jeudi 27 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2114377 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SARL ANTIGONE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 décembre 2021, Mme B C, représentée par la SARL Antigone, demande au juge des référés :
1°) statuant sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner le centre hospitalier universitaire de Nantes à lui verser à titre de provision la somme de 33 711 euros ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Nantes la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la créance dont elle se prévaut n'est pas sérieusement contestable dans son principe comme dans son montant ; en effet, la responsabilité sans faute de l'administration fondée sur le risque professionnel est engagée à raison des conséquences dommageables de la maladie contractée en service qui a été reconnue comme ayant un caractère professionnel par une décision du 8 janvier 2018 ; la consolidation de son état de santé a été fixée au 30 avril 2019 et le taux d'incapacité partielle permanente y afférente a été fixé à 8 %, tandis que les soins et arrêts de travail successifs qui en résultent ont été regardés imputables au service ; le rapport de l'expertise médicale ordonnée par le juge des référés atteste du caractère non contestable de l'obligation de réparation de la totalité des préjudices extrapatrimoniaux découlant de la lombosciatique droite par hernie discale L4-L5 L5-S1 dont elle souffre ; le déficit fonctionnel permanent doit être évalué à 14 400 euros ; le déficit fonctionnel temporaire doit être évalué à 7 311 euros ; les souffrances endurées doivent être évaluées à 6 000 euros ; le préjudice esthétique s'élève à 6 000 euros ; les autres chefs de préjudice sont susceptibles d'être discutées et seront réclamés dans le cadre de l'instance au fond.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 septembre 2022, le centre hospitalier universitaire de Nantes, représenté par la SELARL Houdart et associés, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que le montant de la condamnation susceptible d'être prononcée n'excède pas ce qui procède d'une obligation non sérieusement contestable et, en tout état de cause, à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la créance invoquée est contestable dans son principe comme dans son montant ; en effet, la requête est irrecevable, dès lors qu'elle est tardive ; les demandes de l'agent sont excessives dans leur quantum.
Le président du tribunal a désigné M. Cantié, vice-président, pour statuer sur les demandes en référé.
Vu :
- l'ordonnance n° 1912117 du 10 janvier 2020 par laquelle le juge des référés a prescrit une expertise à la demande de Mme C ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code des pensions civiles et militaires ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. () ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.
2. Mme C, auxiliaire de puériculture au sein du centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes, demande au juge des référés de condamner son employeur à lui verser une provision de 33 711 euros au titre de la réparation de certains des préjudices extrapatrimoniaux résultant de la lombosciatique droite par hernie discale L4-L5, L5-S1 dont elle souffre et qui a été reconnue comme ayant le caractère d'une maladie professionnelle par une décision du 8 janvier 2018 du directeur général de l'établissement.
Sur la fin de non-recevoir :
3. S'il résulte des dispositions citées au point 1 que le juge des référés peut accorder au demandeur une provision même en l'absence d'une demande au fond, celles-ci n'ont pas pour objet de conférer un caractère autonome à la demande de provision lorsqu'une demande au fond est également formée. Dès lors, le CHU de Nantes, qui a au demeurant admis que le recours indemnitaire au fond présenté par Mme C a été présentée dans le délai de recours contentieux de deux mois courant à compter de la date à laquelle est née la décision implicite portant rejet de la réclamation indemnitaire préalable formée par lettre du conseil de l'intéressée datée du 2 mars 2021, n'est pas fondé à opposer la tardiveté de la présente requête.
Sur l'octroi d'une provision :
4. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente viagère d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Ces dispositions déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font en revanche pas obstacle à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice.
5. En application de ces principes, la responsabilité sans faute du CHU de Nantes est engagée, ainsi qu'il l'a admis dans ses écritures en défense, à raison des conséquences dommageables de la maladie imputable au service dont est atteinte Mme C, qui est fondée à se prévaloir vis-à-vis de son employeur d'une créance non sérieusement contestable dans son principe à raison de l'obligation de réparer certains des préjudices extrapatrimoniaux trouvant leur origine directe dans cette pathologie.
6. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expertise médicale réalisée par le Dr A, mandaté par le juge des référés, que Mme C a subi un déficit fonctionnel temporaire total du 18 au 22 avril 2017 en raison de son hospitalisation, ainsi qu'un déficit fonctionnel temporaire partiel sur la période du 11 octobre 2016 au 30 avril 2019, date non contestée de consolidation de son état de santé, évalué à 50 % durant près de 100 jours, à 20 % durant près de 750 jours et à 10 % durant près de 480 jours. Il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence en ayant résulté pour Mme C en fixant à 4 000 euros la fraction qui n'apparait pas sérieusement contestable de la somme permettant d'en assurer une réparation intégrale.
7. L'instruction a par ailleurs établi que Mme C subit un déficit fonctionnel permanent dont le taux est de 8 %. Compte tenu de l'âge de l'intéressée à la date de la consolidation de son état de santé, soit 42 ans, il sera fait une juste appréciation du préjudice qui en découle en allouant à celle-ci la somme provisionnelle de 12 000 euros à ce titre.
8. Il résulte en outre de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire, que Mme C a enduré des souffrances estimées sur une échelle d'évaluation littérale à " modéré " par l'expert judiciaire. Il sera fait une juste appréciation de ces souffrances en évaluant à 4 000 euros la fraction non sérieusement contestable de la somme destinée à les réparer.
9. Enfin, Il résulte de l'instruction, et notamment des conclusions de l'expert, que la pathologie de Mme C est à l'origine d'un préjudice esthétique évalué à " léger ". En l'état du dossier, il y a lieu d'accorder à l'intéressée une provision d'un montant de 2 000 euros au titre de ce chef de préjudice.
10. Il résulte de ce qui précède que le montant de la provision résultant de l'obligation à la charge du CHU de Nantes qui revêt un caractère de certitude suffisant doit être fixée à 22 000 euros. Par suite, il y a lieu de condamner le CHU de Nantes à verser cette somme à Mme C à titre provisionnel.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de Mme C qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHU de Nantes le versement à Mme C de la somme de 1 500 euros au titre de ces dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : Le CHU de Nantes est condamné à verser à Mme C la somme provisionnelle de 22 000 euros.
Article 2 : Le CHU de Nantes versera à Mme C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C et au centre hospitalier universitaire de Nantes.
Fait à Nantes, le 27 avril 2023.
Le juge des référés,
C. CANTIE
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
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01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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