jeudi 2 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2207617 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | CABINET HENRI ABECASSIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 14 juin 2022 et 30 janvier 2023, la communauté d'agglomération Pornic Agglo Pays de Retz (44), représentée par Me Abecassis, demande au juge des référés de :
1°) prescrire, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise afin de déterminer l'origine, les causes et les conséquences des désordres affectant la couverture des bâtiments de l'Ecocentre de valorisation et traitement des ordures ménagères sis route de Bignon à Chaumes-en-Retz (44320) ;
2°) débouter l'ensemble des demandes de mises hors de causes des parties ;
3°) réserver les frais d'expertise et les dépens.
Elle soutient que :
-en 2007, la communauté de communes de Pornic, devenue depuis la communauté d'agglomération Pornic Agglo Pays de Retz, a passé un marché de conception et de construction d'un Ecocentre de valorisation et traitement des ordures ménagères dont les travaux ont été confiés à un groupement d'entreprises composé de la société Vinci Construction (chargée du process biologique et du traitement de l'air), de la société Neos (chargée du tri des déchets), de la société Sogea Atlantique BTP (chargée du lot génie civil et bâtiment, et VRD) ;
-une mission d'assistance à maîtrise d'ouvrage a été confiée au groupement de personnes représentées par le cabinet d'études Marc Merlin, mandataire solidaire de chacun des membres du groupement ;
-la réception des travaux a été prononcée avec réserves en date du 27 juin 2012 ;
-un contrat d'exploitation du centre de tri a été conclu avec la société Générale de Valorisation (GEVAL) ;
-moins de dix ans après l'achèvement des travaux, il a été constaté sur le bâtiment " maturation ", la corrosion généralisée des couvertines causant ainsi la désolidarisation et leur chute ;
-l'expertise amiable effectuée par la société Equad Construction a conclu à une corrosion généralisée sur les coiffes d'acrotères et en périphérie des panneaux de bardages verticaux ;
-la société Sixense a effectué un diagnostic sur les éléments de couverture et a établi un rapport qui ne lui a pas été communiqué ;
-les désordres présentent un risque pour la sécurité des salariés et les personnes en visite sur le site ;
-l'expertise est utile aux fins de remédier aux désordres.
Par deux mémoires, enregistrés les 26 juin et 19 octobre 2022, la société Sogea Atlantique BTP, la SMABTP, et la SMA, représentées par Me Caous-Pocreau, demandent au juge des référés, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de constater que la SMA, nouvelle dénomination de Sagena, intervient en lieu et place de la SMABTP ;
2°) de mettre la SMABTP hors de cause ;
3°) d'ordonner, sur la demande reconventionnelle des sociétés Sogea Atlantique BTP et SMA, que les opérations d'expertise soient au contradictoire des parties complémentaires telles que la société Masse Charpente Serrurerie (MCS), la société Tata Steel Unitol, la société Spie Ouest et la société Elcimai Ingénierie ;
4°) de débouter la société Neos et son assureur de leurs demandes de mise hors de cause ;
5°) de statuer ce que de droit sur les dépens.
Elles soutiennent qu'il ne peut être exclu que la corrosion constatée soit liée à un défaut de fonctionnement, dimensionnement et conception des équipements de process et notamment de ventilation que la société Neos avait à sa charge.
Par deux mémoires, enregistrés les 7 juillet et 28 septembre 2022, la société Masse Charpente Serrurerie, représentée par Me Viaud, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures de :
1°) lui décerner acte de ses protestations et réserves quant à la demande d'expertise ;
2°) débouter les sociétés QBE Insurance, Allianz, Neos, AXA France Iard et MMA Iard et MMA Iard Assurances Mutuelles de leurs demandes de mises hors de cause.
Elle soutient que :
- elle est intervenue en sa qualité de sous-traitante de la société Sogea Atlantique BTP, en charge de la réalisation des travaux de charpente et couverture ;
- il n'est pas démontré par la société Neos l'absence de lien d'imputabilité entre son domaine d'intervention et les désordres allégués ;
- il n'est pas démontré non plus par les assureurs appelés à l'instance que leurs garanties ne seraient pas mobilisables.
Par cinq mémoires, enregistrés les 25 juillet, 30 août, 3 et 20 octobre, et 13 décembre 2022, la société Neos, représentée par Me Doret, demande au juge des référés :
1°) de la mettre hors de cause ;
2°) à titre subsidiaire, de constater qu'elle ne s'oppose pas à la demande d'expertise et qu'elle forme protestations et réserves d'usage ;
3°) à titre reconventionnel, d'ordonner que les opérations d'expertise soient effectuées au contradictoire des sociétés appelées à la cause ;
4°) de réserver les dépens.
Elle soutient que :
- elle a constitué, avec les sociétés Vinci Environnement et Sogea Atlantique BTP un groupement conjoint d'entrepreneurs pour répondre à l'appel d'offre de la communauté d'agglomération de Pornic pour la réalisation de l'écocentre
- ses prestations sont sans aucun lien avec les désordres constatés qui concernent la toiture du centre et plus particulièrement la corrosion généralisée sur les coiffes d'acrotères et en périphérie des panneaux de bardages verticaux, dès lors qu'elle était en charge uniquement du lot process mécanique et électrique et n'a fourni que les équipements de manutention, tri et conditionnement, et non les équipements du process de traitement biologique ;
- les prestations ventilation et climatisation ont été attribuées à la société Vinci dans le cadre du groupement d'entreprises conjoint dans lequel chacune des entreprises n'encourt de responsabilité qu'au titre de ses propres prestations ;
- la société Vinci a confirmé que son lot comprenait la ventilation et sollicite d'ailleurs la mise en cause de ses sous-traitants ;
- sa mise en cause est dépourvue de légitimité car ses prestations ne peuvent générer de corrosion.
Par trois mémoires, enregistrés les 26 juillet, 24 novembre 2022, et 28 décembre 2022, la société Vinci Environnement, représentée par Me Claudon, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures, de :
1°) constater qu'elle s'en rapporte à justice quant à l'utilité de la mesure d'instruction ;
2°) rendre les opérations d'expertise opposables à la société BHD Ingénierie, à la société Sifat, à la société Tufama, et à la société El Baze Charpentier représentant la société Ventmeca Fans venant aux droits de la société Ventmeca.
Par un mémoire, enregistré le 11 août 2022, la société QBE Europe, représentée par Me Nativelle, demande au juge des référés :
1°) à titre principal, de rejeter les conclusions dirigées à son encontre et de la mettre hors de cause ;
2°) à titre subsidiaire :
- de mettre en cause les sociétés MMA Iard Assurances Mutuelles et MMA Iard ;
- d'ordonner, sous les plus expresses réserves de responsabilité, une mesure d'expertise judiciaire au contradictoire de l'ensemble des parties à l'instance ;
3°) de statuer ce que de droit sur les dépens.
Elle soutient que :
- la police d'assurance de responsabilité civile professionnelle souscrite par le cabinet d'études Marc Merlin a été résiliée le 31 décembre 2009, elle n'est donc pas l'assureur concerné au jour de la réclamation ;
- à titre subsidiaire, les sociétés MMA Assurances Mutuelles et MMA Iard SA, qui ont repris les contrats souscrits auprès de Covéa Risks, assureur de premier rang du cabinet Marc merlin, doivent être appelées à la cause.
Par deux mémoires, enregistrés les 5 et 23 septembre 2022, la société AXA France Iard, représentée par Me Gras, demande au juge des référés :
1°) de la mettre hors de cause ;
2°) d'enjoindre la société B+CA Architecture et/ou la société Elcimai de produire à l'instance l'attestation d'assurance de leur assureur à la date de la réclamation ;
3°) à titre subsidiaire, de lui décerner acte de ses protestions et réserves sur la demande d'expertise ;
4°) de statuer ce que de droit sur les dépens.
Elle soutient que
- le contrat d'assurance de la société B+CA Architecture, entreprise du groupement chargé des prestations d'assistance à maîtrise d'ouvrage, a été résilié au 1er janvier 2020 et sa garantie n'est donc plus susceptible d'être mobilisée à la date de la réclamation ;
- la société B+CA Architecture a rejoint le groupe Elcimai.
Par un mémoire, enregistré le 12 septembre 2022, le cabinet Merlin, représenté par Me Lacan, forme des protestations et réserves sur la mesure d'expertise.
Par deux mémoires, enregistrés les 14 septembre et 23 novembre 2022, les sociétés MMA Iard et MMA Iard Assurances Mutuelles, représentées par Me Oger, demandent au juge des référés de :
1°) rejeter les conclusions dirigées à leurs encontre ;
2°) statuer ce que de droit sur les dépens.
Elles soutiennent que :
- le centre de valorisation n'est pas soumis à l'obligation d'assurance responsabilité civile décennale, ce sont les garanties responsabilité civile génie civil qui ont vocation à s'appliquer ; le contrat applicable n'est pas celui en cous à la déclaration d'ouverture de chantier (DOC) comme en responsabilité civile obligatoire ;
- le contrat d'assurance du cabinet Merlin a été résilié le 1er janvier 2010 et que leurs garanties ne peuvent intervenir ; en effet, l'avenant passé en 2005 entre les cocontractants indique que ces derniers ont opté pour une garantie en base réclamation.
Par un mémoire, enregistré le 14 septembre 2022, la société Allianz Iard, représentée par Me Liaud-Fayet, demande au juge des référés :
1°) à titre principal, de rejeter les demandes dirigées à son encontre et de prononcer sa mise hors de cause ;
2°) à titre subsidiaire,
- de dire et juger qu'elle ne s'oppose pas à la mesure d'instruction judiciaire sous les plus expresses réserves ;
- d'ordonner la mesure d'instruction à l'encontre des parties appelées à l'instance ;
3°) de réserver les dépens.
Elle soutient que les désordres constructifs en cause ne sont pas susceptibles d'être garantis en vertu du contrat souscrit par la société Neos arantissant sa responsabilité civile professionnelle, compte tenu des prestations confiées à son assurée, qui sont sans lien avec la nature des désordres constatés.
Par un mémoire, enregistré le 23 novembre 2022, la société Spie Industrie et Tertiaire, représentée par Me Simon-Guennou, demande au juge des référés de :
1°) lui décerner acte de ce qu'elle formule ses plus expresses protestations et réserves quant à la demande d'expertise ;
2°) juger qu'elle sollicite la garantie des entreprises appelées à l'instance ;
3°) juger que sa demande est interruptive de prescription et/ou de forclusion et est formulée sans reconnaissance de responsabilité ;
4°) réserver les dépens.
Par un mémoire, enregistré le 20 décembre 2022, la société Sifat Aéraulique, représentée par Me Amizet, demande au juge des référés :
1°) à titre principal, de rejeter les conclusions dirigées à son encontre et de la mettre hors de cause ;
2°) à titre subsidiaire, de prendre acte de ses protestations et plus expresses réserves quant à sa responsabilité.
Elle soutient que :
- elle n'est qu'un fournisseur de la société Vinci Environnement ;
- les garanties contractuelles sur les modules inducteurs fournis sont expirées.
Par un mémoire, enregistré le 9 janvier 2023, la société Tata Steel, représentée par son directeur général, demande au juge des référés sa mise hors de cause.
Elle soutient que :
- elle n'est pas un fabricant de panneaux de bardage et de coiffes d'acrotères ;
- aucune facturation de vente à la société Masse Charpente Serrurie n'a été retrouvé.
Par un mémoire, enregistré le 12 janvier 2023, la société Tufama Construção Civil LDA, représentée par son gérant en exercice, demande au juge des référés sa mise hors de cause.
Elle soutient que :
- elle n'est pas à l'origine de la conception ou du dimensionnement de la ventilation et ne peut donc être tenu responsable des désordres ;
- ses études ne concernent que la fabrication des équipements et gaines de ventilation et que ses prestations se limitent à la fourniture, à la pose des équipements et des gaines de ventilation.
La requête a été communiquée à la société Générale de Valorisation (GEVAL), au cabinet Bourgeois, à la société B+CA Architecture, à la société Bureau Veritas, à la société Socotec, à la société XL Insurance company, à la société BHD Ingénierie, à la société Elcimai Ingénierie et à la société El Baze Charpentier (représentant la société Ventmeca Fans) qui n'ont pas produit de mémoire dans le délai imparti.
Vu les pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B, première vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
1. En 2007, la communauté de communes de Pornic, devenue depuis la communauté d'agglomération Pornic Agglo Pays de Retz, a conclu un marché de conception et de construction d'un Ecocentre de valorisation et traitement des ordures ménagères, situé à Chaumes-en-Retz (44320) dont les travaux ont été confiés à un groupement d'entreprises composé de la société Vinci Construction, chargée du process biologique et du traitement de l'air, de la société Neos, chargée du tri des déchets, de la société Sogea Atlantique BTP, chargée du lot génie civil et bâtiment, et VRD. Une mission d'assistance à maîtrise d'ouvrage a été confiée au groupement de personnes représentées par le cabinet d'études Marc Merlin, mandataire solidaire de chacun des membres du groupement. La réception des travaux a été prononcée avec réserves en date du 27 juin 2012 et un contrat d'exploitation du centre de tri a ensuite été conclu avec la société Générale de Valorisation (GEVAL). Moins de dix ans après l'achèvement des travaux, il a été constaté sur le bâtiment " maturation ", la corrosion généralisée des couvertines causant ainsi leur désolidarisation et leur chute. Une expertise amiable a été effectuée par la société Equad Construction et a conclu à une corrosion généralisée sur les coiffes d'acrotères et en périphérie des panneaux de bardages verticaux. La communauté d'agglomération Pornic Agglo Pays de Retz demande au juge des référés de prescrire une mesure d'expertise en vue de déterminer l'origine, les causes et les conséquences des désordres affectant l'Ecocentre de valorisation et traitement des ordures ménagères.
Sur l'intervention volontaire :
2. La société SMA intervient volontairement à la procédure en qualité d'assureur de la société Sogea Atlantique et demande en outre la mise hors de cause de la SMABTP sans être contredite sur ce point par les parties à l'instance. La société SMA justifie ainsi d'un intérêt suffisant pour son intervention volontaire à la procédure. Il y a lieu, dès lors, de mettre la société SMABTP hors de cause et d'admettre l'intervention volontaire de la société SMA.
Sur la mise en cause de la société AXA Corporate Solutions :
3. La communauté d'agglomération Pornic Agglo Pays de Retz demande également la mise en cause de la société AXA Corporate Solutions en qualité d'assureur de la société Vinci Environnement et du cabinet Bourgeois. Il résulte de l'instruction que cette société a été radiée du registre du commerce et des sociétés le 2 mars 2020. Par suite, cette société ne peut être attraite aux opérations d'expertise. Cependant, par un courrier du 22 juin 2022, Me Abecassis, conseil de la communauté d'agglomération Pornic Agglo Pays de Retz a informé le tribunal que la société AXA Corporate Solutions était devenue la société AXA XL Insurance domiciliée à la même adresse que la société AXA Corporate Solutions. Or, la société AXA XL Insurance n'est pas une société enregistrée sous cette dénomination au registre du commerce et des sociétés mais sous la dénomination XL Insurance company. Il y a donc lieu d'appeler à l'instance la société XL Insurance company.
Sur les demandes de mises hors de cause :
4. La société Neos demande au juge des référés d'être mise hors de cause aux motifs que ses prestations ne sont pas en lien avec les désordres constatés, qu'elles ne génèrent pas de corrosion et que les prestations ventilation et climatisation ont été attribuées à la société Vinci.
5. Il résulte de l'instruction que sa mise en cause a été sollicitée par la communauté d'agglomération Pornic Agglo Pays de Retz et que les sociétés Sogea Atlantique BTP, SMA et Masse Charpente Serrurerie, également parties à l'instance, s'opposent à sa mise hors de cause. En l'espèce, en l'état de l'instruction, la société Neos ne démontre pas être manifestement étrangère au présent litige au regard de l'acte d'engagement du marché public de travaux de l'ouvrage passé en mai 2008. En outre, sa mise en cause ne constitue qu'une simple mesure d'instruction qui ne préjuge pas de sa responsabilité, tous droits et moyens des parties étant réservés. Sa participation à l'expertise présente donc un caractère utile. La demande de la société Neos tendant à sa mise hors de cause doit ainsi être rejetée.
6. La société Sifat Aéraulique demande également au juge des référés sa mise hors de cause au motif qu'elle n'est qu'un fournisseur de la société Vinci Environnement et que les garanties contractuelles sur les modules inducteurs fournis sont expirées.
7. Toutefois, la société Sifat Aéraulique n'est pas fondée à soutenir que sa mise en cause serait privée d'utilité à raison de la prescription de la garantie contractuelle des produits fournis faisant obstacle à l'engagement de sa responsabilité dès lors que le juge des référés peut utilement appeler en une cause relevant de sa compétence toute personne dont la présence est de nature à éclairer les travaux de l'expert nonobstant l'absence de voie de droit ouverte aux fins d'intenter un éventuel recours indemnitaire à son encontre. En l'espèce, la société Sifat Aéraulique admet avoir fourni les modules inducteurs dont le fonctionnement est en cause dans le présent litige. Il ne résulte donc pas de l'instruction que les éléments techniques susceptibles d'être donnés à l'expert par la société Sifat Aéraulique sur les produits en cause seraient dépourvus d'utilité pour éclairer les travaux de l'expert. Par suite, alors au demeurant que la mise en cause de la société Sifat Aéraulique ne constitue qu'une simple mesure d'instruction ordonnée avant tout procès, ne préjugeant aucunement de l'existence et de l'étendue des responsabilités des parties, tous droits et moyens des parties étant réservés, la demande de mise hors de cause de cette société doit être rejetée.
8. La société Tata Steel Unitol demande également au juge des référés sa mise hors de cause au motif qu'elle n'est pas un fabricant de panneaux de bardage et de coiffes d'acrotères et qu'elle n'a pas retrouvé de facturation de vente pour la société Masse Charpente Serrurerie. Il résulte de l'instruction que sa mise en cause a été expressément sollicitée par la société Sogea Atlantique BTP et la SMA. Au demeurant, en l'état de l'instruction, il ne peut être déterminé, au regard des pièces produites à l'instance, si cette société est manifestement étrangère ou non au présent litige. En l'espèce, sa mise en cause ne constitue qu'une simple mesure d'instruction qui ne préjuge pas de sa responsabilité, tous droits et moyens des parties étant réservés. Sa participation à l'expertise présente donc un caractère utile. La demande de la société Tata Steel Unitol tendant à sa mise hors de cause doit ainsi être rejetée.
9. La société Tufama Construcao Civil demande également au juge des référés sa mise hors de cause au motif qu'elle n'est pas à l'origine de la conception ou du dimensionnement de la ventilation, que ses études ne concernent que la fabrication des équipements et gaines de ventilation, et que ses prestations se limitent à la fourniture, à la pose des équipements et des gaines de ventilation.
10. En l'espèce, la société Tufama n'est pas fondée à soutenir que sa mise en cause serait privée d'utilité dès lors que le juge des référés peut utilement appeler en une cause relevant de sa compétence toute personne dont la présence est de nature à éclairer les travaux de l'expert nonobstant l'absence de voie de droit ouverte aux fins d'intenter un éventuel recours indemnitaire à son encontre. La société Tufama admet, dans ses écritures, avoir fourni et participé à la pose des équipements et des gaines de ventilation dont le fonctionnement est en cause dans le présent litige. Il ne résulte donc pas de l'instruction que les éléments techniques susceptibles d'être donnés à l'expert par la société Tufama seraient dépourvus d'utilité pour éclairer les travaux de l'expert. Par suite, alors au demeurant que la mise en cause de la société Tufama ne constitue qu'une simple mesure d'instruction ordonnée avant tout procès, ne préjugeant aucunement de l'existence et de l'étendue des responsabilités des parties, tous droits et moyens des parties étant réservés, la demande de mise hors de cause de cette société doit être rejetée.
Sur les autres demandes de mise hors de cause :
11. La société QBE Europe demande au juge des référés sa mise hors de cause au motif que la police d'assurance souscrite par son assuré, le cabinet d'études Marc Merlin, a été résiliée le 31 décembre 2009. Il résulte toutefois de l'instruction que la communauté d'agglomération Pornic Agglo Pays de Retz a entendu appeler à la cause la société QBE Europe, assureur du cabinet d'études Marc Merlin, en qualité de défendeur potentiel dans la présente instance aux fins de rendre contradictoire la présente mission d'expertise judiciaire à son encontre. En l'état de l'instruction, dont il résulte qu'une relation contractuelle existait entre le cabinet d'études Marc Merlin et son assureur la société QBE Europe, sans qu'il soit nécessaire d'examiner, à ce stade, la nature précise des garanties contractuelles souscrites et tous droits et moyens des parties étant de ce fait réservés. Par conséquent, la mesure d'expertise sollicitée au contradictoire de la société QBE Europe en qualité d'assureur du cabinet d'études Marc Merlin n'est pas dépourvue d'utilité à son encontre. Dès lors, les conclusions de la société QBE Europe tendant à sa mise hors de cause en qualité d'assureur du cabinet d'études Marc Merlin, doivent être rejetées.
12. Par ailleurs, la société AXA France Iard, demande au juge des référés d'être mise hors de cause au motif que le contrat d'assurance souscrit par la société B+CA Architecture a été résilié au 1er janvier 2020 et que sa garantie ne peut donc être mobilisée. Toutefois, la société AXA France Iard, assureur du cabinet Bourgeois et de la société B+CA, a été appelée à l'instance en qualité de défendeur potentiel aux fins de rendre contradictoire la mission d'expertise judiciaire à son encontre. De plus, la présente mission d'expertise ne constitue qu'une simple mesure d'instruction et il n'est pas nécessaire d'examiner, à ce stade, la nature précise des garanties contractuelles souscrites. La mesure d'expertise n'est donc pas dépourvue d'utilité à son encontre. Ainsi, la demande de la société AXA France Iard tendant à sa mise hors de cause doit être rejetée.
13. Les sociétés MMA Iard, MMA Iard Assurances Mutuelles demandent également au juge des référés leurs mises hors de cause au motif que leurs garanties ne peuvent être mobilisées au regard des contrats d'assurance souscrits par leur assuré la société Cabinet Marc Merlin. Or, les sociétés MMA Iard et MMA Iard Assurances Mutuelles ont été appelées à l'instance en qualité de défendeurs potentiels aux fins de rendre contradictoire la mission d'expertise judiciaire à leur encontre. En outre, la présente mission d'expertise ne constitue qu'une simple mesure d'instruction et il n'est pas nécessaire d'examiner, à ce stade, la nature précise des garanties contractuelles souscrites. La mesure d'expertise n'est donc pas dépourvue d'utilité à leur encontre. Ainsi, la demande des sociétés MMA Iard et MMA Iard Assurances Mutuelles tendant à leur mise hors de cause doit être rejetée.
14. Enfin, la société Allianz Iard demande également au juge des référés d'être mise hors de cause au motif que les désordres constructifs en cause ne sont pas susceptibles de relever des prestations exécutées par son assurée la société Neos ni, par conséquent, d'être garantis par le contrat de responsabilité civile professionnelle souscrit par la société. Cependant, la société Allianz a été appelée à l'instance en qualité de défendeur potentiel aux fins de rendre contradictoire la mission d'expertise judiciaire à son encontre. De plus, comme précisé auparavant, la présente mission d'expertise ne constitue qu'une simple mesure d'instruction et il n'est pas nécessaire d'examiner, à ce stade, la nature précise des garanties contractuelles souscrites. La mesure d'expertise n'est donc pas dépourvue d'utilité à son encontre. Ainsi, la demande de la société Allianz tendant à sa mise hors de cause doit être rejetée.
Sur l'utilité de la mesure d'expertise :
15.Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".
16.En l'état de l'instruction, la mesure d'expertise judiciaire demandée par la communauté d'agglomération Pornic Agglo Pays de Retz, en l'espèce, un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 3 de la présente ordonnance.
Sur les conclusions de la société Spie Industrie et Tertiaire tendant à la condamnation des parties mises en cause à la garantir des condamnations qui pourraient être prononcées à son encontre :
17.Il n'appartient pas au juge du référé statuant sur le fondement des dispositions de l'article R 532-1 du code de justice administratif pour ordonner une mesure d'expertise de statuer sur les condamnations et les appels en garantie des parties en cause. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par la société Spie Industrie et Tertiaire doivent être rejetées.
Sur les conclusions de la société AXA France Iard :
18. Il n'appartient pas au juge des référés, dans le cadre de la présente instance, d'enjoindre la société B+CA Architecture et la société Elcimai de produire à l'instance l'attestation d'assurance de leur assureur à la date de la réclamation, ces pièces étant en outre susceptibles de faire l'objet d'une remise spontanée à l'expert par les parties concernées ou bien d'une demande de remise par l'expert lui-même de ces documents dans le cadre de l'expertise notamment en application des dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative, ainsi que de la mission d'expertise précisée à l'article 3 de la présente ordonnance.
Sur les réserves exprimées :
19.Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions en ce sens des parties ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les dépens :
20.Devant les juridictions administratives, il appartient au président de la juridiction, et non au juge des référés, de fixer par ordonnance les frais et honoraires qui seront dus à l'expert et de désigner la partie qui en assumera la charge. Il s'ensuit que les conclusions des parties tendant à réserver les dépens ou à ce qu'il soit statué sur les dépens ne peuvent être accueillies.
O R D O N N E :
Article 1er : L'intervention volontaire de la société SMA est admise.
Article 2 : La SMABTP est mise hors de cause.
Article 3 : M. C A, demeurant 12 allée du Pêcheur à Le Pouliguen (44510), est désigné comme expert avec pour mission de :
1°) se rendre sur les lieux, entendre les parties et prendre connaissance de tous documents utiles relatifs aux travaux de construction de l'Ecocentre de valorisation et traitement des ordures ménagères, situé Route du Bignon à Chaumes-en-Retz (44320) ;
2°) rappeler et préciser les liens contractuels unissant les parties, les missions confiées par le maître d'ouvrage à chacun des constructeurs qu'il attrait à la présente instance, et si possible, annexer à son rapport les marchés, avenants, ordres de services et tous autres documents utiles ;
3°) procéder à la constatation et au relevé précis et détaillé des désordres affectant la couverture et la périphérie des bardages verticaux de l'Ecocentre de valorisation et traitement des ordures ménagères ;
4°) décrire les désordres et malfaçons qui seraient constatés et réunir les éléments d'information permettant au tribunal de dire s'ils sont de nature à compromettre la solidité de l'immeuble ou de le rendre impropre à sa destination et de préciser si ces désordres présentent un caractère évolutif ;
5°) donner un avis motivé sur les causes et origines des désordres qui affectent l'Ecocentre de valorisation et traitement des ordures ménagères, en précisant s'ils sont imputables aux travaux de construction, à la conception, à un défaut de direction ou de surveillance, à leur exécution ou encore aux conditions d'utilisation et d'entretien, dans le cas de causes multiples, d'évaluer la part d'imputabilité à chacune d'elles ;
6°) proposer, le cas échéant, les mesures conservatoires nécessaires et évaluer leur coût ;
7°) indiquer la nature des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle, en assurant la solidité des ouvrages et un usage propre à leur destination, en précisant s'il en résulte une plus-value pour les immeubles en cause ;
8°) d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.
9) l'expert pourra engager, si faire se peut et avec l'accord des parties, une médiation aux fins de concilier ces dernières au cours des opérations d'expertise ou au terme de celles-ci.
Article 4 : Après avoir prêté serment, l'expert accomplira sa mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, recourir à un sapiteur qui sera préalablement désigné par le président du tribunal administratif.
Article 5 : L'expert effectuera sa mission au contradictoire de :
-la communauté d'agglomération Pornic Agglo Pays de Retz,
-la société Vinci Environnement,
-la société Sogea Atlantique BTP,
-la société Neos,
-le cabinet d'études Marc Merlin,
-le cabinet Bourgeois,
-la société B+CA Architecture,
-la société Bureau Veritas,
-la société Socotec,
-la société XL Insurance company (assureur de la société Vinci Environnement et du cabinet Bourgeois),
-la société Masse Charpente Serrurerie,
-la société SMA (assureur de la société Sogea Atlantique BTP),
-la société Allianz (assureur de la société Neos),
-la société QBE Europe (assureur du cabinet d'études Marc Merlin et de la société Bureau Veritas),
-la société AXA France Iard (assureur de la société B+CA et de la société Elcimai),
-la société Générale de Valorisation (GEVAL),
-à la société BHD Ingénierie,
-à la société Tufama Construção Civil,
-la société Sifat Aéraulique,
-la société MMA Iard (assureur du cabinet d'études Marc Merlin),
-la société MMA Iard Assurances Mutuelles (assureur du cabinet d'études Marc Merlin),
-la société Elcimai Ingénierie,
-la société Spie Industrie et Tertiaire,
-la société Tata Steel Unitol,
-la société El Baze Charpentier représentant la société Ventmeca Fans.
Article 6 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 7 : L'expert déposera au greffe un exemplaire papier et un exemplaire par voie dématérialisée de son rapport avant le 31 décembre 2023. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle il joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours.
Article 8 : Les frais et honoraires de l'expertise seront taxés ultérieurement par le tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.
Article 9 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 10 : La présente ordonnance sera notifiée à la communauté d'agglomération Pornic Agglo Pays de Retz, à la société Vinci Environnement, à la société Sogea Atlantique BTP, à la société Neos, au cabinet d'études Marc Merlin, au cabinet Bourgeois, à la société B+CA Architecture, à la société Bureau Veritas, à la société Socotec, à la société XL Insurance company , à la société SMABTP, à la société Masse Charpente Serrurerie, à la SMA, à la société Allianz, à la société QBE Europe, à la société AXA France Iard, à la société Générale de Valorisation (GEVAL), à la société BHD Ingénierie, à la société Tufama Construcao civil, à la société Sifat Aéraulique, à la société MMA Iard, à la société MMA Iard Assurances Mutuelles, à la société Elcimai Ingénierie, à la société Spie Industrie et Tertiaire, à la société Tata Steel Unitol, à la société El Baze Charpentier et à M. A, expert.
Fait à Nantes, le 2 février 2023.
La juge des référés,
F. B
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026