mercredi 30 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2213979 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | PAPINEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2022, le préfet de la Sarthe demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. D B et Mme E C de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent situé 2 rue de Grèce n°914 au Mans (Sarthe), et géré par l'association Nelson Mandela ;
2°) de l'autoriser à procéder à leur expulsion avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. D B et Mme E C, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- sa requête relève de la compétence de la juridiction administrative, en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- sa requête est recevable en application de ces mêmes dispositions ;
- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien de M. B et de Mme C, déboutés de l'asile, dans un logement pour demandeurs d'asile, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 31 août 2022, 136 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département de la Sarthe ;
- elle ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que M. B et Mme C se maintiennent dans le logement alors que leurs demandes d'asile ont été rejetées par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 5 novembre 2021, notifiée le 13 novembre 2021 ; que le centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) les a informés par un courrier du 18 novembre 2021 de la fin de leur prise en charge et que, par un courrier du 14 février 2022 réputé notifié, le préfet les a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2022, M. B et Mme C, représentés par Me Papineau, concluent, à titre principal, au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, à ce qu'il leur soit laissé les plus larges délais pour libérer le logement qu'ils occupent et à ce qu'il soit sursis à leur expulsion pendant un délai de six mois à compter de la notification de l'ordonnance et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat le versement à leur conseil d'une somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administratif et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils font valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite et la mesure demandée n'est pas utile dès lors que le droit au logement est garanti par le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 et la charte sociale européenne, la charte européenne des droits fondamentaux et le pacte international relatif aux droits économiques ; que le droit à l'hébergement d'urgence est une liberté fondamentale ; qu'ils se sont vus notifier une fin de prise en charge le 18 novembre 2021 ainsi qu'une mise en demeure de quitter les lieux par courrier du 14 février 2022, soit plusieurs mois avant la présente procédure ; ils se retrouveraient à la rue avec leurs deux jeunes enfants âgés de 8 et 9 ans, scolarisés en France et seraient contraints de se tourner vers le dispositif de la veille sociale du 115 et seraient soumis à des conditions précaires, d'insalubrité, à la météo hivernale, aux risques d'agressions et sans possibilité de se laver et de se nourrir ; cette situation porterait gravement atteinte à l'intérêt supérieur de leurs enfants et apparaît disproportionnée par rapport à l'utilité de la mesure sollicité, compte tenu de leur situation particulière ; l'intérêt général ne peut en l'espèce primer sur leur intérêt particulier ;
- elle fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors que M. B occupe un emploi sous couvert d'un contrat de travail à durée indéterminée dans un domaine en tension pouvant le conduire à solliciter un titre de séjour, mention salarié ou travailleur temporaire, demande qu'il envisage de déposer prochainement ; leurs enfants sont scolarisés et intégrés, circonstances justifiant que M. B sollicite également son admission exceptionnelle au séjour ; leur famille a vocation à demeurer en France ; ils se retrouveraient à la rue avec leurs deux jeunes enfants âgés de 8 et 9 ans avec les conséquences précitées et le report de leur problématique sur le dispositif d'hébergement d'urgence, tout aussi saturé que celui au titre de l'asile ; cette situation porterait gravement atteinte à l'intérêt supérieur de leurs enfants ;
- à titre subsidiaire, eu égard à leur situation particulière et à la saturation du dispositif d'hébergement d'urgence, et pour les raisons précédemment évoquées au titre de l'urgence, de l'utilité et de l'existence d'une contestation sérieuse, il doit être sursis à leur expulsion pendant une période de six mois, afin de leur permettre de trouver une solution d'hébergement stable.
M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 novembre 2022.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution, notamment son Préambule ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la charte sociale européenne ;
- le pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'action sociale et de la famille ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Robert-Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 17 novembre 2022 à 9 heures 30 :
- le rapport de Mme Robert-Nutte, juge des référés,
- et les observations de Me Papineau, avocate de M. B et Mme C, qui demande à ce que leurs conclusions soient lues comme tendant à ce qu'il soit sursis à statuer le temps que le préfet de la Sarthe leur propose effectivement une solution de relogement dans un hébergement d'urgence.
Le préfet de la Sarthe n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, le préfet de la Sarthe demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner à M. B et à Mme C de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent situé 2 rue de Grèce n°914 au Mans (Sarthe), et géré par l'association Nelson Mandela.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. En premier lieu, M. B et Mme C, ressortissants azerbaïdjanais respectivement nés le 28 janvier 1986 et le 6 janvier 1996 sont entrés irrégulièrement sur le territoire français le 28 octobre 2020, selon leurs déclarations. Ils sont hébergés dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 2 rue de Grèce n°914 au Mans, géré par l'association Nelson Mandela. Leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 5 novembre 2021, notifiée aux intéressés le 13 novembre 2021. Ils ont été avisés par l'association gestionnaire du logement, le 18 novembre 2021 de la fin de leur prise en charge, à compter du 15 décembre 2021. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai de quinze jours, a été adressée aux intéressés par le préfet de la Sarthe, le 14 février 2022, par une lettre recommandée avec avis de réception, laquelle a été avisée et non réclamée. M. B et Mme C se maintiennent ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées. Par suite, la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
6. En second lieu, la libération des lieux par M. B et Mme C, définitivement déboutés de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile. La circonstance que les intéressés sont susceptibles d'être pris en charge au titre de l'hébergement d'urgence dont le préfet de la Sarthe a la responsabilité ne saurait dénuer la mesure ainsi sollicitée d'utilité. De même, le seul délai observé par l'administration pour initier la présente procédure ne saurait, eu égard à l'intérêt public qu'elle poursuit, faire obstacle à ce que la condition d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative soit regardée comme remplie.
7. Toutefois, il est constant que la famille de M. B et Mme C, est composée de de deux enfants mineurs âgé de 8 et 9 ans qui sont scolarisés. Eu égard à l'âge de ces enfants et à l'absence de solution de relogement pour cette famille, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à M. B et Mme C de libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent indûment, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, en l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai, d'autoriser le préfet de la Sarthe à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques des défendeurs, les biens meubles qui s'y trouveraient.
8. Enfin, la situation de M. B et Mme C relève désormais, à leur initiative, de l'hébergement d'urgence de droit commun, tel qu'il est organisé par les dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et de la famille et qu'il leur appartient d'actionner, sans qu'il puisse être reproché à l'Etat, qui n'en a pas l'obligation, de ne pas avoir engagé de démarches en vue de leur relogement au titre de ces dispositions. Il n'y a donc pas lieu de conditionner l'expulsion de M. B et Mme C à la proposition effective par le préfet de la Sarthe d'une solution de relogement au titre de l'hébergement d'urgence.
Sur les frais d'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent M. B et Mme C en application des dispositions combinées de cet article et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, les conclusions de M. B et Mme C tendant à la mise à la charge de l'Etat des frais d'instance, doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. B et Mme C de libérer dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance le logement qu'ils occupent au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé 2 rue de Grèce n°914 au Mans.
Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. B et Mme C dans le délai imparti, le préfet de la Sarthe, à l'issue du délai fixé à l'article 1er pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 3 : Les conclusions de M. B et Mme C présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre- mer, à M. D B, à Mme E C et à Me Papineau.
Copie en sera en outre adressée au préfet de la Sarthe.
Fait à Nantes, le 30 novembre 2022.
La juge des référés,
O. Robert-Nutte
La greffière,
M. ALa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026