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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2208686

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2208686

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2208686
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantGUILBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 juillet 2022, M. C A et Mme D B, représentés par Me Guilbaud, demandent au juge des référés :

1°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de convoquer M. A aux fins de lui délivrer un visa de court séjour en vue de son mariage, accompagné d'un laissez-passer, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 500 euros par heure de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'ils ont déjà été contraints de fixer trois dates de mariage successives depuis la publication des bans , que le 11 juillet 2022 est la prochaine date fixée pour célébrer cette union, soit dans seulement cinq jours et que les bans arrivent à expiration le 12 juillet 2022 soit le lendemain de cette date ; ils ont été particulièrement diligents dans leurs démarches et risquent de perdre le bénéfice de la publication des bans alors pourtant que le ministre de l'intérieur a indiqué avoir donné instruction aux autorités consulaires de délivrer le visa sollicité le 30 juin 2022, soit il y a déjà une semaine ;

- il est porté atteinte de manière grave et manifestement illégale à la liberté de se marier, qui constitue une liberté fondamentale ainsi qu'un principe à valeur constitutionnelle garanti par les articles 2 et 4 de la Déclaration des Droits de l'Homme de 1789, alors qu'ils ont obtenu un certificat de non-opposition à mariage, que les bans, qui ne sont valables qu'un an, ont été publiés le 12 juillet 2021 et que les autorités consulaires auraient dû délivrer le visa sollicité depuis le 30 juin 2022 et permettre à M. A d'entrer en France afin d'y célébrer son mariage avec Mme B.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2022, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer et s'en remet à la sagesse de la juridiction s'agissant des conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que, par instruction du 30 juin 2022, il a demandé à l'autorité consulaire française à Dakar de délivrer le visa sollicité et que M. A a été convoqué à un rendez-vous à cette fin le 8 juillet 2022 à 12 heures.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Le Barbier, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 juillet 2022 à 10 heures :

- le rapport de Mme Le Barbier, juge des référés,

- et les observations de Me Guilbaud, avocate de Mme B et de M. A, qui s'oppose au non-lieu à statuer et insiste à la barre sur le fait que le bien-fondé de la demande de visa n'est pas remis en cause par le ministre de l'intérieur qui a décidé de délivrer un visa à M. A, mais qu'aucune suite n'a été donnée à l'instruction du ministre tendant à la délivrance du visa, qui avait conduit le juge des référés à conclure au non-lieu à statuer, et que si le ministre indique désormais que M. A a été convoqué ce 8 juillet à 12 heures, il convient de signaler que ce dernier, qui avait pourtant été convoqué par l'autorité consulaire française à Dakar à se présenter dès hier à 15 heures, a vu ce rendez-vous annulé au dernier moment ; elle sollicite par ailleurs qu'au vu des circonstances de l'espèce, une astreinte soit prononcée.

Considérant ce qui suit :

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

1. Si le ministre de l'intérieur fait valoir en défense qu'il a, par instruction du 30 juin 2022, demandé à l'autorité consulaire française à Dakar de délivrer le visa sollicité et que M. A a été convoqué à un rendez-vous à cette fin le 8 juillet 2022 à 12 heures, il ne l'établit par aucune pièce. Par suite, et compte tenu de la circonstance que cette instruction n'a pas été suivie d'effet à ce jour, les conclusions présentées par M. A et Mme B ne sont pas dépourvues d'objet.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article l.521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ".

3. M. A, ressortissant sénégalais né le 2 mars 1984 et Mme B, ressortissante française née le 4 octobre 1971, ont saisi le juge des référés du tribunal administratif de Nantes le 20 juin 2022 d'une requête tendant à la suspension de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 29 mars 2022 par laquelle l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) a refusé de délivrer à M. A un visa court séjour en vue de se marier, a à son tour implicitement refusé de délivrer le visa sollicité. Par une ordonnance du 6 juillet 2022, le juge des référés a constaté un non-lieu à statuer, le ministre l'ayant informé par un mémoire enregistré le 30 juin 2022 de ce que, par instruction du même jour, il avait demandé à l'autorité consulaire française à Dakar de délivrer le visa sollicité. Aucun visa n'ayant été délivré, M. A et Mme B demandent par la présente requête au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au consul général de France à Dakar de convoquer M. A aux fins de lui délivrer un visa de court séjour accompagné d'un laissez-passer en vue de son mariage.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

En ce qui concerne les conclusions les conclusions dirigées, à titre principal, contre l'Office français de l'immigration et de l'intégration :

S'agissant de l'urgence :

4. Il résulte de l'instruction et n'est pas contesté que le mariage des requérants est fixé en dernier lieu au 11 juillet 2022 et que les bans arrivent à expiration le 12 juillet 2022. Dans ces conditions, et alors que le ministre a fait état par deux fois de sa décision de délivrer le visa sollicité, la condition d'urgence particulière prévue par l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

S'agissant de l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

5. Il n'est pas davantage contesté que, alors que le ministre a fait part de sa décision de délivrer le visa sollicité, les requérants se trouvent du fait de l'absence de convocation de M. A par l'autorité consulaire française à Dakar aux fins de se voir délivrer le visa en cause, empêchés de célébrer leur mariage, dont ils ont dû décaler la date deux fois et pour la célébration duquel des bans ont été publiés. Dans ces conditions, il est porté, dans les circonstances très particulières de l'espèce, une atteinte grave et manifestement illégale au droit de se marier.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de prendre toutes mesures propres à garantir que M. A sera effectivement convoqué par les services consulaires à Dakar aux fins de se voir délivrer le visa sollicité le 8 juillet 2022 avant 15 heures, heure locale de Dakar.

7. Eu égard à la double circonstance que l'instruction du ministre, donnée le 30 juin 2022, n'as pas été suivie d'effet et que les requérants soutiennent à la barre sans être contestés que le rendez-vous donné à M. A le 7 juillet 2022 à 15 heures a finalement été annulé sans qu'aucun motif ne soit porté à sa connaissance, il y a lieu, dans les circonstances très particulières de l'espèce, d'assortir l'injonction prononcée au point 6 de la présente ordonnance d'une astreinte de 500 euros par heure de retard à compter du 8 juillet 2022 à 15 heures, heure locale de Dakar.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à M. A et Mme B de la somme de 1 000 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de prendre toutes mesures propres à garantir que M. A sera effectivement convoqué par les services consulaires à Dakar aux fins de se voir délivrer le visa sollicité le 8 juillet 2022 avant 15 heures, heure locale de Dakar et ce sous astreinte de 500 euros par heure de retard à compter du 8 juillet 2022 à 15 heures, heure locale de Dakar.

Article 2 : L'Etat versera à M. A et Mme B la somme de 1 000 euros (mille euros) au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à Mme D B et au ministre de l'intérieur.

Fait à Nantes, le 8 juillet 2022.

La juge des référés,

M. E

La greffière,

C. NeuillyLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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