mardi 19 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2208034 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | GUERIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée, le 23 juin 2022 sous le numéro 2208034, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner à M. A C et à Mme D C et à tous occupants de leur chef de libérer sans délai le logement qu'ils occupent au 8 boulevard des Poilus à Nantes (44300), dédié aux demandeurs d'asile, géré par l'association HUDA ASBL ;
2°) de l'autoriser à procéder à leur expulsion avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. et Mme C, à défaut pour eux de les avoir emportés.
Le préfet de la Loire-Atlantique soutient que :
- sa requête relève de la compétence de la juridiction administrative, en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ;
- sa requête est recevable en application de ces mêmes dispositions ;
- la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse, dès lors que la demande d'asile présentée par M. et Mme C a été rejetée définitivement par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) par des décisions du 1er mars 2021, notifiées le surlendemain, et que ces derniers se sont maintenus dans le logement depuis lors, malgré la notification de la fin de leur prise en charge le 15 avril 2021 et une mise en demeure de quitter les lieux, adressée par courrier le 1er juin 2021 et demeurée inexécutée ;
- les conditions d'urgence et d'utilité sont remplies compte tenu de la capacité actuelle des structures d'accueil des demandeurs d'asile dans le département de la Loire-Atlantique, qui totalise 2 119 places au 2 février 2022, et du nombre de demandeurs d'asile bénéficiaires de l'allocation pour demandeur d'asile, qui s'élève à 2 428 dans le département, alors que le refus des intéressés de libérer leur logement compromet le bon fonctionnement du service public d'hébergement des demandeurs d'asile qui en compte actuellement 1 091 en attente d'un hébergement ; le dispositif d'accueil des demandeurs d'asile est saturé au niveau local, se traduisant notamment par le développement de " squats " ; ni la situation de la famille C, ni l'état de santé de M. C, ne peuvent constituer des circonstances particulières susceptibles de faire obstacle à la mesure demandée, de justifier l'octroi d'un délai supplémentaire pour quitter les lieux ou l'octroi d'un hébergement d'urgence par la préfecture, alors, au demeurant, qu'ils ont fait l'objet de mesures d'éloignement, édictées par le préfet le 22 mars 2022 ; les intéressés ne sauraient se prévaloir du laps de temps qui s'est écoulé entre la mise en demeure qui leur a été faite de quitter les lieux et la saisine du juge des référés, qui leur a été favorable ;
- il ne lui incombe pas de trouver une solution d'hébergement d'urgence de droit commun à la famille C.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2022, M. A C et Mme D C, représentés par Me Guérin, demandent à être admis à l'aide juridictionnelle, concluent au rejet de la requête, demandent qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de leur proposer un hébergement d'urgence avant la mise en œuvre de la procédure d'expulsion et de mettre à la charge de l'État 800 euros à verser à leur conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils font valoir que :
- le juge administratif n'est pas compétent en ce qu'il n'est pas établi qu'ils occupent irrégulièrement le logement en litige ;
- la mesure est sujette à contestation sérieuse : la procédure d'expulsion prévue à l'article R. 552-14 n'a pas été respectée en ce que la preuve de la notification de sortie d'un lieu d'hébergement prise par l'OFII n'est pas rapportée, les notifications sont intervenues à une adresse qui n'est pas celle de la famille ; à la date à laquelle le gestionnaire de l'hébergement a informé les époux C de la fin de leur prise en charge, soit le 15 avril 2021, ces derniers bénéficiaient toujours d'une attestation de demandeurs d'asile ;
- l'urgence n'est pas satisfaite en ce que le taux d'occupation des logements pour demandeurs d'asile par des personnes définitivement déboutées n'est pas justifié par des pièces probantes, alors que la vulnérabilité de la famille fait obstacle à son expulsion eu égard à la présence de huit enfants mineurs et à la pathologie de M. C ;
- à titre subsidiaire, la décision méconnait les stipulations des articles 3-1 et 27 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la mesure n'est pas utile dès lors qu'elle ne repose sur aucun document probant ; la mesure porte atteinte au principe de dignité humaine.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée, relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B, pour statuer sur les demandes en référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 juillet 2022 à 9h30 :
- le rapport de M. Jégard, juge des référés ;
- et les observations de Me Guérin, représentant les époux C, en leur présence, qui insiste à la barre sur l'absence de notification régulière des actes de procédure.
Le préfet de la Loire-Atlantique n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré, présentée par Me Guérin pour les époux C a été enregistrée le 13 juillet 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. A C et Mme D C et de tous occupants de leur chef du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent qu'ils occupent au 8 boulevard des Poilus à Nantes à Nantes (Loire-Atlantique).
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de la présente instance, de faire droit à la demande de M. C et Mme C tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire en application de ces dispositions.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
4. Aux termes de l'article L. 552-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile : " Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile : / 1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile définis à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles ; / 2° Toute structure bénéficiant de financements du ministère chargé de l'asile pour l'accueil de demandeurs d'asile et soumise à déclaration, au sens de l'article L. 322-1 du même code ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
5. Il est constant que M. et Mme C se maintiennent dans les locaux d'un dispositif d'hébergement d'urgence dédié aux demandeurs d'asile (HUDA), lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile au sens des dispositions précitées de l'article L. 552-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Par suite, ainsi qu'en dispose expressément l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ci-dessus rappelé, la juridiction administrative est compétente pour connaitre de la demande présentée par le préfet de la Loire-Atlantique tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion des époux C. L'exception d'incompétence de la juridiction administrative opposée par les intéressés doit ainsi être écartée.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
6. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 " et l'article L. 552-14 énonce : " Les décisions de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur ".
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
8. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
9. M. et Mme C, ressortissants serbes déclarent être entrés irrégulièrement sur le territoire français le 16 juillet 2019. Ils sont hébergés dans un logement dédié aux demandeurs d'asile depuis le 16 juillet 2019. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 1er mars 2021, notifiées le surlendemain. Par un courrier du 15 avril 2021, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a informé les intéressés qu'il serait mis fin à leur prise en charge à la date du 30 avril 2021. M. et Mme C soutiennent toutefois, sans être contestés, que cette lettre ne leur a jamais été notifiée. De plus, le courrier du 1er juin 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique les a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai d'un mois, a été délivrée à une adresse qui ne correspond pas à leur lieu d'hébergement, ce qui est corroboré par un échange de courriels du 17 juin 2022 entre les services préfectoraux et l'association gestionnaire du lieu d'hébergement aux termes duquel la notification de cette mise en demeure aurait ensuite été effectuée en main propre, sans précision toutefois sur la date effective de cette notification. Dès lors, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que les défendeurs ont été privés d'une garantie du fait de l'absence de respect de procédure d'information de la fin de leur prise en charge et de la mise de demeure de quitter leur hébergement, doit être regardé comme soulevant, dans les circonstances de l'espèce, une contestation sérieuse de la mesure d'expulsion demandée par le préfet de la Sarthe.
Sur les frais d'instance :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi relative à l'aide juridique et de mettre à la charge du préfet de la Loire-Atlantique le versement à Me Guérin, avocate des défendeurs, d'une somme de 800 euros, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
O R D O N N E :
Article 1er : M. et Mme C sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête du préfet de la Loire-Atlantique est rejetée.
Article 3 : Le préfet de la Loire-Atlantique versera à Me Guérin une somme de 800 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à ce titre.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à M. A C, à Mme D C et à Me Guérin.
Copie sera en outre adressée au préfet de la Loire-Atlantique.
Fait à Nantes, le 19 juillet 2022.
Le juge des référés,
X. BLa greffière,
G. PEIGNÉ
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026