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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2211477

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2211477

lundi 22 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2211477
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantMAUDET-CAMUS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 septembre 2022 et 29 septembre 2022, M. D E, représenté par Me Maudet et Me Camus, doit être regardé comme demandant au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise judiciaire en vue de déterminer les causes et les conséquences des désordres constatés dans sa propriété, d'évaluer les préjudices subis, ainsi que de proposer les solutions pouvant être envisagées pour y remédier et d'en évaluer les coûts.

Il soutient que :

- à la suite des intempéries d'octobre 2021 et avril 2022, sa propriété a subi d'importants dégâts caractérisés par une inondation de son garage et un déversement des eaux usées dans son jardin ;

- il a pu constater un problème d'évacuation des eaux de ruissellement de la rue provoquant une remontée des eaux dans son garage sur une hauteur de 15 à 20 centimètres ;

- un problème de calibrage de la canalisation des eaux usées qui passe sous son terrain est en mesure d'expliquer le déversement des eaux par le regard d'assainissement dans son jardin ;

- les services de Nantes Métropole n'ont pris aucune mesure permettant de remédier de manière définitive aux désordres ;

- en sa qualité de tiers et d'usager de l'ouvrage public d'assainissement des eaux à l'origine des préjudices qu'il a subi, il est fondé à solliciter la désignation d'un expert pour déterminer les causes des désordres et envisager les solutions à mettre en œuvre.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 22 septembre 2022 et 16 octobre 2022, Nantes Métropole conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 200 euros soit mise à la charge de M. E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les inondations subies par M. E sont manifestement sans lien avec la présence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, dans la mesure où elles sont la conséquence exclusive de la situation du terrain classé en zone inondable à aléa fort et d'événements météorologiques exceptionnels.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C, première vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

1. M. E est propriétaire depuis le 10 juin 2020 d'une maison et d'un terrain situés au 11 rue Abbé B à Nantes. A la suite de fortes intempéries les 3 et 4 octobre 2021 ainsi que le 24 avril 2022, sa propriété a subi des dégradations caractérisées par une remontée des eaux dans son garage sur une hauteur de 15 à 20 centimètres et par un déversement des eaux usées dans son jardin via le regard d'assainissement. Par courrier du 22 février 2022, M. E a sollicité Nantes Métropole afin qu'elle réalise un diagnostic en vue d'étudier et solutionner les éléments responsables de l'inondation. Par courrier du 1er juillet 2022, Nantes Métropole a notamment indiqué à l'intéressé la programmation d'une intervention. M. E demande la désignation d'un expert aux fins de déterminer l'origine des désordres, d'évaluer les préjudices subis et de proposer les solutions permettant d'y remédier à l'avenir.

Sur la demande d'expertise :

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction (). ".

3. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce titre, lorsqu'il est saisi d'une demande d'expertise visant à évaluer un préjudice en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, le juge ne peut se fonder, pour rejeter cette demande, sur l'absence de lien de causalité entre le préjudice à évaluer et la faute alléguée qu'en cas d'absence manifeste d'un tel lien de causalité.

4. Nantes Métropole soutient l'absence manifeste de toute responsabilité de la collectivité et fait valoir, d'une part, le caractère exceptionnel des pluies survenues en octobre 2021 et avril 2022 pour lesquelles l'état de catastrophe naturelle a été reconnu et, d'autre part, le classement de la parcelle de M. E en zone inondable à aléa fort. Toutefois, en l'état de l'instruction, une relation de cause à effet ne peut être exclue entre la remontée des eaux dans le garage de M. E et un problème d'évacuation des eaux pluviales du réseau public d'assainissement. Un lien de causalité ne peut non plus être exclu entre les dommages subis par le requérant à la suite du déversement des eaux usées via le regard d'assainissement dans son jardin et l'ouvrage public du réseau d'assainissement.

5. Dans ces conditions, la mesure d'expertise judiciaire demandée par M. E revêt le caractère d'utilité requis par les dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Ainsi, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les frais d'instance :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. E la somme que demande Nantes Métropole au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : M. F A, expert agréé auprès de la cour d'appel de Rennes et inscrit au tableau 2023 aux rubriques " C-01.05 Assainissement " et " C-01.25 Sols " et demeurant 15 rue Claude Monet à La Chapelle-sur-Erdre (44240), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°) se rendre sur les lieux en présence de toutes les parties et rechercher et préciser les liens unissant les parties à l'expertise judiciaire ;

2°) entendre les parties ainsi que tout sachant et se faire communiquer tous documents utiles à l'accomplissement de sa mission ;

3°) constater et décrire les désordres subis par M. E sur sa propriété à la suite des fortes intempéries d'octobre 2021 et avril 2022 et, le cas échéant, la répétition de ces désordres et leur évolution ;

4°) déterminer les causes des désordres constatés ; de dire en particulier s'ils sont dus à une capacité insuffisante, à un vice de conception, à un mauvais fonctionnement ou à un défaut d'entretien du réseau métropolitain d'assainissement d'évacuation des eaux pluviales et des eaux usées ou à toutes autres causes ;

5°) en cas de pluralité de causes, préciser dans quelles proportions les désordres sont imputables à chacune d'elles ;

6°) indiquer la nature et le coût des travaux propres à remédier à ces désordres ;

7°) donner son avis sur les aménagements envisagés dans l'urgence par Nantes Métropole pour remédier définitivement aux désordres ;

8°) fournir, de façon générale, tous les éléments techniques ou de fait, de nature à permettre à la juridiction du fond, éventuellement saisie, de se prononcer sur les éventuelles responsabilités encourues et les éventuels préjudices subis.

Article 2 : Après avoir prêté serment, l'expert accomplira sa mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, recourir à un sapiteur qui sera préalablement désigné par le président du tribunal administratif.

Article 3 : L'expert effectuera sa mission au contradictoire de M. E et de Nantes Métropole.

Article 4 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert déposera au greffe un exemplaire papier et un exemplaire par voie dématérialisée de son rapport avant le 15 novembre 2023. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle il joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours. L'expert devra informer les parties de toute demande de délai complémentaire qui sera effectuée par ses soins auprès du tribunal administratif pour le dépôt de son rapport d'expertise.

Article 6 : Les frais et honoraires de l'expertise seront taxés ultérieurement par le tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.

Article 7 : Le surplus des conclusions de Nantes Métropole est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D E, à Nantes Métropole et à, M. F A expert.

Fait à Nantes, le 22 mai 2023.

La juge des référés,

F. C

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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