vendredi 25 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2206072 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 12eme chambre |
| Avocat requérant | BOURGEOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 mai 2022 et 28 mai 2025, Mme G C, en son nom propre et en qualité de représentante légale de Oumou C et Fodé C, et M. A C, M. E C, Mme B C, M. D C et M. F C, représentés par Me Bourgeois, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à leur verser la somme globale de 89 827, 90 euros en réparation des préjudices subis consécutifs à la faute qu'a commise l'administration en refusant de délivrer à A C, E C, B C, D C, F C, Oumou C et Fodé C, des visas de long séjour, somme assortie des intérêts au taux légal à compter de la demande indemnitaire préalable et de la capitalisation de ces intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à leur conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- l'illégalité du refus opposé par l'administration aux demandes de délivrance de visas de long séjour en faveur des enfants de Mme C constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'État ; un lien de causalité existe entre cette faute et les préjudices subis par Mme C et ses enfants ;
- ils demandent à être indemnisés des préjudices subis du fait de cette faute, portant sur la période du 2 juillet 2018 au 25 juin 2020, comme suit : 4 827, 90 euros au titre du préjudice matériel subi par Mme C correspondant à des frais de mandats ; 80 000 au titre du préjudice moral, 10 000 euros au titre du préjudice moral subi par Mme C et 10 000 euros à chacun des demandeurs de visas, au titre des préjudices moraux qu'ils ont subis ; 5 000 euros au titre des troubles dans les conditions d'existence de Mme C.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet des demandes indemnitaires, à défaut à ce que la somme mise à sa charge soit réduite à de plus justes proportions et s'en remet à la sagesse du tribunal s'agissant des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'existence d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat n'est pas contestable ;
- aucun des préjudices invoqués n'a de lien direct et certain avec la faute engageant la responsabilité de l'Etat ou n'est justifié, à défaut, il convient de réduire la somme mise à sa charge à de plus justes proportions.
Par une décision du 2 septembre 2022, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme André a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G C, ressortissante guinéenne résidant en France, a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 29 mars 2016. Des visas de long séjour au titre de la réunification familiale ont été sollicités auprès de l'autorité consulaire française à Conakry (Guinée), pour A C, E C, B C, D C, F C, Oumou C et Fodé C, ses enfants. L'autorité consulaire a rejeté, le 2 juillet 2018, cette demande. Par une décision née le 26 novembre 2018, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre cette décision consulaire. Par un jugement n°2001353 du 23 juillet 2020 devenu définitif, le tribunal administratif de Nantes a annulé cette décision et a enjoint à l'administration de délivrer les visas sollicités, dont la délivrance est intervenue le 14 octobre 2020. Par un courrier reçu le 12 novembre 2021 par l'administration, Mme C a sollicité l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis, ainsi que ses enfants, du fait de l'illégalité des refus de visa initialement opposés. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme C et ses enfants majeurs, M. A C, M. E C, M. D C, Mme B C et M. F C, demandent au tribunal de condamner l'Etat à les indemniser, ainsi que les deux autres enfants de la famille, des préjudices subis du fait de l'illégalité de la décision de refus de délivrance des visas sollicités.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. Pour annuler la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 26 novembre 2018, par le jugement précité du 23 juillet 2020, le tribunal administratif de Nantes a retenu que cette décision était entachée d'une erreur d'appréciation. L'illégalité de cette décision constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat, qui doit en conséquence être condamné à indemniser les préjudices ayant résulté de cette faute.
3. La responsabilité de l'Etat court à l'égard des requérants à compter du 2 juillet 2018, date à laquelle l'autorité consulaire française à Conakry a refusé de délivrer les visas sollicités, jusqu'au 14 octobre 2020, date à laquelle les visas sollicités ont été délivrés.
Sur la réparation des préjudices :
En ce qui concerne le préjudice matériel :
4. Les requérants sollicitent le remboursement d'une dépense de 4 827, 90 euros exposée par Mme C pour le paiement des frais générés par des transferts d'argent, effectués au cours des années 2018 à 2020. Toutefois, il résulte de l'instruction que les seuls frais d'envoi des mandats réalisés par Mme C au profit de ses enfants, qui ne concernent que son fils A C, pour la période postérieure au 2 juillet 2018, ne représentent qu'une somme de 163 euros. Par suite, il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice en condamnant l'Etat à allouer à Mme C une somme de 163 euros.
En ce qui concerne le préjudice moral et les troubles dans les conditions de l'existence :
5. En premier lieu, les requérants sont fondés à obtenir réparation du préjudice moral subi du fait de leur séparation prolongée. Il résulte de l'instruction que Mme C a été séparée de ses enfants dès 2016 et que l'illégalité des décisions de refus de visa a eu pour effet de prolonger cette séparation durant une période de presque deux ans et demi, six de ses sept enfants étant encore mineurs à la date à laquelle la décision consulaire a été prise. Dans ces circonstances, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par Mme C et ses enfants en l'évaluant pour chacun à 3 000 euros.
6. En second lieu, les requérants demandent la réparation du préjudice correspondant aux troubles dans les conditions de l'existence de Mme C du fait de l'illégalité des refus des demandes de visas. A cet égard, il résulte de l'instruction que Mme C dispose seule du droit de garde sur ses enfants depuis un jugement du 21 mars 2018 du tribunal de première instance de Kaloum (Guinée) et qu'elle devait donc s'occuper d'eux seule, de sorte que l'éloignement prolongé de Mme C avec ses enfants a nécessairement entrainé des difficultés dans les conditions de l'existence de l'intéressée. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en condamnant l'Etat à allouer à Mme C une somme de 3 000 euros à ce titre.
7. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à Mme C une somme de 6 163 euros, en son nom propre et une somme globale de 6 000 euros en sa qualité de représentante légale d'Oumou et Fodé C. L'Etat est condamné à verser une somme de 3 000 euros à chacun des enfants majeurs de Mme C, M. A C, M. E C, Mme B C, M. D C et M. F C.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
8. Les requérants ont droit aux intérêts au taux légal sur la somme qui leur sera versée en exécution du présent jugement à compter du 12 novembre 2021, date à laquelle le ministre a reçu la demande indemnitaire préalable.
9. En outre, les requérants ont demandé la capitalisation des intérêts dans leur requête enregistrée le 6 mai 2022. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. Dans ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle il est, pour la première fois, dû au moins une année d'intérêts. Par suite, les intérêts échus à compter du 12 novembre 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Sur les frais liés au litige :
10. Mme C ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bourgeois d'une somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme C une somme de 6 163 euros en son nom propre, et une somme globale de 6 000 euros en sa qualité de représentante légale d'Oumou C et Fodé C, une somme de 3 000 euros à M. A C, une somme de 3 000 euros à M. E C, une somme de 3 000 euros à Mme B C, une somme de 3 000 euros à M. D C et une somme de 3 000 euros à M. F C. Ces sommes produiront des intérêts au taux légal à compter du 12 novembre 2021. Les intérêts seront capitalisés au 12 novembre 2022 ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Article 2 : L'Etat versera à Me Bourgeois, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, la somme de 1 200 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme G C et à M. A C, M. E C, Mme B C, M. D C et M. F C, ainsi qu'au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, et à Me Bourgeois.
Délibéré après l'audience du 11 juillet 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Gourmelon, présidente,
Mme André, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2025.
La rapporteure,
M. ANDRE La présidente,
V. GOURMELON
La greffière,
Y. BOUBEKEUR
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026