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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2213596

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2213596

vendredi 8 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2213596
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSEGURA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 octobre 2022, M. D B, représenté par Me Segura, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner une expertise médicale judiciaire en vue de déterminer les préjudices qu'il estime avoir subis à la suite de ses prises en charge médicales successives au centre hospitalier département (CHD) de la Vendée à compter du 22 juillet 2020 ;

2°) de condamner le CHD de la Vendée à lui verser une provision de 40 000 euros à valoir sur l'ensemble de ses préjudices ;

3°) de mettre à la charge du CHD de la Vendée la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge du CHD de la Vendée les entiers dépens de la procédure.

Il soutient que :

- l'expertise est utile pour permettre de déterminer les dommages qu'il a subis ;

- sa demande de provision est bien fondée.

Par un mémoire, enregistré le 19 octobre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Loire-Atlantique, agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie de la Vendée, ne s'oppose pas à la demande d'expertise judiciaire.

Elle demande que l'expert lui transmette son pré-rapport afin de formuler ses observations.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Ravaut, demande au juge des référés de :

1°) lui donner acte de ses protestations et réserves tant sur le bien-fondé de sa mise en cause devant la juridiction que sur la mesure d'expertise ;

2°) compléter la mission de l'expert selon les termes contenus dans ses observations ;

3°) dire que l'expert déposera un pré-rapport ;

4°) réserver les dépens.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2022, le centre hospitalier de la Roche-sur-Yon et la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM, dénommée à présent Relyens Mutual Insurance), représentés par Me Meunier, demandent au juge des référés :

1°) de donner acte de ses plus expresses réserves sur le principe de la responsabilité du centre hospitalier ;

2°) de désigner un expert à leurs frais avancés ;

3°) de dire et juger qu'il recevra la mission d'expertise précisée dans ses écritures ;

4°) d'enjoindre la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Vendée de produire avant toute opération expertale le relevé détaillé de ses débours ;

5°) de dire et juger que l'expert adressera un pré-rapport aux parties ;

6°) de rejeter la demande de provision et les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

7°) de réserver les dépens.

Vu les pièces jointes à la requête.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Nantes a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente du tribunal administratif de Nantes, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, né le 18 décembre 1967, a été opéré le 22 juillet 2020 d'une ostéotomie tibiale de valgisation. A la suite de cette intervention, la survenance d'une infection a nécessité en août 2020 un lavage du site opératoire et la mise en place d'une cale en ciment. Les prélèvements effectués à cette occasion ont révélé la présence de la bactérie staphylococcus lugdunensis. Une récidive sceptique a été prise en charge par le service orthopédique et traumatologique du centre hospitalier départemental de la Vendée, au sein duquel M. B a été hospitalisé du 11 octobre 2020 au 23 octobre 2020. Lors de son entrée, il a été constaté une désunion avec perte de substance cutanée au niveau de la partie médiane de la cicatrice, ainsi qu'un tableau inflammatoire touchant le mollet et la zone cicatricielle. Un scanner réalisé a mis en évidence une absence de consolidation de l'ostéotomie tibiale de valgisation. Une reprise chirurgicale a été programmée pour le 14 octobre 2020 et a consisté en une ablation du matériel, le curetage de la zone avec l'ablation de la cale en ciment, le comblement par allogreffe biobank, la mise en place d'un fixateur externe et la greffe de lambeaux de jumeaux internes pour couvrir la perte de substance. Les prélèvements bactériologiques ont mis en évidence la présence de bactéries staphylococcus aureus ainsi que la bactérie staphylococcus epidermis. M. B a alors été traité par la mise en place d'un traitement intraveineux probabiliste et d'un relais per-os. Par sa requête, M. B demande en application de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, la désignation d'un expert médical à l'effet d'évaluer l'ensemble de ces préjudices qu'il estime avoir subis, ainsi que de condamner le CHD de la Vendée à lui verser une provision de 40 000 euros à valoir sur l'indemnisation de ces préjudices.

Sur la demande d'expertise médicale judiciaire :

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

3. En l'état de l'instruction, la mesure d'expertise médicale judiciaire demandée par M. B revêt un caractère utile et entre ainsi dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à la demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

4. La mission d'expertise médicale judiciaire sera effectuée au contradictoire de M. B, du centre hospitalier de la Roche-sur-Yon, de l'ONIAM, de la SHAM (dénommée à présent Relyens Mutual Insurance) et de la CPAM de la Loire-Atlantique, chaque partie pouvant désigner un médecin conseil pour assister aux opérations d'expertise.

Sur la demande du centre hospitalier de la Roche-sur-Yon tendant à la communication à l'expert du relevé des débours de l'organisme social de M. B :

5. La communication à l'expert du relevé des débours de la CPAM de la Loire-Atlantique n'apparaît pas utile à la réalisation de l'expertise ordonnée. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du centre hospitalier tendant à ce que le juge des référés prescrive dans la mission d'expertise la communication de ce relevé à l'expert par la CPAM de la Loire-Atlantique.

Sur les conclusions tendant à l'établissement par l'expert d'un projet de rapport :

6. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un projet de rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement de pré-conclusions ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il en résulte que les conclusions de la CPAM de Loire-Atlantique, de l'ONIAM, du centre hospitalier de la Roche-sur-Yon et de la SHAM tendant à ce que le juge des référés demande à l'expert de dresser un pré-rapport et de l'adresser à chacune des parties ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions de M. B aux fins de versement d'une provision

7.Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ".

8.M. B demande la provision de 40 000 euros à valoir sur son indemnisation définitive. Toutefois, en l'état de l'instruction, eu égard à la circonstance que, par la présente ordonnance, une expertise médicale judiciaire est ordonnée avec notamment pour mission de dire si les soins dispensés au centre hospitalier de la Roche-sur-Yon ont été conformes aux données acquises de la science et d'évaluer les préjudices ayant pu résulter d'éventuels manquements de la part de l'établissement public de santé, ainsi que, le cas échéant, le taux de perte de chance d'éviter tout ou partie des séquelles conservées, la créance dont se prévaut M. B à l'encontre du centre hospitalier ne présente pas le caractère d'une obligation non sérieusement contestable exigé par l'article R. 541-1 du code de justice administrative. La présente décision ne fait pas obstacle à ce que, après le dépôt du rapport d'expertise définitif, M. B, s'il s'y croit fondé, saisisse à nouveau le juge des référés d'une demande de provision complémentaire. Par suite, les conclusions de la requête tendant à ce que le CHD de la Vendée soit condamné au versement d'une provision doivent être rejetées.

Sur les dépens :

9. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, il appartiendra au président de la juridiction, et non au juge des référés, de fixer par ordonnance les frais et honoraires d'expertise définitifs, et de désigner la partie qui en assumera la charge. Il s'ensuit que les conclusions présentées par l'ONIAM, le centre hospitalier de la Roche-sur-Yon et la SHAM tendant à réserver les dépens, ne peuvent être accueillies.

Sur les frais d'instance

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHD de la Vendée la somme de 1 500 euros que M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C A, médecin spécialisé inscrit au tableau 2023 des experts agréés auprès de la cour d'appel d'Angers à la rubrique " F-03.05 - Chirurgie orthopédique et traumatologique " et exerçant au département de chirurgie osseuse adulte au centre hospitalier universitaire d'Angers, est désigné en qualité d'expert.

Il aura pour mission de :

1° Se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. B et notamment tous documents relatifs aux examens, soins et interventions pratiqués sur l'intéressé aux cours de ses hospitalisations au CHD de la Vendée à compter de l'année 2020, et prendre connaissance de son entier dossier médical s'y rapportant ;

2° Procéder à l'examen de M. B et rappeler son état de santé antérieur ;

3° Décrire les conditions dans lesquelles M. B a été admis et soigné dans l'établissement hospitalier mis en cause, à compter d'août 2020 ;

4° Préciser les examens et soins prodigués et les complications survenues ;

5° Prendre connaissance de son entier dossier médical se rapportant aux interventions chirurgicales qu'il a dû subir ;

6° Décrire la ou les complications survenues lors de ces opérations chirurgicales et postérieurement à celles-ci et dire si les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science médicale ;

7° Réunir tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, manquements ou négligences ont été commis en ce qui concerne M. B dans l'établissement du diagnostic, l'accomplissement des soins, ainsi, éventuellement, que dans le fonctionnement ou l'organisation du service dans l'établissement hospitalier fréquenté à partir d'août 2020 ;

8° Se prononcer sur l'origine des complications subies par M. B en distinguant, le cas échéant, celles dont la cause ne serait pas imputable à la prise en charge hospitalière par l'établissement hospitalier ;

9° Déterminer la ou les causes de l'infection qui serait survenue ; préciser si cette infection a été contractée lors de la prise en charge médicale de M. B, en précisant s'il s'agit d'une infection nosocomiale ou si la cause est extérieure et étrangère à l'hospitalisation ;

10° Dire si, compte-tenu de l'état antérieur du patient et en l'état des données acquises de la science médicale, l'établissement hospitalier concerné a pris toutes les dispositions nécessaires pour éviter le risque d'infection, ou si celui-ci se serait réalisé quelles que soient les précautions prises ;

11° Dire si les protocoles d'aseptisation en vigueur étaient conformes aux normes et aux données actuelles de la science et s'ils ont été respectés ;

12° Dire si M. B présentait des facteurs favorisant la survenue ou le développement de cette infection ;

13° Préciser si une enquête médicale, paramédicale et bactériologique a été effectuée et démontre de façon certaine et exclusive que l'infection que M. B a présentée était d'origine nosocomiale ;

14° Indiquer si l'état de santé du patient a pu favoriser ou contribuer à la survenue de la ou des complications(s) et/ou à la gravité des conséquences dommageables subies par l'intéressé ;

15° Dire si l'on est en présence de conséquences anormales et, le cas échéant, si celles-ci étaient, au regard de l'état de la personne comme de l'évolution de cet état, probables, attendues ou encore redoutées ; dans l'affirmative, indiquer la fréquence d'un tel accident en général et la fréquence attendue chez le patient ; déterminer les conséquences probables de la pathologie présentée en l'absence de traitement ;

16° Déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée au patient sur les risques des actes médicaux subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers ou sur son médecin traitant au moment des faits litigieux ;

17° Indiquer si le ou les manquement(s) éventuellement constaté(s) commis par l'établissement hospitalier mis en cause a fait perdre à l'intéressé une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader ; chiffrer la perte de chance (pourcentage ou coefficient) ;

18° Dire si l'état de santé de M. B est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ;

19° Dans l'hypothèse où l'état de santé de M. B ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressé devra à nouveau être examiné ;

20° Décrire la nature et l'étendue des éventuelles séquelles gardées par M. B et évaluer le déficit fonctionnel temporaire et permanent en résultant en distinguant la part due à la pathologie initiale, de celle imputable, le cas échéant, à un manquement de l'établissement hospitalier mis en cause ;

21° Dégager, en les spécifiant, les éléments propres à justifier une indemnisation au titre de la douleur et du préjudice esthétique (temporaire et/ou permanent), en les qualifiant selon l'échelle : très léger, léger, modéré, moyen, assez important, important ou très important ;

22° Se prononcer sur l'existence d'un préjudice sexuel, d'un préjudice professionnel et d'agrément ; le cas échéant, évaluer leur importance ;

23° Se prononcer, le cas échéant, sur la nécessité d'avoir recours à une tierce personne, en précisant la qualification requise et la durée de l'intervention ;

24° Se prononcer sur la nécessité de soins médicaux, paramédicaux, d'appareillage ou de prothèse, après consolidation, pour éviter une aggravation de l'état séquellaire ; justifier l'imputabilité des soins aux complications en cause en précisant s'il s'agit de frais occasionnels, c'est-à-dire limités dans le temps, ou de frais viagers, c'est-à-dire engagés la vie durant ;

25° Dire si l'état de santé de M. B est susceptible de modifications en aggravation ou en amélioration et, dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution et son degré de probabilité.

Article 2 : L'expert, pour l'accomplissement de sa mission, pourra entendre tout responsable et membre du personnel du service hospitalier ayant prescrit ou donné des soins à M. B.

Article 3 : Après avoir prêté serment, l'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par le juge des référés.

Article 4 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-4 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert déposera au greffe un exemplaire papier et un exemplaire par voie dématérialisée de son rapport d'expertise avant le 31 mars 2024, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours pour chaque expert. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle il joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par le président du Tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B, au CHD de la Vendée, à l'ONIAM, à la CPAM de la Loire-Atlantique, à Relyens Mutual Insurance (anciennement SHAM) et à M. A, expert.

Fait à Nantes, le 8 septembre 2023.

La juge des référés,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2213596

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