mardi 19 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2208036 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | PERROT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 juin 2022 sous le numéro 2208036, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner à M. C de libérer sans délai le logement qu'il occupe au 22 rue Blaise Pascal à Nantes (44300), dédié aux demandeurs d'asile, géré par l'association HUDA ASBL ;
2°) de l'autoriser à procéder à son expulsion avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. C, à défaut pour ce dernier de les avoir emportés.
Le préfet de la Loire-Atlantique et autres soutient que :
- sa requête relève de la compétence de la juridiction administrative, en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ;
- sa requête est recevable en application de ces mêmes dispositions ;
- la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse, dès lors que la demande d'asile présentée par M. C a été rejetée définitivement par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) par une décision du 17 octobre 2019, notifiée le 24 octobre suivant, et que ce dernier s'est maintenu dans le logement depuis lors, malgré la notification de la fin de leur prise en charge le 3 décembre 2019 et une mise en demeure de quitter les lieux, adressée par courrier le 17 septembre 2020 et demeurée inexécutée ;
- les conditions d'urgence et d'utilité sont remplies compte tenu de la capacité actuelle des structures d'accueil des demandeurs d'asile dans le département de la Loire-Atlantique, qui totalise 2 119 places au 2 février 2022, et du nombre de demandeurs d'asile bénéficiaires de l'allocation pour demandeur d'asile, qui s'élève à 2 428 dans le département, alors que le refus des intéressés de libérer leur logement compromet le bon fonctionnement du service public d'hébergement des demandeurs d'asile qui en compte actuellement 1 091 en attente d'un hébergement ; le dispositif d'accueil des demandeurs d'asile est saturé au niveau local, se traduisant notamment par le développement de " squats " ; ni la situation de M. C, célibataire sans enfant, ni son état de santé, ne peuvent constituer des circonstances particulières susceptibles de faire obstacle à la mesure demandée, de justifier l'octroi d'un délai supplémentaire pour quitter les lieux ou l'octroi d'un hébergement d'urgence par la préfecture, alors, au demeurant, qu'il a fait l'objet de mesures d'éloignement, édictées par le préfet les 2 janvier 2020 et 28 juin 2021 ; l'intéressé ne saurait se prévaloir du laps de temps qui s'est écoulé entre la mise en demeure qui lui a été faite de quitter les lieux et la saisine du juge des référés, qui lui a été favorable ;
- il ne lui incombe pas de trouver une solution d'hébergement d'urgence de droit commun à M. C.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2022, M. A C, représenté par Me Perrot, conclut, à titre principal, au rejet de la requête en ce qu'elle est mal fondée, ou, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à l'exécution de la mesure sollicitée pendant un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence et d'utilité n'est pas satisfaite dès lors que le refus de libérer les lieux invoqués par la partie adverse est lié à son impossibilité de trouver une autre solution de logement et à son impossibilité, pour le moment, de retourner dans son pays d'origine, en raison de sa prise en charge médicale sur le territoire français et de ses craintes en cas d'éloignement ;
- la mesure demandée porte une atteinte disproportionnée à sa situation, notamment au regard de son état de santé et au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juillet 2022.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée, relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B, pour statuer sur les demandes en référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 juillet 2022 à 9h30 :
- le rapport de M. Jégard, juge des référés ;
- et les observations de Me Desfrançois, substituant Me Perrot, représentant M. A C, en sa présence, qui insiste sur l'absence de caractère probant des chiffres communiqués par le préfet et les problèmes de santé de M. C qui avait par ailleurs trouvé un emploi ce qui pouvait lui permettre de quitter le dispositif d'hébergement d'urgence des demandeurs d'asile mais à qui le titre de séjour a été refusé, l'empêchant de travailler.
Le préfet de la Loire-Atlantique n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. A C du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'il occupe au 22 rue Blaise Pascal à Nantes (Loire-Atlantique).
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juillet 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 " et l'article L. 552-15 énonce : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
6. En premier lieu, M. C, ressortissant burkinabé déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français le 10 septembre 2016. Il est hébergé dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé 22 rue Blaise Pascal à Nantes (44300), géré par l'HUDA ASBL depuis le 16 décembre 2016. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 17 octobre 2019, notifiée le 24 octobre 2019 à l'intéressé qui a été avisé, par un courrier du 3 décembre 2019, de ce qu'il serait mis fin à leur prise en charge à la date du " 17 novembre 2019 " (sic). Une mise en demeure de quitter les lieux dans un délai d'un mois a été adressée aux intéressés par le préfet de la Loire-Atlantique le 17 septembre 2020. M. C se maintient ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile depuis plus d'une année, alors que sa demandes d'asile a été définitivement rejetée. La mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.
7. En second lieu, la libération des lieux par M. C, définitivement débouté de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité. Dans ces conditions, l'expulsion sollicitée revêt un caractère d'urgence et d'utilité et apparait comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.
8. Si M. C fait valoir que son état de santé serait incompatible avec la mesure sollicitée, la seule production de deux certificats médicaux et d'une ordonnance médicale attestant de son stress post-traumatique et d'un suivi médical pour une pathologie chronique sont insuffisants, alors, au surplus, que la mesure sollicitée n'a ni pour objet ni pour effet de mettre fin à sa prise en charge médicale. Ces circonstances justifient seulement que lui soit accordé, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'il occupe indûment, un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et, en l'absence de départ volontaire de l'intéressé à l'issue de ce délai, d'autoriser le préfet de la Loire-Atlantique à procéder à l'évacuation forcée des lieux au besoin avec le concours de la force publique.
Sur les frais de justice :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que demande M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. C de libérer, dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'il occupe au 22 rue Blaise Pascal à Nantes (44300).
Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. C dans le délai imparti, le préfet de la Loire-Atlantique, à l'issue du délai fixé à l'article 1er, pourra faire procéder à son expulsion et à l'évacuation de ses biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressé, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 3 : Les conclusions présentées par M. C sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à M. A C et à Me Perrot.
Copie sera en outre adressée au préfet de la Loire-Atlantique.
Fait à Nantes, le 19 juillet 2022.
Le juge des référés,
X. BLa greffière,
G. PEIGNÉ
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026