vendredi 2 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2214384 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | POULARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 2 et 23 novembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. D A B de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'il occupe situé au 12 Boulevard de Bretagne à Blain (Loire-Atlantique), et géré par l'association HUDA Les Eaux Vives, ;
2°) de l'autoriser à procéder à son expulsion avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. A B, à défaut pour celui-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- sa requête relève de la compétence de la juridiction administrative, en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- sa requête est recevable en application de ces mêmes dispositions ;
- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien de M. A B, débouté de l'asile, dans un logement pour demandeurs d'asile, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 31 janvier 2022, 1 091 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département de la Loire-Atlantique ; les textes applicables n'imposent pas l'envoi d'une nouvelle mise en demeure ni l'accomplissement de diligences supplémentaires suite à la mise en demeure de quitter le logement indument occupé ;
- elle ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que M. A B se maintient dans le logement alors que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 23 avril 2021, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) l'a informé par un courrier du 18 août 2021 de la fin de sa prise en charge et que, par un courrier du 10 novembre 2021 réputé notifié, le préfet l'a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai d'un mois ;
- il n'existe pas de circonstances exceptionnelles de nature à faire obstacle à la mesure sollicitée alors que rien ne permet de conclure que l'intéressé souffre d'une maladie grave et qu'une telle mesure n'a ni pour objet ni pour effet de mettre un terme à l'éventuel suivi médical et traitement médicamenteux dont celui-ci bénéficie ; rien n'indique une situation d'isolement et de détresse à laquelle serait exposé l'intéressé, présent sur le territoire français depuis juin 2019 et qui a donc pu sans nul doute s'y constituer un cercle amical ;
- il est nécessaire de faire libérer les lieux sans délai dès lors que l'octroi d'un délai supplémentaire serait contraire aux dispositions prévues par l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne paraît de surcroît pas utile, l'intéressé ayant pris connaissance de son obligation de quitter le logement qu'il occupe il y a plus d'un an et ne dispose d'aucun titre lui permettant de se maintenir sur le territoire français, pas plus qu'il n'établit avoir entamé des démarches en vue de son relogement, une telle circonstance, à la supposer avérée, ne suffisant pas à justifier l'octroi d'un délai supplémentaire ;
- l'intéressé n'a pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence de droit commun dès lors que sa demande d'asile a été rejetée et qu'il a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, et alors que sa situation ne caractérise pas une situation de détresse justifiant qu'il en bénéficie à titre exceptionnel ; par voie de conséquence, il n'appartient pas au préfet de lui trouver une solution d'hébergement d'urgence ;
- concernant la légalité de la décision de l'OFII du 18 août 2021, l'auteur signataire de cette décision était compétent et la présentation d'une requête en rectification d'erreur matérielle est sans incidence sur le droit au maintien sur le territoire français de M. A B qui a pris fin le 23 avril 2021, date de lecture en audience publique de la décision de la CNDA ; la remise d'une attestation de demande d'asile est elle aussi sans incidence sur le droit de l'intéressé au maintien sur le territoire français et le recours contentieux qu'il a formé contre la décision du 7 juillet 2022 portant obligation de quitter le territoire français est sans incidence sur la légalité de la décision de l'OFII.
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires enregistrés les 22 et 24 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Poulard, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce qu'il lui soit laissé un délai de trois mois pour libérer le logement et à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de lui trouver un hébergement. Il sollicite, en outre, son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que depuis le 10 novembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique ne lui a adressé aucune nouvelle mise en demeure et n'a effectué aucune diligence pour l'expulser de son logement ; le dispositif d'accueil des demandeurs d'asile est en situation de saturation chronique ;
- la décision de l'OFII du 18 août 2021 était illégale :
* l'autorité signataire de la décision était incompétent ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la décision rendue par la Cour nationale du droit d'asile le 23 avril 2021 n'est pas définitive puisqu'il a déposé une requête en rectification d'erreur matérielle le 27 mai 2021.
M. D A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2022.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Le Barbier, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 25 novembre 2022 à 10 heures :
- le rapport de Mme Le Barbier, juge des référés,
- les observations de Me Poulard, avocate de M. A B.
Le préfet de la Loire-Atlantique n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant égyptien né le 8 mai 1988, déclare être entré irrégulièrement en France le 28 juin 2019. Il a vu sa demande d'asile rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 23 avril 2021. Il a formé un recours, toujours pendant, contre cette décision. Par la présente requête, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner à M. A B de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'il occupe situé au 12 Boulevard de Bretagne à Blain (Loire-Atlantique), et géré par l'association HUDA Les Eaux Vives.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. A B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
6. En premier lieu, M. A B, ressortissant égyptien né le 8 mai 1988, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français le 28 juin 2019. Il est hébergé dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 12 Boulevard de Bretagne à Blain (Loire-Atlantique), et géré par l'association HUDA Les Eaux Vives. L'introduction d'une nouvelle requête devant la CNDA, tendant à la rectification d'une erreur matérielle entachant la décision de la CNDA n° 20043876 du 23 avril 2021 notifiée à l'intéressé le 27 avril 2021 par laquelle sa demande d'asile a été définitivement rejetée est sans incidence sur le caractère définitif de cette décision, de sorte que M. A B ne saurait être regardé comme justifiant, au jour de la présente ordonnance, du statut de demandeur d'asile. M. A B ayant été informé de la fin de sa prise en charge par un courrier de l'OFII du 18 août 2021, suivi d'une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai d'un mois, qui lui a été adressée par le préfet le 10 novembre 2021, et se maintenant donc dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée, la mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.
7. En second lieu, la libération des lieux par M. A B, définitivement débouté de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.
8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. A B de quitter, sans délai, le lieu d'hébergement qu'il occupe et, en l'absence de départ volontaire de l'intéressé à compter de la notification de cette ordonnance, d'autoriser le préfet de la Loire-Atlantique à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, à leurs frais et risques les biens meubles qui s'y trouveraient.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. A B tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est enjoint à M. A B de libérer, sans délai, le logement qu'il occupe, au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé au 12 Boulevard de Bretagne à Blain.
Article 3 : En l'absence de départ volontaire de M. A B, le préfet de la Loire-Atlantique, pourra faire procéder à son expulsion et à l'évacuation de ses biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressé, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à M. D A B, et à Me Poulard.
Copie sera en outre adressée au préfet de la Loire-Atlantique.
Fait à Nantes, le 2 décembre 2022.
La juge des référés,
M. C
La greffière,
G. PeignéLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026