cet état, probables, attendues ou encore redoutées ; dans l'affirmative, indiquer la fréquence d'un tel accident en général et la fréquence attendue chez la patiente ; déterminer les conséquences probables de la pathologie présentée en l'absence de traitement ; déterminer si ces conséquences anormales sont imputables en totalité ou partiellement à l'acte chirurgical pratiqué le 22 août 2018 ;
11° Déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée à la patiente ou à ses représentants légaux sur les risques des actes médicaux subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;
12° Dire si l'état de santé de Mme B est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ;
13° Dans l'hypothèse où l'état de santé de Mme B ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressée devra à nouveau être examinée ;
14° Décrire la nature et l'étendue des éventuelles séquelles gardées par Mme B et évaluer le déficit fonctionnel temporaire et permanent en résultant en distinguant la part due à la pathologie initiale, de celle imputable, le cas échéant, à un manquement du centre hospitalier ;
15° Indiquer si le manquement éventuellement constaté a fait perdre à Mme B une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader ; chiffrer la perte de chance (pourcentage ou coefficient) ;
16° Dégager, en les spécifiant, les éléments propres à justifier une indemnisation au titre de la douleur et du préjudice esthétique (temporaire et/ou permanent), en les qualifiant selon l'échelle : très léger, léger, modéré, moyen, assez important, important ou très important ;
17° Se prononcer, le cas échéant, sur la nécessité d'avoir recours à une tierce personne, la qualification requise et la durée de l'intervention ;
18° Se prononcer sur la nécessité de soins médicaux, paramédicaux, d'appareillage ou de prothèse, après consolidation, pour éviter une aggravation de l'état séquellaire ; justifier l'imputabilité des soins aux complications en cause en précisant s'il s'agit de frais occasionnels, c'est-à-dire limités dans le temps, ou de frais viagers, c'est-à-dire engagés la vie durant ;
19° Dire si l'état de santé de Mme B est susceptible de modifications en aggravation ou en amélioration et, dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution et son degré de probabilité.
Article 2 : L'expert, pour l'accomplissement de sa mission, pourra entendre tout responsable et membre du personnel du service hospitalier ayant prescrit ou donné des soins à Mme B.
Article 3 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par le juge des référés.
Article 4 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 5 : L'expert déposera au greffe un exemplaire papier de son rapport et un exemplaire par voie dématérialisée avant le 31 janvier 2023, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle il joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours.
Article 6 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par le président du Tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au centre hospitalier du Mans, à la SHAM, à la CPAM de la Loire-Atlantique, à la CPAM de la Sarthe à l'ONIAM, et à M. D, expert.
Fait à Nantes, le 29 juillet 2022.
La juge des référés,
F. SPECHT
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026