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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2210516

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2210516

lundi 9 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2210516
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantCONRAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 août 2022, Mme C A B, représentée par Me Conrad, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 juin 2022 par laquelle l'autorité consulaire française à Bamako (Mali) a refusé de lui délivrer un visa d'entrée et de long séjour en qualité de stagiaire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité.

Elle soutient que :

- la décision consulaire est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle remplit l'ensemble des conditions auxquelles la délivrance du visa sollicité est subordonnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 relative aux conditions d'entrée et de séjour des ressortissants de pays tiers à des fins de recherche, d'études, de formation, de volontariat et de programmes d'échange d'élèves ou de projets éducatifs et de travail au pair ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de la santé publique ;

- l'arrêté du 16 mai 2011 relatif aux stagiaires associés mentionnés au 1° de l'article R. 6134-2 du code de la santé publique ;

- la circulaire interministérielle DIMM/BIP/DGOS/RH4 n°2012-111 du 7 mars 2012 relative aux conditions d'accueil et de recrutement des stagiaires associés ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Tavernier,

- les conclusions de M. Barès, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A B, ressortissante camerounaise, a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour auprès de l'autorité consulaire française à Bamako (Mali) en vue d'effectuer un stage de six mois au sein du service neurologie des hôpitaux civils de Colmar (Haut- Rhin), dans le cadre d'une spécialisation en médecine. L'autorité consulaire a rejeté sa demande. Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre ce refus consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, à son tour, refusé de délivrer le visa sollicité par une décision implicite née le 1er octobre 2022, laquelle, en application des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est substituée à la décision de l'autorité consulaire. La requérante doit, donc, être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision implicite de la commission.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-24. ".

3. Il ressort des écritures présentées en défense que la décision attaquée est fondée sur le motif tiré de ce que la requérante ne remplit pas les conditions de recrutement applicables au statut de stagiaire associé.

4. Aux termes de l'article R. 6134-2 du code de la santé publique : " Bénéficient d'une formation complémentaire dans le cadre des conventions mentionnées à l'article L. 6134-1 : / 1° Les médecins et pharmaciens titulaires d'un diplôme de docteur en médecine ou en pharmacie permettant l'exercice dans le pays d'obtention ou d'origine et n'effectuant pas une formation universitaire en France. Ils sont désignés en qualité de stagiaires associés pour une période de six mois renouvelable une fois, qui peut être fractionnée. Les dispositions applicables aux étudiants faisant fonction d'internes prévues aux articles R. 6153-41, à l'exception du quatrième alinéa, et R. 6153-44 du code de la santé publique, à l'exception des premier et dernier alinéas, leur sont applicables. () ".

5. Par ailleurs, l'article 2 de l'arrêté du 16 mai 2011 relatif aux stagiaires associés mentionnés au 1° de l'article R. 6134-2 du code de la santé publique, dans sa version alors en vigueur, prévoit que : " Les conditions d'accueil et les obligations du stagiaire associé font l'objet d'une convention de stage prenant la forme soit d'une convention de coopération, soit d'une annexe à la convention de coopération internationale cadre, qu'il contresigne. Elle mentionne notamment : / () - la description de la formation pratique suivie par le stagiaire, les conditions dans lesquelles elle sera évaluée et les conditions dans lesquelles pourra être reconnu au stagiaire un niveau de qualification professionnelle attesté par le praticien responsable du suivi du stage après avis du directeur de l'établissement d'accueil ; () La convention doit être élaborée au plus tard deux mois avant la prise de fonctions du candidat et recueillir le visa du préfet du département dans lequel est situé l'établissement d'accueil du stagiaire. ". Aux termes de l'article 3 du même arrêté, dans sa version alors en vigueur : " La durée maximum de recrutement au titre de plusieurs conventions de coopération dans un ou plusieurs établissements publics de santé est fixée à deux ans. / Les fonctions de stagiaire associé ne peuvent pas être consécutives à une formation diplômante. Un délai d'un an doit être respecté entre cette dernière et le recrutement en qualité de stagiaire associé. ".

6. En outre, le point 2 de la circulaire interministérielle DIMM/BIP/DGOS/RH4 n°2012-111 du 7 mars 2012 relative aux conditions d'accueil et de recrutement des stagiaires associés, intitulé " conditions de recrutement ", précise que : " Les intéressés sont recrutés en qualité de stagiaire associé et non de faisant fonction d'interne (FFI) même si certaines dispositions relatives aux FFI leur sont applicables (annexe I) () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A B, titulaire d'un diplôme d'Etat de docteure en médecine obtenu en 2018 en République Démocratique du Congo, a été admise au sein du service de neurologie des Hôpitaux civils de Colmar pour y suivre un stage du 2 mai au 1er novembre 2022, lequel constitue pour elle une formation complémentaire. Elle produit, à cet égard, la convention de stage tripartite signée le 19 avril 2022 par l'intéressée, son hôpital d'accueil et le centre hospitalier universitaire Gabriel Touré de Bamako. Dès lors qu'il est constant que Mme A B a obtenu son diplôme d'Etat de docteure en médecine près de quatre ans avant la signature de la convention de stage susmentionnée et que ledit stage s'inscrit dans le cadre du diplôme d'études spécialisées (DES) en neurologie qu'elle suivait au Mali à la date de la décision attaquée, le ministre ne saurait utilement lui opposer la condition de délai d'un an à respecter entre la réalisation d'une formation diplômante et le recrutement en qualité de stagiaire associée, laquelle est fixée par l'article 3 de l'arrêté du 16 mai 2011 susmentionné. En outre, contrairement à ce que fait valoir le ministre, la convention de stage produite au dossier ne méconnaît pas les dispositions de la circulaire du 7 mars 2012 précitées dès lors que ladite convention n'a pas pour objet de recruter Mme A B en qualité d'étudiante faisant fonction d'interne mais bien en qualité de stagiaire associée, statut qui relève de certaines dispositions relatives aux étudiants faisant fonction d'interne ainsi que le prévoient les dispositions précitées de l'article R. 6134-2 du code de la santé publique. Enfin, dès lors qu'il est constant que le projet de Mme A B a fait l'objet d'un " avis favorable sur convention de stage " de la part du ministre de l'intérieur, ce dernier ne saurait ultérieurement faire valoir que ladite convention ne respecterait pas l'une des conditions de forme prévues à l'article 2 précité de l'arrêté du 16 mai 2011. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que Mme A B est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Eu égard à ses motifs, sous réserve que l'intéressée produise une nouvelle convention de stage tripartite en cours de validité, le présent jugement implique nécessairement qu'un visa de long séjour soit délivré à Mme A B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme A B le visa de long séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 1er octobre 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme A B le visa de long séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, dans les conditions exposées au point 9 ci-dessus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 18 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,

M. Tavernier, conseiller,

M. Templier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2023.

Le rapporteur,

T. TAVERNIER

La présidente,

M. LE BARBIER La greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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