mardi 19 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2200681 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | RODRIGUES DEVESAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 janvier 2022, M. D E A et Mme C B, représentés par Me Rodrigues Devesas, demandent au tribunal :
1°) de déclarer l'Etat responsable des conséquences dommageables du refus illégal de délivrer un visa d'établissement à M. A en qualité de conjoint de ressortissante française ;
2°) de condamner l'Etat à verser à ce titre la somme de 4 000 euros à M. A et la somme de 6 414 euros à Mme B ;
3°) d'assortir le montant des condamnations des intérêts au taux légal à compter de leur demande préalable et de la capitalisation des intérêts échus ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la faute procédant de l'illégalité du refus de visa dont l'annulation a été prononcée par le jugement n°2000824 en date du 23 juin 2020 du tribunal administratif de Nantes est de nature à engager, à leur égard, la responsabilité de l'Etat ;
- Mme B a subi un préjudice matériel s'élevant à 2 414 euros, ainsi qu'un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qui doivent être évalués à 4 000 euros ;
- M. A a subi un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qui doivent être évalués à 4 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 août 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les préjudices allégués ne sont pas établis.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Barès a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien, et son épouse, Mme B, ressortissante française, demandent au tribunal de condamner l'Etat à réparer les préjudices résultant de la faute procédant de l'illégalité de la décision du 6 décembre 2019 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé le refus opposé le 12 septembre 2019 par l'autorité consulaire française à Oran (Algérie) à la demande tendant à la délivrance d'un visa d'établissement à M. A en qualité de conjoint de ressortissante française.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. Il résulte de l'instruction que, par un jugement n° 2000824 du 23 juin 2020, devenu définitif, le tribunal administratif de Nantes a annulé la décision précitée de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France pour erreur d'appréciation de l'intention matrimoniale des époux A et pour atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, et a enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer à M. A un visa d'établissement dans un délai de deux mois. L'illégalité du refus opposé à la demande de visa est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat à l'égard de M. A et Mme B.
3. Il résulte de l'instruction que le visa sollicité par M. A le 12 septembre 2019 lui a été délivré le 23 août 2020 en exécution du jugement précité. La faute en cause a donc eu pour effet de prolonger pendant une période de plus de onze mois la séparation des intéressés. A cet égard, les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir d'un premier refus de visa en date du 25 novembre 2018, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier qu'ils n'ont pas contesté la décision confirmative de la commission de recours et que leur mariage n'a été transcrit sur les registres de l'état civil français que le 13 juin 2019. Eu égard à la durée de séparation qui doit être retenue, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qui ont résulté pour M. A et Mme B de la faute imputable à l'Etat, en fixant à 500 euros chacun la somme destinée à en assurer la réparation. La production d'un certificat médical, au demeurant imprécis, établi le 4 septembre 2020 par son médecin traitant n'est pas de nature à permettre à Mme B d'établir qu'elle souffrirait d'un trouble anxiodépressif lié à la seule séparation d'avec son époux.
4. Par ailleurs, en se bornant à produire des factures de voyages en Algérie effectués par Mme B avant le refus de visa opposé à M. A le 12 septembre 2019, les requérants n'établissent pas l'existence d'un préjudice matériel en lien avec la faute de l'Etat. Enfin, si Mme B se prévaut d'une facture de 900 euros établie le 24 septembre 2019 par un avocat pour la représenter dans le cadre de son recours administratif préalable obligatoire devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, outre qu'il ne résulte d'aucun texte que l'assistance d'un conseil serait obligatoire, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à se prévaloir de l'existence d'un préjudice matériel à ce titre.
5. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser à M. A et Mme B, pris ensemble, la somme de 1 000 euros.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
6. Les requérants peuvent prétendre à ce que la somme précitée soit assortie, comme ils le demandent, des intérêts au taux légal à compter de la date à laquelle l'administration a réceptionné leur demande indemnitaire préalable, soit le 2 février 2021.
7. La capitalisation des intérêts a été demandée par les requérants dans leur requête enregistrée le 18 janvier 2022. Dès lors, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 2 février 2022, date à laquelle, pour la première fois, les intérêts étaient dus pour une année entière, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Mme B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que
Me Rodrigues-Devesas, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à
Me Rodrigues-Devesas à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A et à Mme B, pris ensemble, la somme de 1 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 2 février 2021. Les intérêts échus à la date du 2 février 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'Etat versera à Me Rodrigues-Devesas, avocate de Mme B, la somme de 1 200 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A et Mme B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D E A, à Mme C B, à Me Rodrigues-Devesas et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 29 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cantié, président,
M. Barès, premier conseiller,
M. Delohen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.
Le rapporteur,
M. BARÈS
Le président,
C. CANTIÉ
La greffière,
C. DUMONTEIL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
C. DUMONTEIL
No 2200681
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026