Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2215106 les 16 novembre 2022 et 11 février 2024, la société par actions simplifiée (SAS) FR-Trade, représentée par Me Palmier, demande au tribunal :
1°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 81 976,38 euros en réparation des préjudices subis à raison de l’allongement des délais d’instruction des demandes de réception de véhicule à titre isolé par la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) des Pays de la Loire, outre les intérêts au taux légal à compter de la demande indemnitaire préalable ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 4 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité de l’Etat est engagée à raison de l’important allongement des délais de traitement de demande de réception des véhicules à titre isolé par la DREAL des Pays de la Loire ;
- les dommages en lien direct avec cette faute peuvent être évalués à 81 976,38 euros, dont 7 003,86 euros au titre des frais ayant dû être engagés pour aller faire homologuer 14 véhicules à Tours et 74 972,52 euros au titre de la perte d’activité subie.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 mai 2023 et 21 octobre 2024, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la responsabilité de l’Etat ne saurait être engagée dès lors que des solutions ont été proposées à la société requérante pour faire homologuer ses véhicules dans des DREAL de régions limitrophes à raison des difficultés que connaissait la DREAL des Pays de la Loire ;
- les dossiers d’homologation présentés ont été traités dans un délai maximum de 38 jours ;
- la réalité des préjudices allégués n’est pas établie.
II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2215110 le 16 novembre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) FR-Trade, représentée par Me Palmier, demande au tribunal :
1°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 81 976,38 euros en réparation des préjudices subis à raison de l’allongement des délais d’instruction des demandes de réception de véhicule à titre isolé par la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) des Pays de la Loire, outre les intérêts au taux légal à compter de la demande indemnitaire préalable ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 4 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité de l’Etat est engagée à raison de l’important allongement des délais de traitement de demande de réception des véhicules à titre isolé par la DREAL des Pays de la Loire ;
- les dommages en lien direct avec cette faute peuvent être évalués à 81 976,38 euros, dont 7 003,86 euros au titre des frais ayant dû être engagés pour aller faire homologuer 14 véhicules à Tours et 74 972,52 euros au titre de la perte d’activité subie.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 avril 2025, le préfet de la région Pays de la Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir s’en remettre aux écritures produites par le préfet de la Vendée dans l’instance n° 2215106.
Vu les pièces des dossiers.
Vu :
- le code de la route ;
- l’arrêté du 19 juillet 1954 relatif à la réception des véhicules automobiles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme A...,
- les conclusions de M. Guilloteau, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
La société par actions simplifiées (SAS) FR-Trade importe, depuis 2021, des véhicules provenant hors de l’Union européenne. Pour être immatriculés en France, ces véhicules, qui bénéficient d’un certificat original de conformité partiel, doivent faire l’objet d’une réception à titre isolée par les services de la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL). Par courrier en date du 31 janvier 2022, la DREAL des Pays de la Loire a informé les professionnels de l’automobile qu’à raison d’une conjoncture très difficile en termes d’effectif et de compétence, elle ne serait pas en mesure, à compter du 1er février suivant, d’instruire les demandes de réception à titre isolée des véhicules importés, à l’exception de celles déposées par les particuliers expatriés de retour en France avec leur véhicule. Par courriel du 4 février 2022 adressé au dirigeant de la société Fr-Trade, les services de la DREAL des Pays de la Loire lui précisaient que le délai d’instruction des demandes de réception à titre individuel de véhicules importés serait au minimum de douze mois. Par un courrier en date du 14 mars 2022 adressé au directeur de la SAS Société Vendéenne FR-Trade, le préfet de la Vendée a précisé avoir demandé à la DREAL de continuer à enregistrer les dossiers de véhicules « importés non conformes » et d’informer les particuliers et professionnels de l’allongement des délais d’instruction d’au moins douze mois. Par courrier du 6 avril 2022 adressé aux professionnels du secteur, le préfet de la région Pays de la Loire a précisé que cette situation avait un caractère temporaire. Par courriers en date du 4 août 2022 adressés au préfet de la région Pays de la Loire et au préfet de la Vendée, la SAS Société Vendéenne FR-Trade a sollicité l’indemnisation, à hauteur de 81 976,38 euros, des préjudices qu’elle estime avoir subis à raison des dysfonctionnements et de la défaillance des services de la DREAL s’agissant de son activité d’homologation des véhicules en 2022. Par une décision en date du 26 septembre 2022, le préfet de la Vendée a rejeté cette demande. A défaut de réponse dans le délai de deux mois, le préfet de la région Pays de la Loire a implicitement rejeté cette demande. Par ses requêtes n°2215106 et 2215110, qu’il y a lieu de joindre, la SAS Fr-Trade sollicite la condamnation de l’Etat à lui verser la somme totale de 81 976,38 euros en réparation desdits préjudices.
Aux termes de l’article R. 321-15 du code de la route : « Avant sa mise en circulation et en l'absence de réception CE, tout véhicule à moteur, toute remorque ou tout élément de véhicule, toute semi-remorque doit faire l'objet d'une réception nationale effectuée soit par type à la demande du constructeur, soit à titre isolé à la demande du propriétaire ou de son représentant (…) ». Aux termes de l’article 14 bis de l’arrêté du 19 juillet 1954 relatif à la réception des véhicules automobiles dans sa version applicable au litige : « I. - Un véhicule usagé relevant de la catégorie internationale M1 ou N1 visée à l'article R. 311-1 du code de la route, précédemment immatriculé hors du territoire français, non conforme à un type ayant fait l'objet d'une réception communautaire ou d'une réception nationale française et importé en France en vue de son immatriculation, doit faire l'objet d'une réception à titre isolé auprès du service en charge des réceptions (…) ». Aux termes de l’article 2 de cet arrêté : « La direction régionale et interdépartementale de l'environnement et de l'énergie (DRIEE) d'Ile-de-France, les directions régionales de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL), les directions de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DEAL) et le Centre national de réception des véhicules (CNRV) sont désignés comme service en charge des réceptions. »
Alors même qu’aucune disposition législative ou réglementaire ne fixe un délai pour statuer sur les demandes de réception à titre individuel des véhicules, il appartient à l’administration de statuer sur ces demandes dans un délai raisonnable. La durée d’un tel délai doit être appréciée au regard des exigences liées à l’accomplissement des formalités d’instruction du dossier et de la complexité du dossier.
Il résulte de l’instruction que le délai d’instruction des demandes de réception à titre individuel de véhicules importés par la DREAL des Pays de la Loire portés à douze mois en raison des dysfonctionnements et défaillances de ses services l’activité d’homologation des véhicules au cours de l’année 2022 revêt, ainsi que le fait valoir la société requérante, un caractère excessif, alors qu’il est constant que les véhicules qu’elle présente sont couverts par une attestation de conformité partielle du constructeur, ne rendant nécessaires ni les essais adaptés à l’Union technique de l’automobile (UTAC) ni la dérogation de la DREAL. Toutefois, l’administration a proposé des solutions alternatives afin que les sociétés de revente de véhicules importés hors de l’Union européenne puissent faire homologuer leurs véhicules plus rapidement. Aussi, ainsi que rappelé au point 1, par courriel en date du 4 février 2022, la SAS Fr-Trade a-t-elle été invitée à contacter des DREAL limitrophes. Elle a ainsi pu faire homologuer seize véhicules entre mars 2022 et novembre 2022, dans un délai n’excédant pas trente-huit jours, par la DREAL de Centre Val de Loire. Dans ces conditions, alors qu’un tel délai n’apparaît pas excessif et que la société requérante ne justifie pas de ce que certaines de ses demandes n’auraient pas été prises en charge, elle n’est pas fondée à engager la responsabilité de l’Etat à raison du délai de traitement des demandes de réception.
En outre, alors qu’aucune disposition n’impose que les demandes de réception soient traitées dans la région d’établissement de la société, la circonstance qu’elles n’aient pu être prise en charge dans la région des Pays de la Loire, mais dans une région limitrophe, n’est pas de nature à engager la responsabilité de l’Etat.
Il résulte de ce qui précède que les requêtes de la SAS FR-Trade doivent être rejetées en toutes leurs conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de SAS FR-Trade sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS FR-Trade et à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature.
Copie en sera adressée au préfet de la région des Pays et la Loire et au préfet de la Vendée.
Délibéré après l'audience du 25 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Claire Chauvet, présidente,
Mme Claire Martel, première conseillère,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2025.
La rapporteure,
Claire A...
La présidente,
Claire Chauvet
Le greffier,
Patrick Vosseler
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,