mardi 19 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2208024 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | TOUCHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 juin 2022 sous le numéro 2208024, le préfet de la Vendée, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de Mme A C du logement dédié aux demandeurs d'asile, situé 47 rue de la Gite à Fontenay-le-Comte (85200), géré par l'association ressources pour l'accompagnement médicosocial et social (AREAMS) ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation des lieux.
Le préfet de la Vendée soutient que :
- la présente requête relève de la compétence de la juridiction administrative, en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ;
- la présente requête est recevable en application de ces mêmes dispositions ;
- la mesure demandée ne se heurte à aucune contestation sérieuse : la demande d'asile de Mme C ayant été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 14 octobre 2021, notifiée le 13 décembre suivant, et l'intéressée disposant, conformément à la clause de fin de prise en charge du contrat de séjour, d'un délai d'un mois à compter du 26 octobre 2021 pour quitter le logement qu'elle occupe, l'association gestionnaire AREAMS l'a informé par courrier du même jour de la fin de sa prise en charge à compter du 30 novembre 2021 ; la mise en demeure de quitter les lieux sous quinze jours qui lui a été adressée par un courrier du 19 janvier 2022, notifié le 26 janvier suivant, est restée inexécutée ;
- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure sont satisfaites : le refus de quitter les lieux opposé par Mme C compromet le bon fonctionnement du service public d'hébergement des demandeurs d'asile dès lors que le dispositif d'accueil pour les demandeurs d'asile du département de la Vendée totalise 922 places au 22 juin 2022 et que 130 demandeurs d'asile et leurs enfants sont en attente d'une place d'hébergement ; Mme C ne justifie d'aucune circonstance exceptionnelle susceptible de faire obstacle à la mesure d'expulsion demandée, alors qu'un hébergement d'urgence d'une durée maximale de quinze jours lui a été proposé par courrier du 9 mai 2022 et qu'elle pourra solliciter un nouveau délai avant son expulsion.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2022, le Mme A C, représentée par Me Touchard, demande le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, conclut au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, demande d'enjoindre au préfet de la Vendée de s'assurer avant toute expulsion que sa famille disposera d'une solution d'hébergement provisoire hors CADA ou, à titre infiniment subsidiaire, qu'un délai de quatre mois lui soit accordé pour quitter le CADA et, en tout état de cause, de mettre à la charge de l'État 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas démontrée par les documents non probants produits par le préfet de la Vendée et alors qu'il a mis plus de cinq mois à introduire sa requête ;
- le droit à l'hébergement d'urgence constitue une liberté fondamentale et elle justifie de circonstances exceptionnelles compte tenu notamment de la présence à ses côtés de ses deux enfants mineurs et de la fragilité de son état de santé psychologique.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée, relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B, pour statuer sur les demandes en référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Jégard, juge des référés a été entendu au cours de l'audience publique du 13 juillet 2022 à 9h30.
Ni le préfet de la Vendée ni Mme C n'étaient présents ou représentés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Vendée demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme A C du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'elle occupe, situé au 47 rue de la Gite à Fontenay-le-Comte (Vendée).
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de la présente instance, de faire droit à la demande de Mme A C tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire en application de ces dispositions.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 " et l'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
6. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
7. En premier lieu, Mme C, ressortissante de la République démocratique du Congo, déclare être entrée irrégulièrement en France le 17 novembre 2019. Elle est hébergée avec ses deux enfants mineurs dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 47 rue de la Gite à Fontenay-le-Comte (85200), et géré par l'association AREAMS. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 14 octobre 2021, notifiée le 13 décembre suivant à l'intéressée qui a été avisée, par un courrier du 26 octobre 2021 qu'il serait mis fin à sa prise en charge à la date du 30 novembre 2021. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai de quinze jours, lui a été adressée par le préfet la Vendée le 19 janvier 2022. Mme C se maintient ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée. La mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.
8. En second lieu, la libération des lieux par Mme C, définitivement déboutée de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité. Dans ces conditions, l'expulsion sollicitée revêt un caractère d'urgence et d'utilité et apparait comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.
9. Toutefois, eu égard à l'état de fragilité de l'intéressée et à la circonstance qu'elle est accompagnée de deux enfants mineurs et compte tenu de la proposition d'hébergement d'urgence pour une durée de quinze jours qui lui a été faite par le service intégré d'accueil et d'orientation de la Vendée sous réserve de disponibilité, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à Mme C de quitter le lieu d'hébergement qu'elle occupe dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, en l'absence de départ volontaire de l'intéressée à l'issue de ce délai, d'autoriser le préfet de la Vendée à procéder à l'évacuation forcée des lieux au besoin avec le concours de la force publique.
Sur les frais de justice :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que demande Mme C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est enjoint à Mme C de libérer, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'elle occupe au 47 rue de la Gite à Fontenay-le-Comte (85200).
Article 3 : En l'absence de départ volontaire de Mme C dans le délai imparti, le préfet de la Vendée, à l'issue du délai fixé à l'article 1er, pourra faire procéder à son expulsion et à l'évacuation de ses biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressé, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par Mme C est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à Mme A C et à Me Touchard.
Copie sera en outre adressée au préfet de la Vendée.
Fait à Nantes, le 19 juillet 2022.
Le juge des référés,
X. BLa greffière,
G. PEIGNÉ La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026