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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200233

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200233

mercredi 20 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200233
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL BIROT - MICHAUD - RAVAUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

E une requête, enregistrée le 10 janvier 2022, M. D A, représenté E Me Dupuy, demande au juge des référés de :

1°) prescrire une expertise médicale judiciaire complémentaire, après deux précédentes expertises médicales judiciaires, en vue de déterminer les préjudices définitifs qu'il estime avoir subis à la suite de l'intervention chirurgicale sur son genou gauche effectuée le 15 mars 2018 au centre hospitalier du Mans ;

2°) désigner un expert avec la mission indiquée dans ses conclusions ;

3°) déclarer la décision à intervenir commune et opposable à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Sarthe.

M. A soutient que :

-il a été victime d'un accident de travail le 26 octobre 2017 en chutant dans les escaliers du domicile de l'un de ses clients ;

-l'IRM pratiquée le 14 décembre 2017 au centre hospitalier du Mans a révélé une fissuration du ménisque médial d'origine traumatique ;

-une arthroscopie a été réalisée le 15 mars 2018 et lors de cette intervention, il estime avoir subi une faute technique lors de la rachianesthésie ;

-il a de nouveau été opéré le 26 mars 2019 pour examen du genou gauche sous anesthésie générale ;

-le médecin du travail l'a déclaré inapte à son poste de travail et l'a orienté vers un travail en position assise ;

-deux expertises amiables ont été effectuées le 19 novembre 2018 à la demande de la compagnie d'assurances Matmut, puis le 11 décembre 2018 à la demande de la compagnie d'assurances Pacifica ;

-l'évolution de la pathologie méniscale post-traumatique s'est compliquée d'une algoneurodystrophie ;

-E les ordonnances du juge des référés rendues les 24 juin 2019 et 30 novembre 2020, le docteur B a été désigné en qualité d'expert médical judiciaire aux fins de procéder à son examen médical ;

-l'expert médical a déposé ses rapports d'expertise les 11 décembre 2019 et 6 avril 2021 au greffe du tribunal et a conclu que son état de santé n'était pas consolidé ;

- dans ces conditions, la demande d'expertise est utile.

E un mémoire, enregistré le 17 janvier 2022, l'Office National d'Indemnisation des Accidents Médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes (ONIAM), représenté E Me Ravaut, demande au juge des référés de :

1°) lui donner acte de ses protestations et réserves tant sur le bien-fondé de sa mise en cause que sur la mesure d'expertise sollicitée dont la mission sera complétée selon ses observations ;

2°) dire que l'expert rédigera un pré-rapport qui sera transmis aux parties ;

3°) réserver les dépens.

La procédure a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de la Sarthe et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique, intervenant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie de la Sarthe qui n'a pas présenté de mémoire dans le délai imparti.

Vu :

- les ordonnances n°1904298 du 24 juin 2019 et n°2005701 du 30 novembre 2020 désignant M. C B pour procéder à l'expertise médicale de M. A ;

- les rapports d'expertise déposés les 11 décembre 2019 et 6 avril 2021 ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, né le 2 mai 1989, salarié d'une entreprise privée, a été victime d'un accident de travail le 26 octobre 2017 en chutant dans des escaliers. Une entorse du genou a été diagnostiquée. A la suite de la persistance des douleurs et de sensations de blocage malgré les séances de rééducation, M. A a subi le 15 mars 2018 une arthroscopie nécessitant une rachianesthésie. Depuis lors, l'importance des problèmes liés au genou, ménisque et quadriceps de M. A l'ont empêché de reprendre son activité professionnelle. Une première expertise médicale judiciaire a été ordonnée E une ordonnance n°1904298 du 24 juin 2019 E le juge des référés du présent Tribunal et confiée au docteur B. Ce dernier a procédé le 9 septembre 2019 à l'expertise de M. A et a remis son rapport d'expertise au greffe du tribunal le 8 janvier 2020. L'expert a alors relevé que M. A conservait des séquelles neurologiques motrices, dont la cause n'est pas imputable à un manquement du centre hopsitalier du Mans dans la prise en charge de l'entorse initiale du genou. Une deuxième expertise médicale judiciaire a été ordonnée E une ordonnance n°2005701 du 30 novembre 2020 E le juge des référés du présent Tribunal et confiée au même expert. Ce dernier a procédé le 31 mars 2021 à l'expertise de M. A et a remis son rapport d'expertise au greffe du tribunal le 6 avril 2021, dans lequel il indique que les séquelles neurologiques motrices ne sont pas consolidées. E la présente requête, M. A demande au juge des référés de prescrire une troisième expertise médicale judiciaire aux fins d'évaluer l'ensemble de ses chefs de préjudices qu'il estime avoir subis.

Sur la demande d'expertise médicale judiciaire complémentaire :

2.Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction (). ".

3. Il résulte de la présente instruction qu'à la date de dépôt du rapport d'expertise le 6 avril 2021, l'expert a indiqué que la consolidation de l'état de santé de M. A ne serait pas acquise avant la fin de l'année 2021. En outre, M. A estime que l'indemnisation incombe à l'ONIAM au titre de la solidarité nationale dès lors, notamment, que les séquelles qu'il conserve remplissent les conditions de gravité prévues E les dispositions de l'article D. 1142-1 du code de la santé publique. E suite, l'expertise demandée présente un carcatère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

4. La mission d'expertise médicale judiciaire complémentaire sera effectuée au contradictoire de M. A, de l'ONIAM, et, en tant que de besoin, de la CPAM de la Loire-Atlantique, chaque partie pouvant désigner un médecin conseil pour assister aux opérations d'expertise.

Sur la demande de l'ONIAM tendant à l'établissement E l'expert d'un pré-rapport :

5. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir une note de synthèse ou un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement de pré-conclusions ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il en résulte que les conclusions de l'ONIAM tendant à ce que l'expert dresse un pré-rapport et l'adresse à chacune des parties, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à ce que l'ordonnance soit déclarée commune et opposable à la caisse primaire d'assurance maladie :

6. Seuls peuvent se voir déclarer commun un jugement rendu E une juridiction administrative, les tiers dont les droits et obligations à l'égard des parties en cause pourraient donner lieu à un litige dont la juridiction saisie eût été compétente pour connaître et auxquels pourrait préjudicier ledit jugement dans des conditions leur ouvrant droit à former tierce-opposition à ce jugement. En l'espèce, la CPAM de la Loire-Atlantique, qui intervient pour le compte de la CAPM de la Sarthe, a été mise en cause E le tribunal dans le cadre de l'instruction de la requête et elle est, E suite, devenue partie à l'instance. Dès lors, les conclusions du requérant tendant à ce que la présente ordonnance lui soit déclarée commune et opposable sont sans objet et doivent être rejetées.

Sur la charge des frais d'expertise :

7. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, il appartiendra au président de la juridiction, et non au juge des référés, de fixer E ordonnance les allocations provisionnelles à valoir sur les honoraires qui seront dus à l'expert, ainsi que les frais et honoraires d'expertise définitifs, et de désigner la partie qui en assumera la charge. Il s'ensuit que les conclusions présentées E l'ONIAM tendant à ce que les dépens de l'instance soient réservés ne peuvent être accueillies.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C B, médecin spécialisé en chirurgie orthopédique, demeurant 43 rue Liancourt à Paris (75014), est désigné en qualité d'expert.

Il aura pour mission de :

1° Se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. A et notamment tous documents relatifs aux examens, soins et interventions pratiqués sur l'intéressé, notamment depuis les deux premières expertises médicales judiciaires effectuées les 9 septembre 2019 et 31 mars 2021 E l'expert, et prendre connaissance de son entier dossier médical s'y rapportant ;

2° Rappeler la nature des séquelles conservées E M. A à la suite de la prise en charge de l'entorse du genou gauche, leur cause, et l'existence éventuelle d'un manquement du centre hospitalier du Mans dans la prise en charge de la pathologie ;

3° En l'absence de manquement dans la prise en charge de M. A E le centre hospitalier du Mans à compter du 26 octobre 2017, indiquer si l'on est en présence de conséquences anormales et, le cas échéant, si celles-ci étaient, au regard de l'état de la personne comme de l'évolution de cet état, probables, attendues ou encore redoutées ; dans l'affirmative, indiquer la fréquence d'un tel accident en général et la fréquence attendu chez le patient ; déterminer les conséquences probables de la pathologie présentée en l'absence de prise en charge ;

4° Dire si l'état de santé de M. A est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ;

5° Dans l'hypothèse où l'état de santé de M. A ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressé devra à nouveau être examiné ;

6° Décrire la nature et l'étendue des éventuelles séquelles gardées E M. A, directement imputables à la complication identifiée et évaluer le déficit fonctionnel temporaire depuis la précédente expertise médicale judiciaire de M. A et le déficit fonctionnel permanent en résultant ;

7° Dégager, en les spécifiant les éléments propres à justifier une indemnisation au titre des souffrances endurées et du préjudice esthétique en ce qui concerne les lésions non consolidées (temporaire et/ou permanent), en les qualifiant selon l'échelle, très léger, léger, modéré, moyen, assez important, important ou très important ;

8° Se prononcer sur l'existence d'un préjudice professionnel et d'agrément ; le cas échéant, évaluer leur importance ;

9° Se prononcer, le cas échéant, sur la nécessité d'avoir recours à une tierce personne, la qualification requise et la durée de l'intervention ;

10° Se prononcer sur la nécessité de soins médicaux, paramédicaux, d'appareillage ou de prothèse, après consolidation, pour éviter une aggravation de l'état séquellaire ; justifier l'imputabilité des soins aux complications en cause en précisant s'il s'agit de frais occasionnels, c'est-à-dire limités dans le temps, ou de frais viagers, c'est-à-dire engagés la vie durant ;

11° Dire si l'état de santé de M. A est susceptible de modifications en aggravation ou en amélioration et, dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution et son degré de probabilité.

Article 2 : L'expert, pour l'accomplissement de sa mission, se fera communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. A et notamment tous documents relatifs aux examens, soins et interventions pratiqués sur l'intéressé au cours de son hospitalisation ; pour l'accomplissement de sa mission, il pourra entendre tout responsable et membre du personnel du service hospitalier ayant prescrit ou donné des soins à M. A.

Article 3 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues E les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, se faire assister E un sapiteur préalablement désigné E le juge des référés.

Article 4 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative et les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre M. A, l'ONIAM, et la CPAM de la Loire-Atlantique.

Article 5 : L'expert déposera au greffe un exemplaire papier et un exemplaire E voie dématérialisée avant le 31 janvier 2023, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle il joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement E le président du Tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A, à l'ONIAM, à la CPAM de la Sarthe, à la CPAM de la Loire-Atlantique, et à M. C B, expert.

Fait à Nantes, le 20 juillet 2022.

La juge des référés,

F. SPECHT

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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