vendredi 29 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2208650 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | BEARNAIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 5 et 22 juillet 2022, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme D de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile, géré par l'association ADOMA, qu'elle occupe au 10 rue Paul Nassivet à Nantes (44300) ;
2°) de l'autoriser à procéder à son expulsion avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme D, à défaut pour celle-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- la présente requête relève de la compétence de la juridiction administrative, en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la présente requête est recevable, en application des dispositions des articles L. 552-1 et L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et R. 431-9 et R. 431-10 du code de justice administrative ;
- la mesure demandée ne se heurte à aucune contestation sérieuse : la demande d'asile de Mme D a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 23 février 2021, notifiée le 1er mars 2021 ; l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) l'a informée par une lettre du 2 mars 2021, remise en mains propres à l'intéressée le 8 mars 2021, de la fin de sa prise en charge à compter du 1er avril 2021 ; la mise en demeure de quitter les lieux dans un délai d'un mois, qui lui a été adressée par une lettre du préfet de la Loire-Atlantique du 27 avril 2021, notifiée le 30 avril 2021, est restée inexécutée ;
- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure sont satisfaites : le refus de quitter les lieux opposé par Mme D compromet le bon fonctionnement du service public d'hébergement des demandeurs d'asile dès lors que les structures d'accueil des demandeurs d'asile sont actuellement saturées, que le dispositif d'accueil pour les demandeurs d'asile du département de la Loire-Atlantique totalise 2119 places au 2 février 2022, que 934 personnes occupent indument un des logements concernés, alors qu'il y a 2428 demandeurs d'asile bénéficiaires de l'allocation pour demandeur d'asile en Loire-Atlantique au 31 janvier 2022, dont 1091 en attente d'un hébergement ; Mme D ne justifie d'aucune circonstance exceptionnelle susceptible de faire obstacle à la mesure d'expulsion demandée et ne se trouve pas dans une situation qui nécessiterait qu'elle soit maintenue dans le logement qu'elle occupe ;
- il est nécessaire que Mme D, laquelle ne peut se prévaloir d'un droit au maintien dans le logement qu'elle occupe, quitte les lieux sans délai, sa présence dans ce logement faisant obstacle à l'accueil de nouveaux arrivants bénéficiant du statut de demandeur d'asile, alors qu'elle est informée depuis plus d'un an de la nécessité de quitter les lieux, qu'elle ne détient aucun titre lui permettant de se maintenir régulièrement sur le territoire, qu'elle n'a entrepris aucune démarche en vue de son relogement, et que, dans ces conditions, lui accorder un délai serait contraire à l'esprit des dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il ne lui incombe pas de trouver une solution d'hébergement d'urgence de droit commun à Mme D, laquelle a fait l'objet en date du 20 septembre 2021 d'une obligation de quitter le territoire français et ne présente aucun facteur de détresse particulière.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 juillet 2022, Mme C D, représentée par Me Béarnais, conclut à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à la mesure d'expulsion pendant un délai de six mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au profit de son conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la mesure sollicitée par le préfet de la Loire-Atlantique est dépourvue de caractère urgent et d'utilité dès lors que les perturbations graves au fonctionnement normal du service public ne sont pas établies, que la saturation des dispositifs locaux d'hébergements ne saurait suffire pour caractériser l'urgence eu égard au caractère national de ce dispositif, qu'elle se trouve dans une situation de particulière vulnérabilité compte tenu de sa situation de mère de deux enfants âgés de 2 ans et un an, et de concubine d'un étranger en situation irrégulière, père de ses deux enfants, que ces circonstances exceptionnelles font obstacle à la mesure sollicitée par le préfet et que l'expulsion porte atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et au principe de dignité, eu égard notamment à la circonstance que Mme D souffre d'un syndrome post-traumatique nécessitant un suivi médical ;
- la mesure sollicitée se heurte à une contestation sérieuse dès lors que sa situation de précarité, d'isolement, de vulnérabilité et de mère de deux enfants en bas âge, ainsi que la situation irrégulière de son compagnon constituent des circonstances exceptionnelles faisant obstacle à la mesure d'expulsion en litige ;
- en raison de son état de santé et de sa situation de précarité, et de son impossibilité de se reloger dans des conditions normales avec deux enfants mineurs, il doit être sursis à la mesure d'expulsion pendant un délai de six mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir.
Vu la décision du 25 juillet 2022 admettant Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Vauterin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes en référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir présenté son rapport et entendu au cours de l'audience publique du lundi 25 juillet 2022 à 9h30 les observations de Me Béarnais, représentant les intérêts de Mme D, présente.
Le préfet de la Loire-Atlantique n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme C D, née le 30 novembre 1999, de nationalité guinéenne, du logement dédié aux demandeurs d'asile, géré par l'association ADOMA, qu'elle occupe au 10 rue Paul Nassivet à Nantes (44300).
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 énonce que : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. En premier lieu, Mme D, entrée en France le 22 août 2018 selon ses déclarations, est hébergée depuis le 19 novembre 2018 dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 10 rue Paul Nassivet à Nantes (44300). Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 23 février 2021, notifiée le 1er mars 2021 à l'intéressée. Elle a été avisée, par une lettre du directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 2 mars 2021, qu'il était mis fin à sa prise en charge à la date le 1er avril 2021 mais que son hébergement pouvait, à sa demande et à titre exceptionnel, être prolongé pour une durée maximale d'un mois en fonction des démarches qu'elle aurait entreprises pour préparer sa sortie du logement. Une mise en demeure de quitter les lieux dans un délai d'un mois lui a été adressée par une lettre du préfet de la Loire-Atlantique du 27 avril 2021, notifiée le 30 avril 2021. L'intéressée se maintient dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée. La mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.
6. En deuxième lieu, la libération des lieux par Mme D, définitivement déboutée de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité. Dans ces conditions, l'expulsion sollicitée revêt un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.
7. En troisième lieu, Mme D n'établit pas, par les pièces médicales relativement anciennes qu'elle produit, la gravité des problèmes de santé dont elle se dit atteinte et qui expliqueraient sans plus de précision sa fragilité. Toutefois, s'il est constant que Mme D vit avec son concubin, M. A B, dans le logement pour demandeurs d'asile qui lui est attribué, il n'est pas contesté que l'intéressée est mère de famille de deux enfants nés respectivement à Nantes les 9 août 2020 et 13 novembre 2021. Cette circonstance justifie que lui soit accordé, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'elle occupe indûment, un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance. En l'absence de départ volontaire de l'intéressée à l'issue de ce délai, il y a lieu d'autoriser le préfet de la Loire-Atlantique à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de Mme D les biens meubles qui s'y trouveraient.
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espère, de faire droit aux conclusions de Mme D présentées en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à Mme D de libérer, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement dédié aux demandeurs d'asile, géré par l'association ADOMA, qu'elle occupe au 10 rue Paul Nassivet à Nantes (Loire-Atlantique).
Article 2 : En l'absence de départ volontaire de Mme D dans le délai imparti, le préfet de la Loire-Atlantique, à l'issue du délai fixé à l'article 1er, pourra faire procéder à son expulsion et à l'évacuation des biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressée, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 3 : Les conclusions de Mme D présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à Mme C D et à Me Béarnais.
Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.
Fait à Nantes, le 29 juillet 2022.
Le juge des référés,
A. VAUTERINLa greffière,
M-C. MINARD
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026