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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2208551

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2208551

vendredi 29 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2208551
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantLE FLOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juillet 2022, le préfet de la Vendée demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. C et Mme E de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile, géré par l'association APSH, devenue Vista, qu'ils occupent au 54 rue Georges Clémenceau à Le Château-d'Olonne (85180) ;

2°) de l'autoriser à procéder à leur expulsion avec le concours de la force publique.

Il soutient que :

- la présente requête relève de la compétence de la juridiction administrative, en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ;

- la présente requête est recevable en application de ces mêmes dispositions ;

- la mesure demandée ne se heurte à aucune contestation sérieuse : les demandes d'asile de M. C et de Mme E ont été définitivement rejetées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 18 août 2021, notifiées le 23 août 2021, et l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) les a informés par une lettre du 7 septembre 2021, remise le jour même en mains propres aux intéressés, de la fin de leur prise en charge et de leur droit de se maintenir jusqu'au 18 septembre 2021 ; la mise en demeure de quitter les lieux sous quinze jours, qui leur a été adressée par une lettre du préfet de la Vendée du 1er octobre 2021, notifiée le 6 octobre 2021, est restée inexécutée ;

- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure sont satisfaites : le refus de quitter les lieux opposé par M. C et de Mme E compromet le bon fonctionnement du service public d'hébergement des demandeurs d'asile dès lors que les structures d'accueil des demandeurs d'asile sont actuellement saturées, que le dispositif d'accueil pour les demandeurs d'asile du département de la Vendée totalise 922 places au 1er juillet 2022 et que 130 demandeurs d'asile et leurs enfants sont en attente d'une place d'hébergement au 30 avril 2022 ; M. C et de Mme E ne justifient d'aucune circonstance exceptionnelle susceptible de faire obstacle à la mesure d'expulsion demandée, alors qu'un hébergement d'urgence d'une durée maximale de quinze jours leur a été proposé par une lettre du Service intégré d'accueil et d'orientation (SIAO) de la Vendée du 17 juin 2022 et qu'ils pourront solliciter un nouveau délai avant leur expulsion.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés respectivement les 22 et 25 juillet 2022, M. B C et Mme F E, représentés par Me Le Floch, concluent :

1°) à ce qu'ils soient admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, à ce que leur soit accordé un délai de six mois pour quitter les lieux ou pour les orienter vers un hébergement d'urgence.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors qu'ils sont dans une situation de vulnérabilité, notamment en raison du jeune âge de leurs trois enfants, nés entre 2009 et 2017, du traumatisme subi par le dernier d'entre eux et de la psychothérapie qu'il doit suivre en conséquence, qu'ils ne disposent d'aucune solution d'hébergement effective et immédiate, et qu'il n'est pas établi que le dispositif d'hébergement d'urgence serait susceptible de les prendre en charge ;

- la mesure demandée fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors qu'aucun élément du dossier ne permet de s'assurer que la décision de sortie de l'hébergement pour demandeurs d'asile a été prise après consultation du directeur du lieu d'hébergement, ni que cette décision soit intervenue en connaissance de la situation de vulnérabilité de la famille ;

- leur accorder une orientation vers un hébergement d'urgence pouvant les accueillir le jour et la nuit en continu, ou un délai de six mois pour quitter l'hébergement dans des conditions satisfaisantes est nécessaire dès qu'ils sont dans une situation de vulnérabilité et qu'ils espèrent régulariser leur situation dans les prochains mois.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Vauterin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes en référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir présenté son rapport et entendu au cours de l'audience publique du lundi 25 juillet 2022 à 9h30 les observations de Me Le Floch, représentant les intérêts de M. C, présent, et de Mme E. Me Le Floch précise que les intéressés seront hébergés d'octobre 2022 à avril 2023 par un particulier à Commequiers (Vendée) et que, dans l'attente, ils demandent d'être maintenus dans le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent, eu égard notamment à la présence de leurs quatre jeunes enfants, dont le dernier est né en mars 2022.

Le préfet de la Vendée n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été reportée au 25 juillet 2022 à 16h00.

M. C et Mme E ont produit des pièces enregistrées le 25 juillet 2022, postérieurement à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Vendée demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. B C, né le 3 mars 1984, et de son épouse, Mme F E, née le 21 mars 1987, tous deux de nationalité azerbaïdjanaise, du logement dédié aux demandeurs d'asile, géré par l'association d'accompagnement personnalisé et de soutien à l'habitat (APSH), devenue association Vista, qu'ils occupent au 54 rue Georges Clémenceau à Le Château-d'Olonne (85180) ;

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Et aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau () ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Par une décision du 25 juillet 2022, M. C et Mme E se sont vu accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur leur demande d'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 énonce que : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

6. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

7. En premier lieu, M. C et Mme E sont hébergés dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé 54 rue Georges Clémenceau à Le Château-d'Olonne (85180). Leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 18 août 2021, notifiées le 23 août 2021 aux intéressés. Ils ont été avisés, par une lettre du directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 7 septembre 2021, remise le jour même en mains propres aux intéressés, de la fin de leur prise en charge et de leur droit de se maintenir dans le logement jusqu'au 18 septembre 2021. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai de quinze jours, a été adressée aux intéressés par une lettre du préfet la Vendée du 1er octobre 2021, notifiée le 6 octobre suivant. Par une lettre du 2 novembre 2021, l'association APSH a constaté à cette date le refus de M. C et Mme E de sortir du logement et leur maintien dans les lieux. Les intéressés se maintiennent dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile alors que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées. La mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.

8. En second lieu, la libération des lieux par M. C et Mme E, définitivement déboutés de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité. Dans ces conditions, l'expulsion sollicitée revêt un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.

9. Il résulte toutefois de l'instruction que M. C et Mme E sont accompagnés de leurs quatre enfants, nés en 2009, 2012, 2017 et 2022, et qu'ils justifient, par la production d'une attestation d'hébergement en date du 23 juillet 2022, de l'engagement de Mme D A, résidant à Commequiers (Vendée), de les accueillir tous à son domicile à titre gratuit à compter du mois d'octobre 2022 jusqu'au mois d'avril 2023. Cette double circonstance, qui manifeste au demeurant les diligences accomplies par M. C et Mme E pour libérer le logement qu'ils occupent indument et se reloger par leurs propres moyens, justifie que leur soit accordé, pour libérer ce logement, un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance. En l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai, il y a lieu d'autoriser le préfet de la Vendée à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. C et Mme E tendant à leur admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint à M. C et Mme E de libérer, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement dédié aux demandeurs d'asile, géré par l'association APSH, devenue Vista, qu'ils occupent au 54 rue Georges Clémenceau à Le Château-d'Olonne (Vendée).

Article 3 : En l'absence de départ volontaire de M. C et Mme E dans le délai imparti, le préfet de la Vendée, à l'issue du délai fixé à l'article 2, pourra faire procéder à leur expulsion, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. B C et Mme F E, et à Me Le Floch.

Copie en sera adressée au préfet de la Vendée.

Fait à Nantes, le 29 juillet 2022.

Le juge des référés,

A. VAUTERINLa greffière,

M-C. MINARD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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