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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2210788

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2210788

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2210788
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL R & P AVOCATS - OLIVIER RENARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 août et 6 septembre 2022, le préfet de la Vendée demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme A C de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'elle occupe situé au 17 rue Miro à La-Roche-sur-Yon (Vendée), dans la résidence Miro et géré par l'association Passerelles, devenue VISTA ;

2°) de l'autoriser à procéder à son expulsion avec le concours de la force publique.

Il soutient que :

- sa requête relève de la compétence de la juridiction administrative, en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ;

- sa requête est recevable en application de ces mêmes dispositions ;

- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien de l'intéressée, déboutée de l'asile, dans un logement pour demandeurs d'asile, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 30 avril 2022, 130 demandeurs d'asile et leurs enfants étaient en attente d'un hébergement dans le département ;

- elle ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que Mme C se maintient dans le logement alors que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 18 avril 2022, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) l'a informée par un courrier du 23 mai 2022 de la fin de sa prise en charge et que, par un courrier du 16 juin 2022 réputé notifié, le préfet l'a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours ; que le 26 juillet 2022, le gestionnaire du centre d'accueil a constaté que l'occupation était toujours effective ;

- il n'existe pas de circonstances exceptionnelles de nature à faire obstacle à la mesure demandée dès lors que la situation de Mme C ne caractérise pas une situation de détresse susceptible de justifier son maintien dans le lieu d'hébergement qu'elle occupe ; qu'elle peut bénéficier d'un hébergement d'urgence d'une durée de quinze jours dans le cadre des dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 5 et 6 septembre 2022, Mme C, représentée par Me Renard, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, à ce que son expulsion soit différée de six mois.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite et qu'en tout état de cause, des circonstances exceptionnelles font obstacle à ce que soit caractérisée cette urgence dès lors que :

* la décision contestée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, les dispositions des articles R. 552-11 et R. 552-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ayant pas été respectées ;

* elle se trouve dans une situation de grande vulnérabilité en raison des graves violences conjugales dont elle a été victime, établies par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ;

* sa fille, B C, a aussi été victime de graves violences et souffre d'importants troubles psychiques qui se sont aggravés depuis son placement dans un centre de rétention administrative en Pologne durant 8 mois ; l'expulsion demandée met en péril la prise en charge médicale et psychiatrique dont elle bénéficie ;

* ses trois enfants mineurs sont scolarisés de manière assidue et la mise en œuvre de la décision contestée risquerait d'interrompre leur scolarité.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Robert Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 7 septembre 2022 à 9h30 :

- le rapport de Mme Robert Nutte, juge des référés,

- et les observations de Me Lejosne, substituant Me Renard.

Le préfet de la Vendée n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Vendée demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme A C du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'elle occupe, situé au 17 rue Miro à La Roche-sur-Yon (Vendée), dans la résidence Miro et géré par l'association Passerelles, devenue VISTA.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. En premier lieu, Mme C, ressortissante russe née le 23 juillet 1978, déclare être entrée sur le territoire français le 5 février 2021, accompagnée de ses trois enfants mineurs. Elle est hébergée dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 17 rue Miro à La-Roche-sur-Yon (Vendée), dans la résidence Miro et géré par l'association Passerelles, devenue VISTA. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 18 avril 2022. La requérante a été informée de la fin de sa prise en charge par un courrier de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 23 mai 2022. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai de quinze jours, a été adressée à l'intéressée par le préfet de la Vendée le 16 juin 2022. Mme A C se maintient ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée. La mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.

6. En second lieu, la libération des lieux par Mme A C, définitivement déboutée de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.

7. Il résulte toutefois de l'instruction que la fille ainée de Mme C, la jeune B, nécessite un traitement médicamenteux quotidien, une prise en charge pluridisciplinaire intensive et une surveillance étroite de son évolution sur le plan psychique et physique. A cet égard, le médecin de l'établissement public de santé mentale de Vendée, en charge du suivi de la jeune B, a attesté, le 2 septembre 2022, que l'expulsion de son logement exposerait cette enfant à une perte de chance importante vers une rémission possible. Le même médecin, dans un certificat du 4 juillet 2022, fait état de l'état de santé psychique fragile de la jeune B, marquée par une histoire de vie traumatique qui nécessite une prise en charge médicale. Ces circonstances justifient que soit accordé à la requérante, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'elle occupe indûment, un délai de 3 mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, en l'absence de départ volontaire de l'intéressée à l'issue de ce délai, d'autoriser le préfet de la Vendée à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique.

O R D O N N E :

Article 1 : Il est enjoint à Mme C de libérer dans un délai de 3 mois à compter de la notification de la présente ordonnance le logement qu'elle occupe au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé au 17 rue Miro à La-Roche-sur-Yon (Vendée), dans la résidence Miro et géré par l'association Passerelles, devenue VISTA.

Article 2 : En l'absence de départ volontaire de Mme A C dans le délai imparti, le préfet de la Vendée, à l'issue du délai fixé à l'article 2, pourra faire procéder à son expulsion, par les moyens légaux de son choix, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à Mme A C, et à Me Renard.

Copie sera en outre adressée au préfet de la Vendée.

Fait à Nantes, le 15 septembre 2022.

La juge des référés,

O. ROBERT NUTTE

La greffière,

G. PEIGNELa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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