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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2207516

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2207516

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2207516
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantPAPINEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juin 2022, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. A B de libérer sans délai le lieu d'hébergement qu'il occupe, géré par l'association HUDA Anef-Ferrer, situé au 5 rue du Cher, à Nantes (Loire-Atlantique) ;

2°) de l'autoriser à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. B, à défaut pour celui-ci de les avoir emportés.

Il soutient que :

- le juge administratif est compétent en application des dispositions des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative ;

- la requête est recevable en application des mêmes dispositions ;

- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien de l'intéressé, débouté de l'asile, dans un logement pour demandeurs d'asile, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 31 janvier 2022, 1 091 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département ;

- la mesure sollicitée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que M. B se maintient dans le logement alors que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 10 novembre 2021, notifié le 29 novembre suivant, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) l'a informé par courrier du 1er décembre 2021 de la fin de sa prise en charge et que, par un courrier du 24 février 2022 réputé notifié, le préfet l'a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai d'un mois ; l'accès à l'hébergement d'urgence de droit commun est sans lien avec le droit au maintien dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile ; les dispositions de l'article L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui sont pas applicables ;

- il n'existe pas de circonstances exceptionnelles de nature à faire obstacle à la mesure demandée dès lors que la situation de M. B ne caractérise pas une situation exceptionnelle qui pourrait justifier son maintien dans le lieu d'hébergement qu'il occupe, alors que sa femme n'est pas hébergée à la même adresse que lui ; il n'est pas établi que l'intéressé souffre d'une grave maladie alors que la sortie des lieux n'a pas pour effet de mettre un terme à ses éventuels suivis médicaux et traitements médicamenteux ; rien n'indique qu'il se trouve dans une situation d'isolement et de détresse et la situation sanitaire liée à l'épidémie de covid-19 ne saurait en elle-même justifier le maintien dans son logement ;

- il est nécessaire que M. B quitte les lieux sans délai, sa présence dans ce logement faisant obstacle à l'accueil de nouveaux arrivants bénéficiant du statut de demandeur d'asile alors qu'il est informé depuis plusieurs mois de la nécessité de quitter les lieux, qu'il ne détient aucun titre lui permettant de se maintenir régulièrement sur le territoire et que, dans ces conditions, lui accorder un délai serait contraire à l'esprit des dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il ne lui incombe pas de trouver une solution d'hébergement d'urgence de droit commun à M. B, lequel a obtenu le statut de réfugié en Grèce et a vu sa demande d'asile définitivement rejetée par les autorités françaises et alors que sa situation ne justifie pas qu'il bénéficie d'une solution d'hébergement d'urgence, dispositif par ailleurs considéré comme en situation de saturation chronique.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Papineau, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à son expulsion pour un délai de six mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les conditions d'urgence et d'utilité ne sont pas satisfaites dès lors que la mesure sollicitée porte atteinte au respect de son droit au logement, reconnu par le Conseil constitutionnel et protégé par l'alinéa 11 du préambule de la constitution de 1946, l'article 31 de la charte sociale européenne, l'article 34 de la charte européenne des droits fondamentaux, l'article 11du pacte international relatif aux droits économiques sociaux et culturels, et constitue une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ; la fin de sa prise en charge date du 1er décembre 2021 et la mise en demeure envoyée par le préfet date du 24 février 2022, de sorte que cette procédure est engagée depuis plusieurs mois ; la mesure sollicitée porte une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par les stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfants dès lors qu'il risque de se retrouver à la rue avec sa compagne et leur nourrisson ; il n'a pas vocation à quitter le territoire français dès lors qu'il s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par un Etat membre de l'Union européenne ; l'Office français de l'immigration et de l'intégration et le préfet ont considéré que son état nécessite une prise en charge médicale, et qu'il présente une vulnérabilité " objective ", évaluée au niveau 3/3 ;

- la mesure sollicitée souffre de contestations sérieuses dès lors qu'occupant un emploi depuis plus d'un an, il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " qu'il s'apprête à déposer ; il s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par les autorités grecques de sorte qu'il a vocation à demeurer sur le territoire français, duquel il ne peut être expulsé sous peine de méconnaître les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; bien qu'il dispose de ressources stables et suffisantes en raison de son emploi en contrat à durée indéterminée, il n'a pas réussi à se reloger par ses propres moyens en raison de sa situation administrative irrégulière, alors que sa compagne ne peut l'accueillir dans son logement, qu'elle a vocation à quitter dans les prochains jours, et que ses appels au 115 sont restés vains en raison de la saturation du dispositif, et risque de ce fait de se retrouver à la rue avec sa compagne et leur jeune enfant.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juin 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

-le pacte international relatif aux droits économiques sociaux et culturels ;

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte sociale européenne ;

-la charte européenne des droits fondamentaux ;

- la Constitution ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Le Barbier, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 6 juillet 2022 à 10h :

- le rapport de Mme Le Barbier, juge des référés,

- et les observations de Me Papineau, avocate de M. B, présent à l'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

M. B a produit le 8 juillet 2022 une note en délibéré qui n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. B du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'il occupe, situé au 5 rue du Cher, à Nantes (Loire-Atlantique).

Sur la demande provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juin 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

6. En premier lieu, M. B, ressortissant ivoirien né le 25 avril 1979, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 16 août 2020. Il est hébergé dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 5 rue du Cher, à Nantes, géré par l'association HUDA Anef-Ferrer. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 10 novembre 2021 notifiée le 29 novembre 2021. Il a été avisé par un courrier du 1er décembre 2021 de ce qu'il serait mis fin à sa prise en charge à la date du 10 décembre 2021. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai d'un mois, a été adressée à l'intéressé par le préfet de la Loire-Atlantique le 24 février 2022. M. B se maintient ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile depuis plusieurs mois alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée le 10 novembre 2021. En outre, la circonstance, au demeurant hypothétique, que l'intéressé puisse prétendre à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " est sans incidence sur la légalité de la mesure sollicitée. Nonobstant la circonstance que M. B se soit vu reconnaître la qualité de réfugié par les autorités grecques, qui est sans influence sur la reconnaissance de cette qualité par les autorités françaises, la mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.

7. En second lieu, la libération des lieux par M. B, définitivement débouté de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.

8. Il résulte toutefois de l'instruction que M. B, qui est père d'un nourrisson né le 29 juin 2022, justifie être en recherche active d'un logement auprès de différents organismes, notamment au sein d'habitations à loyer modéré ou d'associations. Dans ces conditions, il y a lieu de lui accorder un délai de cinq mois à compter de la présente ordonnance pour libérer le lieu d'hébergement qu'il occupe indûment. En l'absence de départ volontaire de l'intéressé à l'issue de ce délai, le préfet de la Loire-Atlantique pourra procéder à l'évacuation forcée des lieux, avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de M. B les biens meubles qui s'y trouveraient.

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espère, de faire droit aux conclusions de M. B présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint à M. B de libérer, dans un délai de cinq mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'il occupe au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé au 5 rue du Cher, à Nantes.

Article 3 : En l'absence de départ volontaire de M. B dans le délai imparti, le préfet de la Loire-Atlantique, à l'issue du délai fixé à l'article 2, pourra faire procéder à son expulsion et à l'évacuation de ses biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressé, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 4 : Les conclusions de M. B présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à M. A B et à Me Papineau.

Copie sera en outre adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Fait à Nantes, le 13 juillet 2022.

La juge des référés,

M. C

La greffière,

G. PeignéLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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