mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2207530 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | RODRIGUES DEVESAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 13 juin et 4 juillet 2022, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme D A de libérer sans délai le lieu d'hébergement qu'elle occupe, géré par l'association HUDA Les Eaux Vives, situé au 26 rue Marcellin Berthelot, à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique).
2°) de l'autoriser à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme A A, à défaut pour celle-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
-le juge administratif est compétent en application des dispositions des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative ;
- la requête est recevable en application des mêmes dispositions ;
- les condition d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien de l'intéressée, déboutée de l'asile, dans un logement pour demandeurs d'asile, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 31 janvier 2022, 1 091 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département ;
- la mesure sollicitée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que Mme A A se maintient dans le logement alors que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 24 août 2021, notifiée le 26 août suivant, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) l'a informée par un courrier du 7 septembre 2021 de la fin de sa prise en charge à compter du 30 septembre suivant et que, par un courrier du 4 janvier 2022 réputé notifié, le préfet l'a mise en demeure de quitter les lieux dans un délai d'un mois ; l'accès à l'hébergement d'urgence de droit commun est sans lien avec le droit au maintien dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile ; les dispositions de l'article L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui sont pas applicables ;
- il n'existe pas de circonstances exceptionnelles de nature à faire obstacle à la mesure demandée dès lors que la situation de Mme A A ne caractérise pas une situation exceptionnelle qui pourrait justifier son maintien dans le lieu d'hébergement qu'elle occupe, en dépit du fait que cette dernière est atteinte du VIH, bénéficie d'un traitement par trithérapie et fait l'objet d'un suivi psychiatrique, la sortie des lieux n'ayant pas pour effet de mettre un terme à ses éventuels suivi médicaux et traitement médicamenteux ; rien n'indique que l'intéressée se trouve dans une situation d'isolement et de détresse, alors que son frère, de nationalité française, est établi à Nantes et pourra l'héberger, au moins de manière temporaire ; la situation sanitaire liée à l'épidémie de covid-19 ne saurait en elle-même justifier le maintien dans le logement mis à sa disposition ;
- il est nécessaire que Mme A A quitte les lieux sans délai, sa présence dans ce logement faisant obstacle à l'accueil de nouveaux arrivants bénéficiant du statut de demandeur d'asile alors qu'elle est informée depuis plusieurs mois de la nécessité de quitter les lieux, qu'elle ne détient aucun titre lui permettant de se maintenir régulièrement sur le territoire, et que, dans ces conditions, lui accorder un délai serait contraire à l'esprit des dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il ne lui incombe pas de trouver une solution d'hébergement d'urgence de droit commun à Mme A A, laquelle a vu sa demande d'asile définitivement rejetée, sa situation particulière ne faisant pas obstacle à la mesure d'expulsion dès lors que celle-ci n'a pas pour effet de mettre un terme à son traitement médical et qu'elle n'est pas sans solution de relogement, son frère habitant à Nantes et pouvant la reloger.
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés les 1er et 5 juillet 2022, Mme E A A, représentée par Me Rodrigues Devesas, conclut :
1°) à ce qu'elle soit admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) à titre principal, au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, à ce que lui soit accordé un délai de neuf mois pour quitter les lieux ;
3°) à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que les arguments du préfet ne sont pas suffisamment précis et argumentés et qu'il a attendu dix mois suivant le rejet de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile avant de saisir le juge des référés ;
- la mesure sollicitée se heurte à une contestation sérieuse dès lors que si elle ne peut effectivement plus bénéficier d'un hébergement en qualité de demandeur d'asile, elle a droit à un hébergement d'urgence, notamment au regard de son état de santé, lequel a déjà justifié l'annulation d'une mesure d'éloignement du territoire français par le tribunal administratif de Nantes : elle s'est vu diagnostiquer le virus de l'immunodéficience humaine en juin 2019, et son état clinique s'est dégradé depuis septembre 2021, alors qu'elle est complètement isolée sur le territoire français.
- l'octroi d'un délai de neuf mois afin de lui permettre une solution de relogement lui est nécessaire sans quoi elle se retrouvera sans abri, alors qu'elle n'a aucune famille susceptible de l'aider sur le territoire français.
Mme A A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2022.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Le Barbier, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 6 juillet 2022 à 10 heures :
- le rapport de Mme Le Barbier, juge des référés,
- et les observations de Me Rodrigues Devesas, avocate de Mme A A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Le préfet de la Loire-Atlantique a produit le 7 juillet 2022 des pièces complémentaires qui n'ont pas été communiquées.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme A A du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'elle occupe, situé au 26 rue Marcellin Berthelot, à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique).
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Mme A A ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
6. En premier lieu, Mme A A, ressortissante tchadienne née le 13 mars 1989, est entrée irrégulièrement sur le territoire français le 30 décembre 2018. Elle est hébergée dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 26 rue Marcellin Berthelot à Saint-Nazaire, géré par l'association HUDA " Les Eaux Vives ". Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 24 août 2021 notifiée le 26 août suivant à l'intéressée. Elle a été avisée par un courrier du 7 septembre 2021 de ce qu'il serait mis fin à sa prise en charge à la date du 30 septembre 2021. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai d'un mois, a été adressée à l'intéressée par le préfet de la Loire-Atlantique le 4 janvier 2022. Mme A A se maintient ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile depuis plusieurs mois, alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée le 24 août 2021. La mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.
7. En second lieu, la libération des lieux par Mme A A, définitivement déboutée de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.
8. Il résulte toutefois de l'instruction que Mme A A souffre de graves problèmes de santé, étant atteinte du virus de l'immunodéficience humaine, et suivant à ce titre un traitement médical sous la forme d'une trithérapie antirétrovirale et bénéficiant par ailleurs d'un suivi psychiatrique. Ces circonstances justifient que lui soit accordé, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'elle occupe indûment, un délai de cinq mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, en l'absence de départ volontaire de l'intéressée à l'issue de ce délai, d'autoriser le préfet de la Loire-Atlantique à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de Mme A A, les biens meubles qui s'y trouveraient.
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espère, de faire droit aux conclusions de Mme A A présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par Mme A A tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est enjoint à Mme A A de libérer, dans un délai de cinq mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'elle occupe au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé au 26 rue Marcellin Berthelot, à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique).
Article 3 : En l'absence de départ volontaire de Mme A A dans le délai imparti, le préfet de la Loire-Atlantique, à l'issue du délai fixé à l'article 2, pourra faire procéder à son expulsion et à l'évacuation des biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressée, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 4 : Les conclusions de Mme A A présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à Mme E A A et à Me Devesas.
Copie sera en outre adressée au préfet de la Loire-Atlantique.
Fait à Nantes, le 13 juillet 2022.
La juge des référés,
M. C
La greffière,
G. PeignéLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026