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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2213554

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2213554

mercredi 26 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2213554
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationMagistrat : Mme. KUBOTA - R. 222-13
Avocat requérantSELARL BERNARD AVOCAT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a examiné la requête de M. A... contestant les retraits de points consécutifs à deux infractions routières (excès de vitesse) commises les 3 et 30 septembre 2020, ainsi que la décision « 48SI » du 23 juin 2022 constatant la perte de validité de son permis. Le tribunal a rappelé que l'administration doit prouver qu'elle a délivré au conducteur l'information préalable prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, garantie essentielle pour contester l'infraction. En l'espèce, il a été établi que les amendes forfaitaires majorées avaient été payées, ce qui, selon la jurisprudence, présume que l'information a été régulièrement délivrée, sauf preuve contraire non apportée par le requérant. Par conséquent, la requête de M. A... a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 17 octobre 2022, M. B... A..., représenté par Me Bernard, demande au tribunal :

d’annuler les décisions de retraits de points prises par le ministre de l’intérieur au titre des infractions du 3 et du 30 septembre 2020 ainsi que la décision référencée « 48SI » du 23 juin 2022 ;

d’enjoindre au ministre de l’intérieur de lui restituer les deux points retirés consécutivement à ces infractions ;

de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article
L. 761-1 du code de justice administrative ;


Il soutient que l’administration n’apporte pas la preuve de la délivrance, pour deux infractions commises les 3 et 30 septembre 2020, de l’information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, les avis de contravention correspondant aux deux infractions des 3 et 30 septembre 2020 ne lui ayant pas été notifiées.


Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2022, le ministre de l’intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.


Il fait valoir que le moyen soulevé par le requérant n’est pas fondé.



Vu les autres pièces du dossier.


Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné Mme Kubota, conseillère, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.


La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Le rapport de Mme Kubota a été entendu au cours de l’audience publique.



Considérant ce qui suit :

Par une décision référencée « 48 SI » du 23 juin 2022, le ministre de l’intérieur a constaté la perte de validité du permis de conduire de M. A... et lui a enjoint de restituer son titre de conduite. M. A... demande au tribunal d’annuler cette décision « 48 SI » ainsi que les décisions de retrait de points correspondant aux infractions relevées les 3 et 30 septembre 2020.

La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l’encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l’information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l’auteur de l’infraction pour lui permettre, avant d’en reconnaître la réalité par le paiement d’une amende forfaitaire ou l’exécution d’une composition pénale, d’en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d’en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d’une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

Il résulte de ces dispositions que l’administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d’une infraction dont la réalité a été établie, que si l’auteur de l’infraction s’est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l’infraction et d’en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l’administration d’apporter la preuve, par tout moyen, qu’elle a satisfait à cette obligation d’information.

En application du second alinéa de l’article 529-2 du code de procédure pénale, en l’absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l’infraction ou la date d’envoi de l’avis de contravention, l’amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d’un titre rendu exécutoire par le ministère public. Le paiement de l’amende forfaitaire majorée établit que le contrevenant a reçu un avis d’amende forfaitaire majorée. Le formulaire d’avis d’amende forfaitaire majorée utilisé par l’administration rappelle la qualification de l’infraction au code de la route et précise que l’émission de l’amende forfaitaire majorée peut entraîner un retrait de points du permis de conduire, que cette amende peut être contestée dans un délai de trois mois, que les retraits et reconstitutions de points font l’objet d’un traitement automatisé et que le titulaire du permis peut accéder à ces informations. Ces indications mettent le contrevenant en mesure de comprendre qu’en l’absence de contestation de l’amende il sera procédé au retrait de points et portent à sa connaissance l’ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route. Dans ces conditions, lorsqu’il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l’amende forfaitaire majorée, il découle de cette seule constatation qu’il doit être regardé comme établi que l’administration s’est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l’amende, les informations requises, à moins que l’intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l’avis qu’il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d’un avis inexact ou incomplet ou que cet avis a fait l’objet d’un recouvrement forcé.

Il résulte de l’instruction, que l’infraction du 3 septembre 2020 qui a eu lieu à 3 heures 57 et l’infraction du 30 septembre 2020 qui a eu lieu à 13 heures 01, toutes deux relevées par un radar automatique suite à un excès de vitesse de moins de 20 km/ heures, ont donné lieu à l’émission d’un titre exécutoire pour le recouvrement d’une amende forfaitaire majorée. Par deux attestations, la trésorerie du contrôle automatisé de Rennes fait état du paiement des titres exécutoires d’amendes forfaitaires majorées émis en raison des infractions relevées 3 et 30 septembre 2020. Le requérant ne produit pas d’éléments de nature à établir que le paiement de l’amende forfaitaire majorée serait intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public à son encontre ou qu’il aurait reçu un titre exécutoire incomplet ou inexact. Dès lors, il découle de ces seules constatations que l’administration doit être regardée comme s’étant acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de ces amendes, les informations requises. Par suite, M. A... n’est pas fondé à soutenir que les retraits de points consécutifs à ces infractions seraient intervenus au terme d’une procédure irrégulière.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d’annulation et d’injonction présentées par M. A... doivent être rejetées.


D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 novembre 2025.

La magistrate désignée,

C...
Le greffier,

Patrick Vosseler



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier,

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