jeudi 24 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2214058 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | KADDOURI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 octobre 2022, le préfet de Maine-et-Loire demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. B D et Mme C A de libérer sous quinze jours le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent situé au 1 square Emile Littré logement 316/314 à Cholet (49300), et géré par l'association ADOMA ;
2°) de l'autoriser à procéder à leur expulsion avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. B D et Mme C A, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- sa requête relève de la compétence de la juridiction administrative, en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est compétent pour décider des mesures à mettre en œuvre pour faire cesser l'occupation sans titre d'un lieu d'hébergement prévu à l'article L. 552-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'expulsion des intéressés, dont les demandes d'asile ont été définitivement rejetées par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 24 septembre 2020 notifiée le 5 octobre 2020, et qui se maintiennent indûment dans le logement malgré la notification de la fin de leur prise en charge le 2 mai 2022, ainsi qu'une mise en demeure de quitter les lieux le 21 septembre 2022, ne se heurte à aucune contestation sérieuse ;
- les conditions d'urgence et d'utilité sont remplies dès lors que les structures d'accueil des demandeurs d'asile sont actuellement saturées (au 31 août 2022, 204 demandeurs d'asile sont en attente d'un hébergement en Maine-et-Loire), que le refus de libérer les lieux opposés par M. D et Mme A compromet le bon fonctionnement du service public d'hébergement des demandeurs d'asile ;
- les dispositions du code de la construction et de l'habitation et du code des procédures civiles d'exécution régissant le sursis à l'exécution des décisions d'expulsion notamment en période dite de " trêve hivernale " ne sont pas applicables en matière d'expulsions locatives.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2022, M. D et Mme A, représentés par Me Kaddouri conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administratif et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que l'administration s'est bornée à reprendre le modèle de requête en référé mesures utile proposé en annexe de l'instruction du 6 mai 2016 relative à la procédure d'expulsion des étrangers hébergés dans les lieux prévus à l'article L. 744-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; l'urgence ne saurait découler de la seule atteinte, non établie en l'espèce, au bon fonctionnement du service public ; la libération de locaux occupés sans droit ni titre ne présente pas, en elle-même, un caractère d'urgence ; la mesure d'expulsion aurait des conséquences gravissimes puisqu'ils sont sans solution de relogement et ont deux enfants en bas âge ;
- la mesure demandée n'est pas utile dès lors qu'il n'est ni établi ni allégué que la famille ait eu un comportement violent ou ait commis un manquement grave au règlement du lieu d'hébergement.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2022.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Le Barbier, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 16 novembre 2022 à 9 heures 30 :
- le rapport de Mme Le Barbier, juge des référés,
- les observations de la représentante du préfet de Maine-et-Loire, qui fait valoir que le centre d'accueil pour demandeurs d'asile n'est pas destiné à pallier l'absence de logement alternatif et que les requérants n'ont pas souhaité donner suite à la proposition d'hébergement à l'hôtel comme solution alternative de relogement.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, le préfet de Maine-et-Loire demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. D et Mme A sous quinze jours du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent situé au 1 square Emile Littré à Cholet (49300), et géré par l'association ADOMA.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. D ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
6. En premier lieu, M. D et Mme A, ressortissants guinéens nés respectivement le 3 mai 1993 et le 14 décembre 1999, déclarent être entrés irrégulièrement sur le territoire français le 2 août 2018. Ils sont hébergés dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 1 square Emile Littré logement 316/314 à Cholet, géré par l'association ADOMA. Leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées par décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 24 septembre 2020, notifiée aux intéressés le 5 octobre 2020. Ils ont été avisés, par un courrier du 2 mai 2022 qu'il serait mis fin à sa prise en charge à la date du 27 mai 2022. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai de quinze jours, a été adressée aux intéressés par le préfet le 12 septembre 2022 et notifiée le 21 septembre suivant. M. D et Mme A se maintiennent ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées. La mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.
7. En second lieu, la libération des lieux par M. D et Mme A, définitivement déboutés de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.
8. Toutefois, il est constant que les intéressés sont parents de deux enfants en bas âge. Ces circonstances justifient que leur soit accordé, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupe indûment, un délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, en l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai, d'autoriser à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de M. D et Mme A, les biens meubles qui s'y trouveraient.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. D et Mme A tendant à leur admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est enjoint à M. D et à Mme A de libérer, dans un délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé au 1 square Emile Littré logement 316/314 à Cholet (49300), et géré par l'association ADOMA.
Article 3 : En l'absence de départ volontaire de M. D et de Mme A dans le délai imparti, le préfet de la Loire-Atlantique, à l'issue du délai fixé à l'article 2, pourra faire procéder à son expulsion et à l'évacuation de ses biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. B D, à Mme C A et à Me Kaddouri.
Copie sera en outre adressée au préfet de Maine-et-Loire.
Fait à Nantes, le 24 novembre 2022.
La juge des référés,
M. E
Le greffier,
J-F. MerceronLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026