mercredi 30 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2207290 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | LATOUCHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 juin 2022, M. A D, représenté par Me Latouche, demande au juge des référés de :
1°) prescrire une expertise médicale judiciaire en vue de déterminer les préjudices subis en raison de la perte de vision de son œil droit à la suite de sa prise en charge médicale par le centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes, lors de l'intervention chirurgicale du 22 janvier 2019 ;
2°) dire que l'expert transmettra son pré-rapport aux parties ;
3°) réserver les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. D soutient que :
-il est suivi depuis plusieurs années au CHU de Nantes pour une maculopathie dégénérescente ;
-il lui a été présenté la possibilité de subir une intervention chirurgicale au laser SLT en vue de baisser sa tension oculaire ;
-il a subi cette intervention le 22 janvier 2019 et a ressenti une forte douleur durant l'intervention ;
-le lendemain, au réveil, il ne voyait plus de l'oeil droit et il lui a été diagnostiqué, ensuite, une inflammation et un oedème cornéen ;
-il a dû consulter à plusieurs reprises en raison de ses douleurs à cet oeil ;
-il a été diagnostiqué une kératite intersticielle herpétique, soit une fibrose post oedème de la cornée ;
-l'intervention chirurgicale lui a fait perdre quasiment toute acuité visuelle de l'oeil droit et il n'a pas pu reprendre son activité professionnelle de graphiste ;
-l'expertise est utile pour déterminer pour apprécier la conformité des soins reçus.
Par un mémoire, enregistré le 9 juin 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Loire-Atlantique ne s'oppose pas à la demande d'expertise judiciaire et demande au juge des référés que l'expert lui transmette son pré-rapport.
Par un mémoire, enregistré le 15 juin 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes (ONIAM), représenté par Me Saumon, demande au juge des référés de :
1°) lui donner acte de ses protestations et réserves tant sur le bien-fondé de sa mise en cause que sur la mesure d'expertise sollicitée ;
2°) compléter la mission d'expertise selon ses observations et que l'expert dépose un pré-rapport ;
3°) réserver les dépens.
Par un mémoire, enregistré le 12 juillet 2022, le CHU de Nantes, représenté par Me Meunier, demande au juge des référés :
1°) de lui donner acte de ses plus expresses réserves quant au principe même de sa responsabilité que tente de lui imputer le requérant ;
2°) de désigner un expert spécialisé en ophtalmologie aux frais avancés par le requérant ;
3°) de compléter la mission d'expertise selon ses observations ;
4°) d'enjoindre à la CPAM de la Loire-Atlantique de produire avant l'expertise le relevé détaillé de ses débours ;
5°) de dire et juger que l'expert communiquera son pré-rapport aux conseils des parties aux fins d'observations de ces dernières ;
6°) de réserver les dépens.
Vu les pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Nantes a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente du tribunal administratif de Nantes, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, né le 20 avril 1961, est suivi depuis plusieurs années au centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes (Loire-Atlantique) pour une maculopathie dégénérescente. Il a subi, le 22 janvier 2019, une intervention chirurgicale au laser SLT en vue de baisser sa tension oculaire et a ressenti une forte douleur durant l'intervention. Le lendemain, au réveil, il ne voyait plus de l'oeil droit et il lui a été diagnostiqué, ensuite, une inflammation et un oedème cornéen. Par la suite, il a dû consulter à plusieurs reprises en raison de ses douleurs à cet oeil. Il lui a été diagnostiqué une kératite intersticielle herpétique, soit une fibrose post-oedème de la cornée. M. D demande la désignation d'un expert médical aux fins de déterminer si sa prise en charge médicale au CHU de Nantes a été conforme aux règles et aux données acquises de la science médicale, ainsi que d'évaluer les préjudices subis.
Sur la demande d'expertise médicale judiciaire :
2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".
3. La mesure d'expertise médicale judiciaire demandée par M. D revêt un caractère utile et entre ainsi dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
4. La mission d'expertise médicale judiciaire ordonnée sera effectuée au contradictoire de M. D, du CHU de Nantes, de l'ONIAM, et, en tant que de besoin, de la CPAM de la Loire-Atlantique, chaque partie pouvant désigner un médecin conseil pour assister aux opérations d'expertise.
Sur la demande du CHU de Nantes tendant à la production du relevé des débours de la CPAM :
5. La production du relevé des débours de la CPAM n'apparaît pas utile à la réalisation de l'expertise ordonnée. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du CHU de Nantes tendant à ce que le juge des référés demande à la CPAM de produire ce relevé.
Sur la demande de M. D, du CHU de Nantes et de l'ONIAM tendant à l'établissement par l'expert d'un pré rapport :
6. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir une note de synthèse ou un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement de pré-conclusions ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il en résulte que les conclusions de M. D, du CHU de Nantes et de l'ONIAM tendant à ce que l'expert dresse un pré-rapport et l'adresse à chacune des parties ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les dépens :
7. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, il appartiendra au président de la juridiction, et non au juge des référés, de fixer par ordonnance les allocations provisionnelles à valoir sur les honoraires qui seront dus à l'expert, ainsi que les frais et honoraires d'expertise définitifs, et de désigner la partie qui en assumera la charge. Il s'ensuit que les conclusions du CHU de Nantes et de l'ONIAM tendant à réserver les dépens ne peuvent être accueillies.
Sur les frais d'instance :
8. En l'espèce, il n'y a pas lieu de réserver les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées par M. D doivent dès lors être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : M. C B, médecin spécialisé en ophtalmologie, exerçant à l'hôpital d'instruction des Armées Bégin, 69 avenue de Paris à Saint-Mandé (94160), est désigné en qualité d'expert.
Il aura pour mission de :
1° Se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. D et notamment tous documents relatifs aux examens, soins et interventions pratiqués sur l'intéressé au cours de ses hospitalisations et prendre connaissance de son entier dossier médical se rapportant à sa prise en charge médicale au CHU de Nantes pour le traitement de son œil droit ;
2° Procéder à l'examen de M. D et rappeler son état de santé antérieur ;
3° Décrire les conditions dans lesquelles M. D a été admis et soigné, à compter du 22 janvier 2019 au CHU de Nantes etpréciser les examens et soins prodigués ;
4° Décrire l'intervention chirurgicale réalisée à son œil droit dans cet établissement et la ou les complications survenues ; dire si les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science médicale ;
5° Réunir tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, manquements ou négligences ont été commis dans l'établissement du diagnostic, l'accomplissement des soins, ainsi, éventuellement, que dans le fonctionnement ou l'organisation du service hospitalier ;
6° Se prononcer sur l'origine des complications présentées par M. D en distinguant, le cas échéant, celles dont la cause ne serait pas imputable à la prise en charge au CHU de Nantes ;
7° Déterminer si la complication survenue présente un lien de causalité direct et certain avec sa prise en charge médicale au CHU de Nantes, dire si ce lien de causalité est exclusif ou si d'autres actes ou produits ont pu contribuer à la survenue de la complication et indiquer la part imputable à chacune des causes ;
8° Indiquer si l'état de santé du patient a pu favoriser ou contribuer à la survenue de la ou des complication(s) et/ou à la gravité des conséquences dommageables ;
9° Dire si l'on est en présence de conséquences anormales et, le cas échéant, si celles-ci étaient, au regard de l'état de la personne comme de l'évolution de cet état, probables, attendues ou encore redoutées ; dans l'affirmative, indiquer la fréquence d'un tel accident en général et la fréquence attendue chez le patient ; déterminer les conséquences probables de la pathologie présentée en l'absence de traitement ;
10° Déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée au patient sur les risques des actes médicaux subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;
11° Dire si l'état de santé de M. D est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ;
12° Dans l'hypothèse où l'état de santé de M. D ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressé devra à nouveau être examiné ;
13° Décrire la nature et l'étendue des éventuelles séquelles gardées par M. D et évaluer le déficit fonctionnel temporaire et permanent en résultant en distinguant la part due à la pathologie initiale, de celle imputable, le cas échéant, à un manquement du centre hospitalier ;
14° Indiquer si le manquement éventuellement constaté a fait perdre à M. D une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader ; chiffrer la perte de chance (pourcentage ou coefficient) ;
15° Dégager, en les spécifiant, les éléments propres à justifier une indemnisation au titre de la douleur et du préjudice esthétique (temporaire et/ou permanent), en les qualifiant selon l'échelle : très léger, léger, modéré, moyen, assez important, important ou très important ;
16° Se prononcer sur l'existence d'un préjudice,professionnel et d'agrément ; le cas échéant, évaluer leur importance ;
17° Se prononcer, le cas échéant, sur la nécessité d'avoir recours à une tierce personne, la qualification requise et la durée de l'intervention ;
18° Se prononcer sur la nécessité de soins médicaux, paramédicaux, d'appareillage ou de prothèse, après consolidation, pour éviter une aggravation de l'état séquellaire ; justifier l'imputabilité des soins aux complications en cause en précisant s'il s'agit de frais occasionnels, c'est-à-dire limités dans le temps, ou de frais viagers, c'est-à-dire engagés la vie durant ;
19° Dire si l'état de santé de M. D est susceptible de modifications en aggravation ou en amélioration et, dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution et son degré de probabilité.
Article 3 : L'expert, pour l'accomplissement de sa mission, pourra entendre tout responsable et membre du personnel du service hospitalier ayant prescrit ou donné des soins à l'intéressée.
Article 4 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par le juge des référés
Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 6 : L'expert déposera au greffe un exemplaire papier et un exemplaire par voie dématérialisée de son rapport d'expertise avant le 31 décembre 2023, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle il joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours.
Article 7 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par le président du Tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.
Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D, au CHU de Nantes, à l'ONIAM, à la CPAM de la Loire-Atlantique, et à M. B, expert.
Fait à Nantes, le 30 novembre 2022.
La juge des référés,
M. E
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026