jeudi 17 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2211669 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | COUTAZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 septembre 2022, Mme B A épouse C, représentée par Me Coutaz, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 juillet 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des énonciations de la circulaire du 16 octobre 2012 ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le centre de ses intérêts matériels se trouve en France, où elle est très bien intégrée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2025, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Frelaut été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante tunisienne née le 27 février 1983, a déposé une demande de naturalisation auprès du préfet de l'Isère qui a ajourné à deux ans sa demande par une décision du 13 juillet 2018. Par une décision du 17 juillet 2019, le ministre de l'intérieur a substitué à cette décision préfectorale une décision de rejet de sa demande, datée du 17 juillet 2019. Cette décision ministérielle du 17 juillet 2019 a été annulée par un jugement du tribunal à la date du 1er avril 2022, qui a également enjoint au ministre de l'intérieur de réexaminer la demande de Mme A dans un délai de deux mois. A l'issue de ce réexamen, le 4 juillet 2022, le ministre a pris une nouvelle décision, ajournant à deux ans la demande de naturalisation de l'intéressée. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de cette dernière décision.
2. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " Hors le cas prévu à l'article 21-14-1, l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré d'insertion professionnelle du postulant.
3. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour ajourner à deux ans la demande de naturalisation de Mme A, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que la requérante, malgré des études supérieures effectuées en France, n'y a pas réalisé son insertion professionnelle.
4. Mme A soutient qu'elle a interrompu son activité professionnelle du fait de la naissance de ses deux enfants, qu'elle a malgré tout activement recherché un poste, qu'elle est impliquée dans la vie associative et que les revenus de son foyer sont stables et suffisants. Ce faisant, elle ne conteste toutefois pas utilement ne pas avoir exercé d'activité professionnelle en France à l'exception de fonctions d'attachée temporaire d'enseignement et de recherche entre septembre 2012 et août 2013. Dans ces circonstances, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour accorder la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite, le ministre de l'intérieur n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant qu'elle n'avait pas réalisé son insertion professionnelle en France pour ajourner à deux ans sa demande de naturalisation.
5. En outre, Mme A ne peut utilement invoquer les termes de la circulaire ministérielle du 16 octobre 2012 relative aux procédures d'accès à la nationalité française, qui se borne à énoncer des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu adresser aux préfets pour les éclairer dans l'examen des demandes d'accès à la nationalité française et ne comporte ainsi aucune interprétation d'une règle de droit positif ou description des procédures administratives au sens de l'article L. 312-2 du code des relations entre le public et l'administration.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse C et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 27 mars 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, président,
M. Barès, premier conseiller,
Mme Frelaut, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2025.
La rapporteure,
L. FRELAUT
La présidente,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAULa greffière,
E. HAUBOIS
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01300
31/03/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01592
31/03/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01849
31/03/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01908
31/03/2026