vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2208466 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | BARTHELEMY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 juillet 2022, Mme E D, représentée par Me Barthélémy, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui indiquer dans le délai de quarante-huit heures un hébergement susceptible de l'accueillir avec ses deux enfants ;
2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'en dépit de ses démarches depuis 2018 pour obtenir un logement social ou une prise en charge en centre d'hébergement et de réinsertion sociale, elle est désormais sans abri, depuis son expulsion récente de son habitat précaire sur un terrain non conventionné sur le territoire de la commune d'Orvault, avec ses deux enfants, alors qu'elle doit accoucher d'un troisième enfant au plus tard le 15 juillet prochain ;
- il est porté une atteinte de manière grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale constituée par le droit à un hébergement d'urgence géré par l'Etat alors qu'elle est sans hébergement avec ses enfants en dépit de sa grossesse avancée ; l'absence de réaction du 115 et du service intégré d'accueil et d'orientation qu'elle appelle régulièrement par le révèle une carence caractérisée de la part de ces services eu égard à la situation de détresse et de précarité de l'intéressée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2022 le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'il n'existe pas d'atteinte suffisamment grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale en l'absence de détresse de la requérante qui dispose d'un revenu à hauteur de 1 180,65 euros mensuels et peut mobiliser des solutions individuelles, les pères devant subvenir aux besoins de leurs enfants, alors que le 115 indique n'avoir aucune trace d'appel de la part de l'intéressée, laquelle est sur liste d'attente pour un hébergement en CHRS, et que ce service est actuellement saturé notamment en raison de la crise ukrainienne ainsi il ne saurait être retenu une carence de l'administration constitutive d'une telle atteinte.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Le président du tribunal a désigné M. Echasserieau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes en référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 juillet 2022 à 9 heures 30 :
- le rapport de M. Echasserieau, juge des référés,
- et les observations de Me Barthélémy, pour Mme D.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D ressortissante roumaine né le 14 octobre 1991 est entrée en France en 2012 et a vécu en concubinage avec M. A dont elle a eu deux enfants C et B nés le 2 avril 2020. Séparée de son compagnon au début de l'année 2021, suite à des violences conjugales, elle a bénéficié d'une mise à l'abri via Citad'elles à la fin de l'année 2021. Depuis lors, elle vivait dans une caravane avec ses deux enfants dont elle a été expulsée récemment et malgré la reconnaissance du caractère prioritaire de son hébergement, par une décision de la commission de médiation du droit au logement opposable du 13 mai 2022, elle demeure sans abri alors qu'il ressort des débats à l'audience qu'elle a accouché le 4 juillet dernier et qu'elle sortira de la maternité le 11 juillet prochain.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme D.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. L'article L. 521-2 du code de justice administrative prévoit que : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
4. D'une part, aux termes de l'article L. 345-1 du code de l'action sociale et des familles : " Bénéficient, sur leur demande, de l'aide sociale pour être accueillies dans des centres d'hébergement et de réinsertion sociale publics ou privés les personnes et les familles qui connaissent de graves difficultés, notamment économiques, familiales, de logement, de santé ou d'insertion, en vue de les aider à accéder ou à recouvrer leur autonomie personnelle et sociale. () ". L'article L. 345-2 de ce code prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". L'article L. 345-2-2 du même code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 de ce code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ". Aux termes de l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique () aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social () ". Aux termes de l'article L. 222-1 du même code : " () les prestations d'aide sociale à l'enfance mentionnées au présent chapitre sont accordées par décision du président du conseil départemental du département où la demande est présentée. ". Aux termes de l'article L. 222-5 de ce code : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () 4° Les femmes enceintes et les mères isolées avec leurs enfants de moins de trois ans qui ont besoin d'un soutien matériel et psychologique, notamment parce qu'elles sont sans domicile. () ". Enfin, il résulte de l'article L. 221-2 du code de l'action sociale et des familles que le département doit notamment disposer de " possibilités d'accueil d'urgence " ainsi que de " structures d'accueil pour les femmes enceintes et les mères avec leurs enfants " et de son article L. 222-3 que les prestations d'aide sociale à l'enfance peuvent prendre la forme du versement d'aides financières.
6. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 121-7 et L. 345-1 du code de l'action sociale et des familles que sont en principe à la charge de l'Etat les mesures d'aide sociale relatives à l'hébergement des familles qui connaissent de graves difficultés, notamment économiques ou de logement, à l'exception des femmes enceintes et des mères isolées avec leurs enfants de moins de trois ans qui ont besoin, notamment parce qu'elles sont sans domicile, d'un soutien matériel et psychologique, dont la prise en charge incombe au département au titre de l'aide sociale à l'enfance en vertu de l'article L. 222-5 du même code.
7. Lorsqu'il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale, seule une carence caractérisée dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale permettant au juge des référés de faire usage des pouvoirs qu'il tient de ce texte, en ordonnant à l'administration de faire droit à une demande d'hébergement d'urgence. Il lui incombe d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l'administration, en tenant compte des moyens dont elle dispose, ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
8. Eu égard à la vulnérabilité de Mme D, non contestée par le préfet, qui vient d'accoucher de son enfant le 4 juillet dernier et devrait quitter le 11 juillet la maternité et la présence de deux enfants en bas âge, la situation de l'intéressée est incompatible avec une vie à la rue alors qu'il résulte d'une attestation de la permanence Chaptal du 1er juillet 2022 que l'intéressée tente d'appeler régulièrement le 115 via le SIAO d'urgence, ce que les dénégations sans preuve du préfet ne suffisent à remettre en cause. Si le préfet soutient que les ressources de la requérante lui permettent de trouver des solutions individuelles, la circonstance qu'elle perçoive, à la date de la présente décision, 1 180,65 euros mensuels, alors qu'il est constant qu'elle résidait dans un habitat précaire sur un terrain non conventionné dont elle a été expulsée, que le père de ses deux premiers enfants fait l'objet de mesures d'éloignement pour violences conjugales et qu'elle n'a plus de relations avec le père de son troisième enfant, ne suffit pas, en l'état du dossier, à assurer à Mme D la possibilité de mettre sa famille à l'abri.
9. Toutefois Mme D, se présente comme une mère isolée et a introduit le présent recours en son nom propre, ainsi sa prise en charge au titre de l'hébergement d'urgence relève prioritairement de la compétente des services du département de Loire-Atlantique, en vertu des principes rappelés au point 6. Il suit de là que, bien que les conditions requises par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être regardées comme satisfaites compte tenu des risques induits par la vie à la rue de la requérante, la carence des services de l'Etat ne peut être regardée comme constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale du droit d'accès à un hébergement d'urgence et au principe de dignité humaine, dès lors que la situation de Mme D relève à titre principal du département de Loire-Atlantique qu'il lui revient de saisir prioritairement de sa situation, ce qu'elle n'établit pas avoir fait jusqu'à présent.
10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de Mme D.
O R D O N N E
Article 1er : Mme D est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme D est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E D, et au préfet de la Loire-Atlantique.
Copie en sera adressée au département de Loire-Atlantique.
Fait à Nantes, le 8 juillet 2022.
Le juge des référés,
B. EchasserieauLa greffière,
G. Peigné
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026