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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2202998

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2202998

mardi 15 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2202998
TypeDécision
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSENAH

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 8 mars 2022 sous le n° 2202998, M. F A, représenté par Me Senah, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de l'autorité consulaire française à Dakar rejetant sa demande de délivrance d'un visa d'entrée en France au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre à l'administration de délivrer le visa sollicité dans un délai de trois jours suivant la notification du jugement à venir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi qu'une somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision consulaire est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a bien été déclaré auprès de l'OFPRA comme étant membre de la famille d'un réfugié ou bénéficiaire de la protection subsidiaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 8 mars 2022 sous le n° 2202999, M. C A, représenté par Me Senah, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de l'autorité consulaire française à Dakar rejetant sa demande de délivrance d'un visa d'entrée en France au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre à l'administration de délivrer le visa sollicité dans un délai de trois jours suivant la notification du jugement à venir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi qu'une somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision consulaire est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a bien été déclaré auprès de l'OFPRA comme étant membre de la famille d'un réfugié ou bénéficiaire de la protection subsidiaire.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 août 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens du requérant sont dépourvus de fondement.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F A et M. C A se présentent comme étant jumeaux, nés en 2002 et de nationalité mauritanienne. Par leurs requêtes n° 2202998 et 2202999, MM. A demandent au tribunal d'annuler les deux décisions du 27 avril 2021 par lesquelles l'autorité consulaire française à Dakar a rejeté leur demande de délivrance d'un visa de long séjour au titre de la réunification familiale.

2. Les requêtes nos 2202998 et 2202999 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Il résulte de ces dispositions que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, les décisions implicites de cette commission, qui a accusé réception des recours formés par MM. A le 12 novembre 2021, se sont substituées aux décisions des autorités consulaires françaises à Dakar du 27 avril 2021. Les conclusions des requêtes doivent donc être regardées comme dirigées contre les décisions de la commission de recours.

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ". L'article L. 232-4 du même code précise cependant que : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ".

5. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que le moyen, présenté à l'appui de chacune des requêtes, tiré de l'insuffisance de motivation des décisions consulaires, est sans incidence sur la légalité des décisions implicites de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. Ces moyens doivent donc être écartés comme inopérants.

6. Il ressort des écritures du ministre de l'intérieur en défense que les décisions implicites de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sont fondées sur le caractère non établi de l'identité, et partant de la filiation, de MM. A avec M. B A, ressortissant mauritanien à qui la qualité de réfugié a été reconnue, et Mme G A.

7. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur depuis le 1er mai 2021 : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ". L'article L. 561-5 du même code dispose : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. ".

8. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Cet article, dans sa rédaction applicable au litige, dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

9. Le ministre relève que, si les intéressés se déclarent mauritaniens, ils produisent des actes d'état civil sénégalais et ont présenté des passeports indiquant une nationalité sénégalaise. Il ajoute que les actes de naissance produits sont dépourvus de force probante car ils ont été dressés en dehors du délai légal d'un mois suivant la naissance, sans qu'il soit établi que les formalités prévues dans ce cas aient été respectées et sans qu'apparaisse la numérotation obligatoire pour une déclaration tardive. Le ministre ajoute que M. B A, dont les requérants soutiennent qu'il est leur père, a déclaré à l'OFPRA, dans le cadre d'une précédente procédure de réunification familiale ayant permis de faire venir son épouse et ses enfants, l'existence de cinq enfants, nés entre 1986 et 2007, sans faire mention des deux requérants.

10. Il ressort des pièces du dossier que MM. A, qui se présentent comme étant de nationalité mauritanienne, sont détenteurs de passeports sur lesquels figurent les noms, prénoms et date de naissance indiqués dans leurs requêtes mais faisant apparaître que les intéressés sont de nationalité sénégalaise. Les actes de naissance des demandeurs, joints au mémoire en défense du ministre apparaissent comme ayant été émis au mois de mars 2020 par un officier d'état civil de la commune d'Orkadière au Sénégal.

11. Par ailleurs, il ressort de l'article 51 du code de la famille sénégalais dont le ministre produit des extraits que : " Toute naissance doit être déclarée à l'officier de l'état civil dans le délai franc d'un mois. () " et que, lorsque ce délai est dépassé " l'officier de l'état civil peut néanmoins en recevoir une déclaration tardive pendant le délai d'une année à compter de la naissance à condition que le déclarant produise à l'appui de sa déclaration un certificat émanant d'un médecin ou d'une sage-femme ou qu'il fasse attester la naissance par deux témoins majeurs. ". Le code précise que, dans ce cas : " en tête de l'acte dressé tardivement doit être mentionné " inscription de déclaration tardive ". Or, si cette dernière mention apparaît en écriture manuscrite en en-tête des deux actes de naissance, les requérants ne justifient pas du certificat produit par la personne ayant déclaré leur naissance dans les conditions énoncées à l'article 51 précité.

12. Enfin, si les actes de naissance des requérants portent les noms de M. B A et de Mme E A qu'ils désignent comme le père et la mère des nouveau-nés, il ressort d'une note de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 16 décembre 2014 que M. B A, dont le ministre explique qu'il a obtenu le statut de réfugié après être entrée en France en 1999, a sollicité le bénéfice de la réunification familiale afin d'être rejoint en France par son épouse, Mme E A et leurs cinq enfants parmi lesquelles les noms de Babacar A et d'Abdoul A ne figurent pas. La circonstance, ressortant d'une note de l'OFPRA du 23 mars 2021, que Mme E A ait ensuite déclaré être également la mère de MM. Babacar et Abdoul A ne peut suffire, en l'absence de continuité des déclarations du couple et eu égard au caractère isolé de cet élément de preuve, à établir la filiation des intéressés par possession d'état.

13. Dans ces conditions, alors que les requérants se bornent à produire à l'appui de leur requête une fiche familiale de référence délivrée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et complétée par Mme E A, au surplus dépourvue de date ou de signature, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées aux points 7 et 8 en estimant que l'identité et de le lien de famille des demandeurs de visa avec M. B A et Mme E A n'étaient pas établis.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions des requêtes tendant à l'annulation des décisions par lesquelles la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté les recours de MM. A contre les décisions de l'autorité consulaire française à Dakar doivent être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

15. Le présent jugement rejetant les conclusions des requêtes à fin d'annulation des décisions de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction et celles relatives aux frais du litige et à des dépens doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. F A et de M. C A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A, à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2022.

La rapporteure,

A. DLa présidente,

H. DOUETLa greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2202998

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