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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114467

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114467

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114467
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL CORNET VINCENT SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 décembre 2021, Mme C A, représentée par la SARL Antigone, demande au juge des référés :

1°) statuant sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Le Bois Fleuri de Nort-sur-Erdre à lui verser à titre de provision la somme de 62 798 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Le Bois Fleuri de Nort-sur-Erdre la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la créance dont elle se prévaut n'est pas sérieusement contestable dans son principe comme dans son montant ; en effet, la responsabilité sans faute de l'administration fondée sur le risque professionnel est engagée à raison des conséquences dommageables des maladies contractées en service qui ont été reconnues comme ayant un caractère professionnel ; son taux d'incapacité partielle permanente a été évalué par l'expert à 12 % pour l'épaule gauche et 15 % pour l'épaule droite, soit 25,20 % au total en application de la règle de Balthazar ; le rapport de l'expertise médicale ordonnée par le juge des référés atteste du caractère non contestable de l'obligation de réparation de la totalité des préjudices extrapatrimoniaux découlant des maladies dont elle est atteinte ; le déficit fonctionnel permanent doit être évalué à 53 928 euros ; le déficit fonctionnel temporaire doit être évalué à 1 839 euros ; les souffrances endurées doivent être évaluées à 5 500 euros ; le préjudice esthétique s'élève à 1 500 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2022, l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Le Bois Fleuri de Nort-sur-Erdre, représenté par la SELARL d'avocats interbarreaux CVS, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la créance invoquée est contestable dans son principe comme dans son montant ; le fait que l'expert ait évalué les préjudices de l'agent ne suffit pas à justifier du bien-fondé de la demande ; les prétentions de l'agent sont excessives dans leur quantum.

Le président du tribunal a désigné M. Cantié, vice-président, pour statuer sur les demandes en référé.

Vu :

- l'ordonnance n° 1911946 du 9 mars 2020 par laquelle le juge des référés a prescrit une expertise à la demande de Mme A ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code des pensions civiles et militaires ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. () ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.

2. Mme A, qui a exercé les fonctions d'infirmière au sein de l'EHPAD Le Bois Fleuri à Nort-Sur-Erdre jusqu'à son placement à la retraite le 1er novembre 2017, demande au juge des référés de condamner cet établissement public à lui verser une provision de 62 798 euros au titre de la réparation des préjudices extrapatrimoniaux résultant des pathologies affectant ses épaules gauche et droite qui ont été reconnues comme ayant le caractère de maladies professionnelles par une décision du 1er juillet 2005 de la directrice de cet établissement.

Sur l'octroi d'une provision :

3. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente viagère d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Ces dispositions déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font en revanche pas obstacle à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice.

4. En application de ces principes, la responsabilité sans faute de l'EHPAD Le Bois Fleuri est engagée à raison des conséquences dommageables des maladies imputables au service dont est atteinte Mme A, qui est fondée à se prévaloir vis-à-vis de son employeur d'une créance non sérieusement contestable dans son principe à raison de l'obligation de réparer les préjudices extrapatrimoniaux trouvant leur origine directe dans cette pathologie.

5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire dressé le 13 juin 2020 par le Dr B, que Mme A a subi un déficit fonctionnel temporaire total d'une journée en raison de son hospitalisation le 1er juin 2015 concernant son épaule droite, ainsi qu'un déficit fonctionnel temporaire partiel sur la période du 20 juillet 2012 au 1er novembre 2015, date de la consolidation de son état de santé s'agissant de son épaule droite, et au 1er juin 2016, date de la consolidation de son état de santé s'agissant de son épaule gauche, évalué à 25 % durant près de 40 jours et à 10 % durant près de 800 jours. Il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence en ayant résulté pour Mme A en fixant à 1 500 euros la fraction qui n'apparait pas sérieusement contestable de la somme permettant d'en assurer une réparation intégrale.

6. L'instruction a par ailleurs établi que Mme A subit un déficit fonctionnel permanent dont le taux global est de 25,20 %. Compte tenu de l'âge de l'intéressée, née le 23 juin 1960, à la date de la consolidation de son état de santé pour chacune des pathologies en cause, il sera fait une juste appréciation du préjudice qui en découle en allouant à celle-ci la somme provisionnelle de 38 000 euros à ce titre.

7. Il résulte en outre de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire, que Mme A a enduré des souffrances estimées à 2 sur une échelle d'évaluation chiffrée de 0 à 7 par l'expert judiciaire. Il sera fait une juste appréciation des souffrances strictement imputables aux maladies professionnelles dont elle est atteinte en évaluant à 1 800 euros la fraction non sérieusement contestable de la somme destinée à les réparer.

8. Enfin, Il résulte de l'instruction, et notamment des conclusions de l'expert, que la pathologie de Mme A est à l'origine d'un préjudice esthétique évalué à 0,5 sur une échelle de 0 à 7. En l'état du dossier, il y a lieu d'accorder à l'intéressée une provision d'un montant de 500 euros au titre de ce chef de préjudice.

9. Il résulte de ce qui précède que le montant de la provision résultant de l'obligation à la charge de l'EHPAD Le Bois Fleuri qui revêt un caractère de certitude suffisant doit être fixée à 41 800 euros. Par suite, il y a lieu de condamner l'EHPAD Le Bois Fleuri à verser cette somme à Mme A à titre provisionnel.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de Mme A qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'EHPAD Le Bois Fleuri le versement à Mme A de la somme de 1 500 euros au titre de ces dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : L'EHPAD Le Bois Fleuri est condamné à verser à Mme A la somme provisionnelle de 41 800 euros.

Article 2 : L'EHPAD Le Bois Fleuri versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A et à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Le Bois Fleuri de Nort-sur-Erdre.

Fait à Nantes, le 27 avril 2023.

Le juge des référés,

C. CANTIE

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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