lundi 14 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2208804 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL ZAMOUR ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par un arrêt n° 21NT03596 du 8 juillet 2022, la cour administrative d'appel de Nantes, saisie d'un appel présenté par Mme B C, a annulé l'ordonnance n° 1807395 de la présidente de la quatrième chambre du tribunal administratif de Nantes du 15 octobre 2021 et a renvoyé l'affaire au tribunal où elle a été de nouveau enregistrée le 8 juillet 2022 sous le n° 2208804.
Par une requête enregistrée le 7 août 2018, Mme B C, représentée par Me de Montgolfier, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales correspondantes mises à sa charge au titre des années 2014 et 2015, ainsi que des pénalités afférentes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les sommes versées par son compagnon sont constituées pour leur majeure partie par des contributions aux charges du ménage, que les sommes issues de gains de jeux qu'elle a encaissées ne sont pas imposables par principe, que la somme de 3 050 euros déposée en espèces le 5 janvier 2015 ne peut constituer un revenu dès lors qu'elle constitue l'encaissement de la rémunération de son mari, que les revenus issus de ventes d'objet d'art ne sont pas imposables sur la totalité du prix de cession et que certaines sommes correspondent à des remboursements d'avances et de prêts octroyés à des amis qui ne sont pas imposables.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2018, le directeur de contrôle fiscal centre ouest conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C a fait l'objet d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle au titre des années 2013 à 2015 à l'issue duquel l'administration fiscale a, par proposition de rectification du 12 juin 2017, informé Mme C de son intention de rehausser par voie de taxation d'office les bases imposables à l'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux à hauteur des sommes de 73 170 euros au titre de l'année 2014, constitutives de revenus d'origine indéterminée et de 74 668 euros au titre de l'année 2015 ayant la nature de revenus non dénommés. En l'absence de contestation de la part de Mme C, les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux ont été mis en recouvrement le 31 octobre 2017 à hauteur de 38 105 euros en droits et 18 900 euros en pénalités au titre de l'année 2014 et de 20 319 euros en droits et 9 103 euros en pénalités au titre de l'année 2015. La réclamation contentieuse de l'intéressée tendant à la décharge de ces impositions supplémentaires et des majorations correspondantes, présentée le 20 mars 2018, a été partiellement acceptée par décision du 8 juin 2018 par laquelle l'administration fiscale a accordé un dégrèvement de 2 989 euros et a rejeté le surplus de la demande. Par une requête enregistrée le 10 août 2018 sous le n° 1807395, Mme C a demandé au tribunal la décharge des cotisations d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux mis à sa charge au titre des années 2014 et 2015, ainsi que des pénalités y afférentes. Par une ordonnance du 15 octobre 2021, la présidente de la 4ème chambre, après avoir demandé à la la requérante, en application de l'article R. 612-5-1 du code de justice administrative, si elle entendait maintenir sa requête a donné acte du désistement d'office de la demande de Mme C. Par un arrêt n° 21NT03596 du 8 juillet 2022, la cour administrative de Nantes a toutefois annulé cette ordonnance et renvoyé la présente requête au tribunal afin d'y être jugée.
Sur les conclusions aux fins de décharge des impositions litigieuses :
En ce qui concerne la charge de la preuve :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : "Sont taxés d'office : 1° à l'impôt sur le revenu, les contribuables qui n'ont pas déposé dans le délai légal la déclaration d'ensemble de leurs revenus ou qui n'ont pas déclaré, en application des articles 150-0 E et 150 VG du code général des impôts, les gains nets et les plus-values imposables qu'ils ont réalisés, sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 67 ; ().". D'autre part, aux termes de l'article L. 69 du même code : " Sous réserve des dispositions particulières au mode de détermination des bénéfices industriels et commerciaux, des bénéfices agricoles et des bénéfices non commerciaux, sont taxés d'office à l'impôt sur le revenu les contribuables qui se sont abstenus de répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications prévues à l'article L. 16. ". Enfin, aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. ".
3. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a constaté l'existence d'un écart significatif entre les crédits figurant sur les comptes bancaires de l'intéressée et les revenus déclarés par celle-ci au titre des années 2014 et 2015. Mme C a en conséquence fait l'objet d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle en vertu de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales. Il résulte de la proposition de rectification du 12 juin 2017 que l'administration fiscale lui a demandée sur le fondement de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales d'apporter des éclaircissements, par courrier du 13 décembre 2016, et l'a mise en demeure d'apporter des éclaircissements par courrier du 6 mars 2017. A l'issue de ces démarches, estimant les réponses de la requérante insatisfaisantes ou insuffisantes, l'administration fiscale a taxé d'office les sommes de 73 170 euros au titre de l'année 2014 sur le fondement de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales et de 74 668 euros au titre de l'année 2015 au titre de l'article L. 66 du même livre. La charge de la preuve du caractère exagéré des impositions supplémentaires mises à la charge de Mme C repose donc sur cette dernière.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions litigieuses :
4. Pour imposer d'office les revenus de l'intéressée au titre des années 2014 et 2015, l'administration fiscale a réintégré dans les bases imposables des sommes résultant de versements d'espèces sur les comptes bancaires, de gains de jeux, de chèques encaissés pour le compte de son compagnon, de la vente d'un objet d'art et des sommes correspondant à des remboursements d'avances et de prêts octroyés à des amis.
5. Si la requérante soutient que les sommes de 33 570 euros pour 2014 et 3 050 euros pour 2015 correspondraient à des revenus de son compagnon dont elle n'aurait pas eu la libre disposition, bien qu'ils soient encaissés sur ses propres comptes bancaires, elle n'apporte aucune pièce au soutien de cette allégation. Par ailleurs, si elle soutient que les sommes de 13 900 euros pour l'année 2014 et 3 820 euros pour l'année 2015 constituent des gains de jeux au casino, elle ne verse toutefois aucune pièce permettant d'en apprécier la réalité. Mme C n'apporte, de la même manière, aucun élément permettant de caractériser la nature et l'origine de la somme de 22 300 euros versée par son compagnon, dont elle soutient qu'elle représente la contribution de ce dernier aux charges communes. En outre, le chèque de 4 000 euros versé aux débats provenant d'un tiers dont elle soutient qu'il s'inscrit dans le remboursement d'un prêt de 12 000 euros accordé à un tiers selon le contrat produit, ne suffit pas à lui seul, en l'absence d'informations complémentaires sur les modalités de remboursement effectif du prêt et en l'absence de reçu, à démontrer qu'il a été émis en remboursement d'une partie de ce prêt. Par ailleurs, si la requérante produit la copie d'un chèque de 4 400 euros de son compagnon, cette somme n'a toutefois pas été retenue par l'administration fiscale au titre des revenus d'origine indéterminée dès lors qu'elle a estimé, dans sa décision du 8 juin 2018, qu'elle était suffisamment justifiée. Enfin, aucune pièce ne permet d'attester qu'elle aurait effectivement cédé une ou plusieurs œuvres d'art pour un montant de 50 000 euros en 2015 et qu'elle ne pourrait, à ce titre, qu'être imposée sur la plus-value réalisée lors de ces cessions. Mme C n'apportant pas la preuve qui lui incombe du caractère exagéré des impositions litigieuses, l'administration pouvait à bon droit taxer d'office ces sommes en revenus d'origine indéterminée au titre de 2014 et en revenu non dénommés en 2015.
Sur les pénalités :
En ce qui concerne la majoration pour manquement délibéré :
6. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré ; (). ".
7. D'une part, les sommes qualifiées de revenus d'origine indéterminée procèdent d'une multiplicité d'encaissements sur une période de deux ans auxquels Mme C n'a pas apporté d'explications suffisantes dans le cadre de la procédure de contrôle. D'autre part, eu égard à sa profession et à l'ampleur des sommes non déclarées, Mme de Lespinay de Pansy ne pouvait ignorer qu'elle se soustrayait à ses obligations fiscales. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, du caractère délibéré des manquements commis par Mme C. Par suite, c'est à bon droit que les pénalités pour manquement délibéré lui ont été infligées au titre des années litigieuses.
En ce qui concerne la majoration prévue par l'article 1728 du code général des impôts :
8. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ; (). ".
9. Il résulte de l'instruction que Mme C n'a pas souscrit de déclaration d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2015 et n'a régularisé la situation que le 10 mai 2017 soit postérieurement au délai de trente jours ouvert à la suite de la réception de la mise en demeure de déposer la déclaration de revenue adressée le 25 juillet 2016. Par suite, l'administration fiscale était fondée à appliquer la majoration de 40 % en application des dispositions de l'article 1728 du code général des impôts.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par Mme C doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme C la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au directeur de contrôle fiscal centre ouest.
Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Livenais, président,
M. Huin, premier conseiller,
Mme Thierry, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.
Le rapporteur,
F. A
Le président,
Y. LIVENAIS
Le greffier,
E. LE LUDEC
La République mande et ordonne ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026