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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2208556

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2208556

mercredi 27 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2208556
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantPOULARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 4 et 22 juillet 2022, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. F de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile, géré par l'association ADOMA, qu'il occupe au 20 square des Rochelets à Nantes (44100) ;

2°) de l'autoriser à procéder à son expulsion avec le concours de la force publique ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. F, à défaut pour celui-ci de les avoir emportés.

Il soutient que :

- la présente requête relève de la compétence de la juridiction administrative, en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la présente requête est recevable, en application des dispositions des articles L. 552-1 et L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et R. 431-9 et R. 431-10 du code de justice administrative ;

- la mesure demandée ne se heurte à aucune contestation sérieuse : la demande d'asile de M. F a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 19 octobre 2021, notifiée le 28 octobre 2021 ; l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) l'a informé par une lettre du 4 novembre 2021, remise le jour même en mains propres à l'intéressé, de la fin de sa prise en charge à compter du 30 novembre 2021 ; la mise en demeure de quitter les lieux dans un délai d'un mois, qui lui a été adressée par une lettre du préfet de la Loire-Atlantique du 4 janvier 2022, notifiée le 12 janvier 2022, est restée inexécutée ;

- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure sont satisfaites : le refus de quitter les lieux opposé par M. F compromet le bon fonctionnement du service public d'hébergement des demandeurs d'asile dès lors que les structures d'accueil des demandeurs d'asile sont actuellement saturées, que le dispositif d'accueil pour les demandeurs d'asile du département de la Loire-Atlantique totalise 2119 places au 2 février 2022, que 934 personnes occupent indument un des logements concernés, alors qu'il y a 2428 demandeurs d'asile bénéficiaires de l'allocation pour demandeur d'asile en Loire-Atlantique au 31 janvier 2022, dont 1091 en attente d'un hébergement ; M. F ne justifie d'aucune circonstance exceptionnelle susceptible de faire obstacle à la mesure d'expulsion demandée et ne se trouve pas dans une situation qui nécessiterait qu'il soit maintenu dans le logement qu'il occupe ;

- il est nécessaire que M. F, lequel ne peut se prévaloir d'un droit au maintien dans le logement qu'il occupe, quitte les lieux sans délai, sa présence dans ce logement faisant obstacle à l'accueil de nouveaux arrivants bénéficiant du statut de demandeur d'asile, alors qu'il est informé depuis plusieurs mois de la nécessité de quitter les lieux, qu'il ne détient aucun titre lui permettant de se maintenir régulièrement sur le territoire, qu'il n'a entrepris aucune démarche en vue de son relogement, et que, dans ces conditions, lui accorder un délai serait contraire à l'esprit des dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il ne lui incombe pas de trouver une solution d'hébergement d'urgence de droit commun à M. F, lequel ne présente aucun facteur de détresse particulière.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juillet 2022, M. F, représenté par Me Poulard, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'un délai de départ de trois mois lui soit accordé pour quitter les lieux, à ce que lui soit désigné un hébergement d'urgence, et sollicite son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que le préfet ne lui a adressé, depuis le 4 janvier 2022, date de sa dernière mise en demeure, aucune nouvelle mise en demeure de quitter les lieux, qu'il n'a effectué depuis cette date aucune diligence pour l'expulser du logement, que la saisine par le préfet du juge des référés intervient donc brutalement alors que le requérant n'a aucune solution de relogement et qu'il est dans une situation matérielle et psychologique difficile, et que la saturation alléguée du dispositif d'accueil des demandeurs d'asile n'est pas un phénomène récent justifiant que l'urgence soit retenue pour procéder à son expulsion ;

- à titre subsidiaire, une expulsion sans délai aurait des conséquences particulièrement graves au regard de sa situation personnelle dans la mesure où il ne pourrait plus voir ses deux enfants qui vivent à Nantes ; il a eu un premier enfant, Mlle H F, née le 28 mai 2019, avec son ancienne compagne, Mme C B, et un second enfant, Mlle E F, née le 31 mai 2022, avec sa nouvelle compagne, Mme D B, laquelle est sans hébergement avec leur fille depuis le 6 juillet 2022, date de sa sortie de la maternité du CHU de Nantes ; ils vont prochainement demander l'asile pour leur fille E ; il ne bénéficie d'aucune solution de relogement malgré ses appels répétés au 115 ; une note du ministre de l'intérieur du 6 mai 2016 invite les préfets à proposer, concomitamment avec les procédures d'expulsion, des solutions transitoires d'hébergement lorsque les conditions climatiques sont rigoureuses, comme c'est le cas actuellement avec les fortes chaleurs ; il peut prétendre à un dispositif d'hébergement d'urgence sur le fondement de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles.

Vu la décision du 19 juillet 2022 admettant M. F au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Vauterin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes en référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir présenté son rapport et entendu au cours de l'audience publique du lundi 25 juillet 2022 à 9h30 les observations de Me Poulard, représentant les intérêts de M. F, présent.

Le préfet de la Loire-Atlantique n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. I F, né le 15 mai 1986, de nationalité nigériane, du logement dédié aux demandeurs d'asile, géré par l'association ADOMA, qu'il occupe au 20 square des Rochelets à Nantes (44100).

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. F ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 juillet 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 énonce que : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

6. En premier lieu, M. F est hébergé dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 20 square des Rochelets à Nantes (44100), depuis le 30 avril 2019. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 19 octobre 2021, notifiée le 28 octobre 2021 à l'intéressé. Il a été avisé, par une lettre du directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 4 novembre 2021, qu'il serait mis fin à sa prise en charge à la date le 30 novembre 2021. Une mise en demeure de quitter les lieux dans un délai d'un mois lui a été adressée par une lettre du préfet de la Loire-Atlantique du 4 janvier 2022, notifiée le 12 janvier 2022. L'intéressé se maintient dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée. La mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.

7. En second lieu, si M. F fait valoir, pour démontrer l'absence de caractère d'urgence de la mesure sollicitée, que le préfet de la Loire-Atlantique n'a effectué, depuis le 4 janvier 2022, aucune diligence pour l'expulser de son logement, cet élément n'est pas de nature à remettre en cause l'urgence ou l'utilité de la mesure demandée par le préfet, eu égard au nombre de demandeurs d'asile en attente d'hébergement dans le département de la Loire-Atlantique, qui était de 1091 au 31 janvier 2022, afin de prendre en charge de nouveaux demandeurs d'asile. Contrairement à ce que soutient M. F, son éviction du logement qu'il occupe indument à ce jour à Nantes n'a pas pour objet et ne saurait avoir pour effet de le priver de la possibilité de voir ses deux enfants mineurs qui résident, l'un et l'autre, à Nantes, avec leur mère respective, à savoir l'ancienne compagne de M. F et sa nouvelle compagne. En tout état de cause, l'intéressé, qui ne bénéficie plus d'un droit à se maintenir dans le logement pour demandeurs d'asile qu'il occupe indument à ce jour, ne peut faire valoir utilement qu'il a assigné son ancienne compagne, Mme C A, en situation régulière sur le territoire français, devant le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Nantes afin que lui soit accordé un droit de visite et d'hébergement de leur fille H, née le 28 mai 2019, ni que l'audience est prévue le 25 juillet à 11h00. Si M. F soutient également que sa nouvelle compagne, Mme D B, et leur fille E, née le 31 mai 2022, sont sans logement depuis que Mme D B est sortie de la maternité, le 6 juillet 2022, il admet dans sa requête ne pas les héberger actuellement dans son logement, et n'allègue pas avoir hébergé Mme D B avant son admission à la maternité, laquelle fait l'objet au demeurant d'une obligation de quitter le territoire français depuis le 26 juillet 2018. La libération du logement occupé indument par M. F demeure ainsi sans incidence sur la situation de Mme D B et de leur fille E, dans l'intérêt desquelles le conseil de M. F a, le 13 juillet 2022, saisi le préfet de la Loire-Atlantique d'une demande d'hébergement d'urgence. Il résulte enfin de l'instruction que M. F n'a effectué, entre le 4 janvier 2022, date de la mise en demeure de quitter les lieux, et la date d'introduction de la présente requête, aucune démarche en vue d'assurer son relogement. Dans ces conditions, la libération des lieux sollicitée par le préfet de la Loire-Atlantique revêt un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à M. F de quitter, à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement dédié aux demandeurs d'asile, géré par l'association ADOMA, qu'il occupe au 20 square des Rochelets à Nantes (Loire-Atlantique), et de le libérer des biens meubles s'y trouvant.

Article 2 : A défaut pour M. F de libérer les lieux à compter de la notification de la présente ordonnance et d'évacuer les biens lui appartenant dans les conditions précisées à l'article 1er, le préfet de la Loire-Atlantique pourra faire procéder à son expulsion et à l'évacuation desdits biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressé, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. F aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. I F et à Me Poulard.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Fait à Nantes, le 27 juillet 2021.

Le juge des référés,

A. Vauterin

La greffière,

M-C. Minard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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