lundi 19 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2211882 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | PRELAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 et 15 septembre 2022, M. A C B, représenté par Me Prelaud, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) " d'annuler la décision du préfet de Maine-et-Loire portant refus d'enregistrement de sa demande d'asile et le plaçant en fuite " ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile en vue de son examen par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), dans un délai de sept jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement au profit de son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que le refus d'enregistrement de sa demande d'asile le place dans une situation de précarité. Il peut être éloigné à tout moment du territoire français à destination de l'Autriche où il risque de subir des traitements inhumains et dégradants. Il y a en effet été victime de violences policières. Ses empreintes ont été recueillies contre sa volonté à l'occasion d'un contrôle musclé suivi d'une détention sans aucun fondement. Il a été placé dans un camp où les conditions de vie étaient épouvantables et n'a eu d'autres choix que de fuir l'Autriche. Surtout, en cas de retour en Autriche, il risque d'être éloigné vers l'Afghanistan où sa vie est menacée ;
- le refus d'enregistrer sa demande d'asile porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile. Il est désormais menacé d'expulsion vers l'Autriche et donc, par ricochet vers l'Afghanistan, où sa vie est en danger. Le préfet a décidé de refuser l'enregistrement de sa demande d'asile et de le placer " en fuite ", prolongeant de ce fait de 12 mois
supplémentaire le délai pour organiser son éloignement vers l'Autriche au seul motif qu'il ne se serait pas présenté à l'aéroport le 14 juillet 2022 pour un vol. En d'autres termes, il est reproché au requérant d'avoir manqué une seule convocation. Or, de jurisprudence constante, le placement en fuite ne peut résulter que de la soustraction intentionnelle et systématique de l'intéressé aux convocations. Une seule absence à une convocation ne peut à elle seule suffire à établir la fuite s'il n'existe pas d'autres indices. En refusant d'enregistrer sa demande d'asile sur la base d'un seul manquement à une convocation, le préfet a porté une atteinte manifestement illégale au
droit d'asile et au droit à la protection contre les traitements inhumains et dégradants.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 septembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête :
Il soutient que :
- la requête est irrecevable en ce que son arrêté de transfert est devenu exécutoire ;
- sur l'urgence : le requérant a eu connaissance de sa décision de transfert aux autorités autrichiennes depuis le 1er mars 2022 ;
- sur l'absence d'atteinte grave et illégale à une liberté fondamentale : la mise en fuite a eu pour conséquence de prolonger le délai de transfert conformément à l'article 29 du règlement Dublin. Le délai de transfert ayant été prorogé, l'Autriche demeure responsable de la demande d'asile de l'intéressé. Le comportement du requérant a mis en évidence son refus réitéré et explicite de ne pas exécuter la mesure de transfert notifié. Lors de la notification du 1er mars 2022, il a indiqué son refus d'être transféré vers l'Autriche. Lors de son rendez-vous en préfecture le 8 juillet 2022, il a été précisé au requérant les modalités de son transfert vers l'Autriche ; or ce dernier a refusé de signer la convocation à l'aéroport de Nantes pour le 14 juillet 2022, faisant déjà obstacle à la procédure Dublin. La jurisprudence du Conseil d'État admet, désormais, que ne pas exécuter la feuille de route en ne se présentant pas au rendez-
vous fixé suffit pour être considéré comme en fuite. Enfin, sa décision de remise aux autorités autrichiennes n'a ni pour objet ni pour effet de contraindre le requérant à retourner dans son pays d'origine mais seulement de le remettre aux autorités du pays responsable de l'examen de sa demande d'asile. Dès lors, le requérant ne peut utilement se prévaloir des risques qu'il pourrait encourir en cas de retour dans son pays d'origine pour contester la décision de remise aux autorités autrichiennes.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 septembre 2022 à 09h00 :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- et les observations de Me Prelaud, représentant M. B, en sa présence, assisté d'un interprète, qui fait valoir l'urgence qui s'attache à la suspension de la décision en litige au regard du risque d'expulsion du requérant vers l'Autriche puis, vers l'Afghanistan. Le préfet reconnait lui-même dans ses écritures qu'il n'y a pas de sa part de soustraction intentionnelle et systématique à une mesure d'éloignement. Il est porté une atteinte manifestement illégale au droit d'asile et au droit à la protection contre les traitements inhumains et dégradants.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant afghan né le 1er janvier 1995, a déposé une demande d'asile en préfecture le 17 janvier 2022. A la suite de cette demande, il a été placé en procédure Dublin et le préfet a décidé, par un arrêté 22 février 2022, son transfert aux autorités autrichiennes après accord exprès de ces dernières le 1er février 2022. Constatant qu'il n'avait pas été éloigné dans le délai de six mois, l'intéressé a demandé, le 25 août 2022, au préfet de prendre en charge sa demande d'asile. Le 31 août suivant, le préfet faisait valoir à l'intéressé que, suite à son refus d'embarquement, il était considéré comme étant en fuite et que, par conséquent, le délai de son transfert avait été prolongé.
2. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile en vue de l'examen de sa demande.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
5. Le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. S'il implique que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande, ce droit s'exerce dans les conditions définies par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En vertu de l'article L. 572-1 de ce code, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat qui est responsable de cet examen en application des dispositions du règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride. Ce transfert peut avoir lieu pendant une période de six mois à compter de l'acceptation de la demande de prise en charge, susceptible d'être portée à douze ou dix-huit mois dans les conditions prévues à l'article 29 de ce règlement si l'intéressé " prend la fuite ". Il résulte clairement de ces dispositions que la notion de fuite doit s'entendre comme visant notamment le cas où un ressortissant étranger se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant. Dans l'hypothèse d'un départ contrôlé dont l'Etat responsable du transfert assure l'organisation matérielle, le ressortissant étranger qui se soustrait délibérément à l'exécution de son transfert ainsi organisé doit être regardé comme en fuite, au sens de ces dispositions.
6. Il résulte de l'instruction que, dans le cadre de sa remise aux autorités autrichiennes, M. B a fait l'objet d'une convocation à la date du 14 juillet 2022 à l'aéroport de Nantes-Atlantique, afin d'embarquer pour un vol en direction de Vienne, par une notification, avec le soutien d'un interprète, d'un courrier qu'il a refusé de signer le 8 juillet 2022. L'intéressé ne justifie ni même n'allègue n'avoir pu se rendre à la convocation pour un motif légitime. Eu égard à son absence injustifiée du 14 juillet 2022, M. B qui s'est expressément opposé à son transfert vers l'Autriche par document signé le 1er mars 2022 au moment de la notification de l'arrêté de transfert, doit être regardé comme s'étant soustrait de façon intentionnelle et systématique à la mesure de transfert dont il fait l'objet, alors même qu'il n'aurait pas reçu ultérieurement de nouvelles convocations. Par suite, le préfet pouvait valablement se fonder sur la circonstance que l'intéressé était déclaré en fuite au sens de l'article 29 du règlement du 26 juin 2013 susvisé pour refuser d'enregistrer la demande d'asile du requérant.
7. Dans ces circonstances, le préfet n'a pas porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile de M. B. Ainsi, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur sa recevabilité et sur l'existence d'une situation d'urgence, le surplus des conclusions de la requête de M. B doit être rejeté.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C B, à Me Prelaud et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de Maine-et-Loire.
Fait à Nantes, le 19 septembre 202Le juge des référés,
L. BOUCHARDONLe greffier
J-F MERCERON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
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01/06/2026
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01/06/2026